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Selon une enquête du New York Times, de l’or issu de mines illégales à Madagascar, où travaillent des enfants, a été admis depuis 2023 dans le commerce international. L’institution londonienne chargée d’en garantir la provenance aurait aidé à dissimuler les irrégularités.
En 2023, de l’or malgache, expédié par la banque centrale du pays et dont les raffineurs suisses n’avaient pas voulu, a fini par trouver preneur en Turquie. Chez les Helvètes, sa provenance avait suscité trop de questions : une partie venait de mines illégales où travaillent des enfants. Via la Turquie, cette cargaison a donc pu entrer sur le marché international, rapporte le New York Times . Selon son enquête, l’association londonienne censée contrôler ces approvisionnements aurait ensuite aidé à réécrire et antidater un audit pour en couvrir les irrégularités.
Cette association, la London Bullion Market Association (LBMA), occupe une place décisive dans le commerce de l’or : les grandes places internationales n’acceptent que les lingots issus des 67 raffineries qu’elle agrée. Ces entreprises achètent le métal aux producteurs ou aux intermédiaires, le fondent et en retirent les impuretés. À chacune de documenter l’origine de ses approvisionnements ; à des auditeurs indépendants de vérifier qu’ils ne sont liés ni à la criminalité, ni au travail des enfants, ni à des violations des sanctions internationales.
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De l’or sans faire de réserves
La LBMA peut retirer son agrément à tout moment ; sans lui, un raffineur perd l’accès aux principaux marchés. Cette association privée, financée et dirigée par de grands acteurs du secteur, dont des raffineurs et des banques comme HSBC ou J.P. Morgan, fournit donc une garantie sur laquelle s’appuient les investisseurs et les gouvernements. Mais elle ne vérifie généralement pas elle-même les conditions d’extraction : elle compte sur les raffineurs pour inspecter les mines et déclarer les difficultés, et c’est justement ce dispositif que l’affaire malgache met en cause.
L’affaire commence lorsque la banque centrale de Madagascar décide de constituer une réserve d’or. Elle achète du métal extrait dans le pays, notamment auprès de l’entreprise minière Madagold et d’intermédiaires qui se fournissent dans des exploitations informelles. Pour transformer ces achats en lingots acceptés sur les grandes places financières, elle doit ensuite trouver un raffineur agréé par la LBMA. Avant l’accord conclu en 2023 avec le raffineur turc, la banque centrale envoie son responsable de l’or en Suisse pour y démarcher des raffineurs. Ceux-ci s’interrogent sur l’origine et la légalité du métal proposé. Les réponses, à l’époque, ne les convainquent pas, reconnaît le gouverneur de la banque centrale malgache, Aivo Andrianarivelo, auprès du New York Times.
En 2023, la banque centrale confie finalement son or à Istanbul Gold Refinery, un raffineur turc agréé par la LBMA, pour le rendre commercialisable sur les grands marchés. Charge au raffineur turc de vérifier la provenance du métal et ses conditions d’extraction. Or, à Madagold, les conditions de travail contredisent les exigences de la LBMA. Des enfants concassent des pierres, transportent des seaux de minerai et sont au contact d’eaux souillées.
Ces conditions auraient dû déclencher des vérifications sur place. Le règlement de la LBMA classe expressément l’or des mines artisanales parmi les approvisionnements à haut risque. Il impose une visite des sites d’extraction avant les premières transactions ou, au plus tard, dans les six mois suivant le début de la relation commerciale. Les personnes chargées de l’inspection doivent être compétentes et sans conflit d’intérêts avec le fournisseur. L’exigence porte donc sur les mines elles-mêmes, même lorsque le vendeur est une banque centrale.
Un contrôle de pure forme
La traçabilité ne se résume pas davantage à un certificat d’origine. Les raffineurs doivent confronter les quantités reçues aux capacités de production annoncées, vérifier les itinéraires des cargaisons et rapprocher les factures des documents de transport. En cas d’incohérence ou de soupçon, le métal doit être séparé des autres stocks et conservé à part jusqu’à clarification, avec une enquête documentée. Autant d’obligations inscrites dans les propres règles de l’association.
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Or, selon les documents consultés par le New York Times, l’audit transmis pour Istanbul Gold Refinery affirmait que l’entreprise ne traitait avec aucune mine présentant de tels signaux d’alerte. Cette déclaration lui permettait de se soustraire aux inspections renforcées. L’incohérence sera finalement relevée par un inspecteur européen, alors que l’Union européenne envisage de reconnaître la LBMA dans un nouveau rôle de supervision : reste que l’or avait été accepté sans les inspections requises.


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