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Mort de 67 migrants, l’Espagne sous pression, espace Schengen... Ce que l’on sait de la vague migratoire à Ceuta

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L’afflux de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta sur la côte nord du Maroc a suscité de nombreuses réactions en Espagne comme à l’étranger. La crise est déjà devenue bien plus qu’un simple épisode migratoire.

Quelque 60.000 migrants sont arrivés en l’espace de deux ou trois jours, dans l’enclave espagnole de Ceuta sur le territoire marocain ; un nombre considérable au regard de la population de l’enclave, qui compte 84.000 habitants. Le gouvernement espagnol reconnaît avoir été pris de court par cette crise migratoire. «Il est évident que nous ne disposions d’aucune information», admet un haut responsable de l’exécutif auprès d’El País .

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a toutefois dénoncé l’attitude «égoïste» de certains pays de l’Union européenne et réclamé une réunion en visioconférence des ministres de l’Intérieur des 27. Un message entendu par vingt-deux dirigeants de l’Union européenne, dont la première ministre italienne et le chancelier allemand, qui ont également demandé une «visioconférence d’urgence» des ministres européens de l’Intérieur pour évaluer et répondre à la situation créée par l’entrée illégale de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole.

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Selon Pedro Sanchez, la situation est désormais «quasiment» revenue à la normale. Voici ce que l'on sait de cette crise.

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Un premier bilan

Vendredi en fin d’après-midi, le ministère espagnol de l’Intérieur a précisé que plus de 48.000 personnes arrivées illégalement à Ceuta avaient d’ores et déjà quitté l’enclave pour retourner au Maroc. Au moins 67 migrants sont morts en essayant d’entrer à Ceuta, a annoncé samedi le ministre espagnol de l’Intérieur, évoquant des «événements tristes, dramatiques».

Cette arrivée massive dépasse largement celle de mai 2021, lorsqu’environ 12.000 migrants avaient afflué à Ceuta en quelques jours, selon l’Observatoire de Ceuta et Melilla, qui constituent les deux seules frontières terrestres de l’Europe en Afrique.

Est-ce que les migrants peuvent se rendre dans le reste de l'UE?

Des responsables espagnols ont souligné que, conformément à la réglementation de l'espace Schengen, les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont dotées de procédures spécifiques de contrôle aux frontières pour quiconque se rend sur le continent européen, par les airs ou les mers.

L'entrée irrégulière à Ceuta ne confère pas le droit de rester en Espagne, ni de gagner la péninsule, ni de voyager librement en Europe, ajoutent-ils. Aucune des personnes entrées dans Ceuta de façon irrégulière n'a quitté la ville pour le continent européen, ni n'aurait été en mesure de le faire, selon ces responsables.

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Un territoire stratégique

Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique Ceuta et Melilla. Certains médias marocains évoquent Ceuta comme «le préside occupé de Sebta» - soit une terre sous occupation étrangère. La plupart des pays d’Afrique ne reconnaissent pas la souveraineté espagnole sur ces territoires à la localisation stratégique. Ceuta partage environ 8 km de frontière terrestre avec le Maroc, sécurisée par des grillages surmontés de caméras et surveillés par la Guardia Civil.

Depuis 1992, des accords signés par Rabat et Madrid permettent d’expulser automatiquement les Marocains entrés illégalement et les migrants subsahariens majeurs. Mais ces murs de grillages - construits en 1993 avec le soutien de l’UE - sont parfois utilisés par le Maroc comme outil de pression diplomatique. Durant la crise migratoire de 2021 par exemple, Rabat est parvenu à exiger de l’Espagne qu’elle sorte de sa posture de neutralité concernant la question du Sahara occidental.

À lire aussi Ceuta, l’une des deux portes terrestres de l’Afrique vers l’UE, au cœur des tensions migratoires

Pourquoi maintenant ?

Plusieurs explications sont possibles. L’une d’elles tient à une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d’un migrant sans ouverture préalable d’une procédure administrative d’expulsion ne s’applique pas aux personnes arrivées par voie maritime.

Cette arrivée massive pourrait également avoir été favorisée par la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser des personnes entrées illégalement dans le pays, ou par la perspective d’un éventuel changement de majorité au pouvoir au profit d’un exécutif plus ferme sur l’immigration. Des hypothèses qui restent toutefois difficiles à confirmer.

Quelles réactions en France ?

Face à cette situation migratoire tendue, la France a indiqué déployer la «Force frontière d’intervention rapide» à la frontière franco-espagnole. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé vendredi, l’envoi des effectifs prévus par ce dispositif interministériel.

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La classe politique n’a pas manqué de réagir à cette crise. Si Emmanuel Macron a réaffirmé «sa solidarité» à l’Espagne, la droite a apporté une réponse bien plus ferme. «La France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières. Et en 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre circulation Schengen aux nationaux de l’UE», a tonné la chef de file du Rassemblement national Marine Le Pen dans un post publié sur X. Dans une lettre adressée vendredi matin à Sébastien Lecornu, que Le Figaro s’est procurée en exclusivité, le maire de Nice Éric Ciotti a exhorté le gouvernement à «rétablir immédiatement les contrôles à la frontière franco-espagnole».

Son concurrent d’Horizons à l’élection présidentielle, Édouard Philippe, juge «pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent». Le candidat de Renaissance, Gabriel Attal, suggère pour sa part «d’engager un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs».

De son côté, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur X pour demander «une coordination européenne pour de l’aide humanitaire». «Il y a déjà 27 morts : ne laissons pas l’Espagne seule face à l’épreuve !»

À lire aussi Afflux migratoire à Ceuta : qu’est-ce que la «Force Frontière d’intervention rapide», que Laurent Nuñez a annoncé déployer ?

Quelles réactions dans l'UE ?

En réponse à cette crise, l'Italie a annoncé vendredi suspendre temporairement les règles de l'espace Schengen vis-à-vis de l'Espagne. Rome, soutenu par la Finlande et le Danemark, avait signifié la veille d'agir face à une situation qualifiée «d'invasion» par certains, à l'image du président américain Donald Trump. À ce sujet, Laurent Nunez a affirmé ce samedi qu’il n’était «absolument pas question» que l’Espagne quitte la zone Schengen.

La France a «une coopération très, très, très bonne avec l’Espagne», a ajouté le ministre français de l’Intérieur. À l’image de l’Hexagone, le Royaume-Uni s’est dit prêt à aider l’Espagne.

Au Portugal, le premier ministre Luis Montenegro a annoncé un renforcement du contrôle aux frontières terrestres et maritimes dans le sud du Pays.

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