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Montréal apparaît des centaines de fois dans les dossiers Epstein récemment divulgués, mais les mentions sont pour la plupart anecdotiques et financières. Tour d'horizon.
En janvier, le département américain de la Justice a publié plus de 3 millions de documents apparemment issus des dossiers du financier déchu Jeffrey Epstein, mort en détention à New York, en 2019. Il était accusé d’être à la tête d’un vaste réseau de trafic sexuel de mineures.
Apprendre le français et profiter du célibat
Dans un échange de courriels, une personne lui raconte notamment qu’elle se trouve à Montréal pour apprendre le français en ajoutant qu’elle espère ne pas prendre l'accent québécois.
Dans une autre correspondance, Jeffrey Epstein décrète que Montréal est le deuxième meilleur endroit pour apprendre le français et profiter du célibat, après Saint-Barthélemy, dans les Caraïbes.

Selon Jeffrey Epstein, Montréal est la deuxième ville au monde, derrière Saint-Barthélemy, pour apprendre le français et profiter du célibat.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Bien qu'on ignore si Jeffrey Epstein s'est rendu au Québec après sa condamnation en 2008 pour sollicitation sexuelle de mineures et son inscription au registre américain des délinquants sexuels, on sait que le financier déchu a planifié des voyages dans la métropole.
Parmi les documents scrutés par notre collègue de CBC Cassandra Yanez-Leyton, on apprend notamment que l'assistant d'Epstein lui avait réservé une chambre à deux reprises à l’hôtel Ritz-Carlton, en juillet 2014, dans le but d'assister au Nasty Show du festival Just for Laughs de Montréal. Epstein avait finalement annulé sa présence à l’événement.
Parmi les millions de pages de documents publiées en vrac par l’administration Trump, les noms de nombreuses personnalités politiques, monarchiques, universitaires, financières et artistiques sont évoqués.

Cette photo de Jeffrey Epstein a été publiée par le département américain de la Justice. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Département américain de la Justice
Nombreux sont ceux et celles qui ont dû expliquer publiquement la nature de leurs liens avec Jeffrey Epstein, notamment après sa condamnation à 18 mois de prison en 2008.
Parmi les gens dont les noms sont cités dans les dossiers et la correspondance de Jeffrey Epstein figurent quelques Québécois, d’après ce qu’ont constaté nos collègues de CBC.
Spécialiste des cryptomonnaies montréalais
L'entrepreneur montréalais spécialisé dans les cryptomonnaies, Austin Hill, aurait notamment contacté et rencontré Epstein à plusieurs reprises au cours des quatre dernières années, notamment sur l'île privée du millionnaire, Little St James, en avril 2014.
Austin Hill et son groupe ont cependant séjourné dans un hôtel situé hors de l'île, lors de leur visite, selon les courriels consultés par CBC.
Les deux hommes se seraient rencontrés pour la première fois un mois auparavant à l'hôtel Fairmount Pacific Rim de Vancouver. Epstein aurait ensuite investi 50 000 $ dans Blockstream, l’entreprise de cryptomonnaies de Hill, par le biais d'un fonds de capital de risque.

L'entrepreneur spécialiste en cryptomonnaie Austin Hill.
Photo : @austinhill/X
Au cours des années suivantes, Austin Hill aurait aussi sollicité les conseils d'Epstein.
En janvier 2015, alors que la nouvelle de l'amitié entre l’ex-prince Andrew Mountbatten-Windsor et Jeffrey Epstein commençait à circuler, Austin Hill aurait écrit à Epstein en s’excusant de l'interrompre dans ce qui, j'en suis sûr, est une véritable tempête médiatique pour vous et votre équipe.
Le Montréalais l'aurait contacté pour lui demander conseil sur quelques sujets liés aux affaires, au Bitcoin, à des aspects personnels et à des jeux psychologiques ésotériques auxquels nous nous adonnons.
Le mois précédent, Virginia Giuffre, l'une des accusatrices d'Epstein, décédée depuis par suicide, avait affirmé devant un tribunal de Floride avoir été victime de trafic et forcée d'avoir des relations sexuelles avec Andrew Mountbatten-Windsor lorsqu'elle avait 17 ans.

L'ex-prince Andrew et Virginia Giuffre chez Ghislaine Maxwell, l'assistante de Jeffrey Epstein, en 2001.
Photo : Virginia Roberts Giuffre
Jeudi, Andrew Mountbatten-Windson a été arrêté, soupçonné de faute dans l'exercice de fonctions officielles en raison d'informations gouvernementales sensibles qu'il aurait transmises à Epstein. Le prince déchu a toujours nié toute malversation.
Communication sécurisée
La correspondance entre Hill et Epstein, du moins dans les documents publiés, a pris fin en 2018, lorsque Hill a suggéré qu'ils mettent en place une communication sécurisée. Les deux hommes étaient alors en discussions pour créer une monnaie conforme à la charia pour leurs clients musulmans.
Bien que CBC News n’ait pas réussi à joindre M. Hill pour recueillir ses commentaires, l’homme d’affaires a déclaré dernièrement à The Gazette qu'il condamnait les crimes d'Epstein et regrettait toute association avec lui.
Guy Laliberté a tenté de lui vendre des villas
Un autre Québécois dont le nom apparaît dans les courriels de Jeffrey Epstein est l'homme d'affaires et fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté. La présence de son nom avait été rapportée dernièrement par La Presse et Le Journal de Montréal.

Guy Laliberté, homme d'affaires et fondateur du Cirque du Soleil. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / MIKE LEYRAL
D’après nos collègues de CBC, les échanges de courriels entre Epstein et Laliberté ont commencé en 2011. On y trouve notamment une carte de Noël et une invitation à un événement caritatif où Laliberté parlait d'Epstein comme étant l'un de ses chers amis.
Une porte-parole de Guy Laliberté, Annie Dongois, a expliqué à CBC News que ces courriels ne sont pas vraiment personnels et qu'il s'agit plutôt d’envois de courriels à grande échelle.
En 2018, Laliberté a également tenté de vendre deux de ses villas d’Ibiza, en Espagne, à Jeffrey Epstein, selon les documents, mais la vente n'a pas abouti.
Mme Dongois a indiqué que le courriel contenant cette proposition avait été rédigé par l'équipe de communication de Guy Laliberté et envoyé à une vingtaine de personnes susceptibles d’avoir les moyens d’acheter ces propriétés.
Annie Dongois a ajouté que les deux hommes ne se connaissaient pas personnellement, hormis quelques poignées de main occasionnelles lors d'événements mondains à New York, et que Laliberté n'avait jamais mis les pieds chez Epstein.
[Guy Laliberté] a un carnet d’adresses très fourni. Epstein y figurait et il a reçu les cartes de Noël envoyées en masse ainsi que quelques communications qu’il adresse à tous ses contacts.
La Caisse a pris ses distances d'un homme d'affaires émirati
La ville de Montréal est également fréquemment évoquée dans les dossiers Epstein en raison des nombreuses visites qu'y a effectuées l'homme d'affaires Sultan Ahmed Ben Sulayem.

Sultan Mohammed Ben Sulayem. (Photo d'archives)
Photo : afp via getty images / YASSER AL-ZAYYAT
Le magnat de Dubaï dirigeait auparavant DP World, une multinationale émiratie qui gère des terminaux portuaires partout dans le monde.
M. Ben Sulayem a annoncé sa démission vendredi dernier après la publication de plusieurs courriels – dont beaucoup contenaient des propos explicites – l'ont relié à Jeffrey Epstein.
L'Administration portuaire de Montréal (APM) a notamment retenu les services de DP World pour construire et exploiter les futures installations terrestres du terminal de conteneurs de Contrecœur, en Montérégie.
La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) est également un partenaire de DP World.
En novembre 2016, Ben Sulayem a notamment raconté à Jeffrey Epstein son grand jour au Canada, lorsque DP World et la CDPQ ont annoncé le lancement d’une plateforme d'investissement de 5 milliards de dollars. Ben Sulayem s'est envolé pour l'île privée d'Epstein tout juste après la finalisation de l'accord avec la CDPQ.
Blagues grossières
La correspondance entre Epstein et Ben Sulayem comprenait aussi des blagues grossières, des liens vers des profils sur Seeking Arrangements, un site Internet connu pour mettre en relation des personnes avec des sugar daddies, un poème sur les femmes brésiliennes et le prix d'un massage explicite que Ben Sulayem disait avoir reçu à Tokyo.
Ben Sulayem a également favorisé le transfert d'une masseuse, qui travaillait au spa privé d'Epstein, vers un spa en Turquie afin qu'elle acquière une meilleure expérience.
Après la révélation des messages échangés entre Ben Sulayem et Epstein, la CDPQ a suspendu tout déploiement de capital supplémentaire aux côtés de DP World et a exigé que l’entreprise prenne les mesures nécessaires.
L’entreprise a pris les mesures appropriées. Nous allons rapidement collaborer avec la nouvelle direction de DP World afin de poursuivre notre partenariat sur des projets portuaires à travers le monde, a déclaré Jean-Benoît Houde, porte-parole de la CDPQ, à CBC News dans un communiqué.
Le Port de Montréal indique qu'il poursuivra également ses activités avec DP World après le départ de Ben Sulayem.
Avec les informations de Cassandra Yanez-Leyton


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