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À près de 100 jours de la Coupe du monde de soccer, la violence du narcotrafic a rattrapé la future ville hôtesse de Guadalajara, dans l'État mexicain de Jalisco, avec les affrontements entre les forces de l'ordre et le puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), qui font craindre pour la sécurité de la compétition.
Barrages, incendies de véhicules et assauts de stations-service, de banques et d'autres commerces : à Guadalajara comme dans la moitié du pays, CJNG s'est déchaîné en réaction à la mort, dimanche, lors d'une opération de l'armée, de son chef Nemesio Oseguera, l'ennemi public numéro 1 connu sous le surnom d'El Mencho. Les autorités ont depuis déployé 10 000 soldats pour reprendre le contrôle.
Or, Guadalajara, berceau du cartel, doit accueillir quatre matchs du Mondial, organisé par le Mexique, les États-Unis et le Canada à partir du 11 juin. Mais aussi deux matchs de barrages, dès les 27 et 31 mars.
Le soccer a d'ores et déjà été percuté par les violences avec la suspension de matchs, dimanche, dans l'État de Jalisco et dans celui de Querétaro (centre).
Toutes les garanties existent pour accueillir des matchs à Guadalajara, a pourtant assuré la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, mardi. Il n'y aucun risque pour les supporteurs, a-t-elle insisté.
Sollicitée par l'AFP, la FIFA n'a pas souhaité commenter la situation.
Il n'y a rien à fêter
Lundi, après la mort d'El Mencho, les rues de Guadalajara étaient en partie vides et de nombreux commerces et écoles sont restés fermés. Les violences de la veille avaient montré de quoi était capable le puissant CJNG.
Avec 12 575 disparus selon les chiffres officiels – sur les plus de 100 000 depuis 2006 dans tout le pays, selon les chiffres officiels – Jalisco est l'un des États les plus touchés de ce fléau, dont plus de la moitié à Guadalajara et sa périphérie, deuxième agglomération du pays.
Dans ce contexte, certains habitants n'ont pas la tête au Mondial. Je crois qu'il n'y a rien à fêter. C'est grotesque, lance Carmen Ponce, 26 ans, qui recherche son frère Victor Hugo, disparu en 2020.
En septembre, elle a déterré, en fouillant un terrain vague, 16 sacs de plastique contenant les restes humains de 5 personnes. Le pays va fêter des buts pendant qu'on sera dans les champs, à chercher, ajoute-t-elle d'un ton déçu.
Dans leurs recherches, les familles de disparus ont mis au jour, dans l'État de Jalisco, près de 300 fosses communes contenant cadavres et restes de victimes.
À moins de deux kilomètres du stade Akron, qui accueillera les matchs du Mondial, la police de l'État a perquisitionné une maison et a arrêté deux de ses occupants, accusés d'enlèvements.
Personne n'est en sécurité
Trois jours seulement avant la mort d'El Mencho, un haut responsable de la sécurité de l'État, Roberto Alarcon, assurait qu'il était en paix.
Et pour la Coupe du monde? Les autorités comptent sur les drones, sur l'intelligence artificielle et sur les caméras de surveillance, dont le nombre a presque doublé dans l'agglomération, de 7000 à 13 000, selon le directeur du centre de surveillance de l'État, Juan Carlos Contreras.
Jusque-là, les autorités de Jalisco s'inquiétaient surtout des risques de perturbations du Mondial par des manifestations de collectifs de familles de victimes.
Les violences des derniers jours captivent désormais l'attention des habitants. Il va y avoir beaucoup de problèmes (pendant le Mondial) parce qu'ici, personne n'est en sécurité. Et maintenant, il va falloir qu'ils protègent aussi les supporteurs et ceux qui viennent profiter du Mondial, explique à l'AFP Juan Soler, un retraité.
Missael Robles, 31 ans, guide touristique à Guadalajara, a dû annuler 25 circuits pour visiter la ville depuis dimanche. C'est un gros coup dur financier, souligne-t-il.
En effet, les touristes ne sont pas à l'abri des cartels, affirme Jose Raul Servin, à la recherche de son fils Raul, disparu en avril 2018. On a peur qu'il arrive quelque chose, comme ce qui nous est arrivé à nous, confie-t-il.
Il se souvient avec émotion de son fils, amateur de soccer. S'il était là, la Coupe du monde le mettrait en joie.


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