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Midterms 2026 : Trump tient sa convention au Texas et c’est parce que cet État a rarement pesé aussi lourd

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L’élection sénatoriale qui oppose le démocrate James Talarico et le républicain Ken Paxton est scrutée de près, à un moment où l’opposition est appelée à plus s’intéresser au Texas.

« Tout est plus grand au Texas ». D’ordinaire appliqué à la taille des villes, des maisons ou des voitures, ce célèbre dicton américain s’étend désormais aux enjeux électoraux. C’est dans le « Lone Star State » que Donald Trump a choisi d’organiser une convention républicaine qui débute ce mercredi 9 septembre, à quelques semaines des élections de mi-mandat où la Maison Blanche joue gros.

« À deux exceptions près depuis 1938, c’est le parti d’opposition qui a toujours gagné les élections de mi-mandat », rappelle au HuffPost Marie-Christine Bonzom, politologue et journaliste spécialiste des États-Unis. « Le parti démocrate est donc ici favori, d’autant que Donald Trump est un président très impopulaire, à un niveau d’ailleurs similaire à certains de ses prédécesseurs juste avant des midterms », poursuit cette experte longtemps basée à Washington et qui a couvert tous les scrutins de mi-mandat depuis 1994.

Si la Maison Blanche a choisi le Texas pour sa convention, c’est parce qu’elle risque très gros aussi dans cet État, pourtant longtemps perçu comme acquis aux Républicains. Alors que le camp présidentiel, aux abois, veut garder sa majorité au Sénat, les Démocrates espèrent arracher quatre sièges pour prendre le contrôle de la Chambre haute... et les trumpistes craignent qu’un de ces sièges ne soit texan.

Un républicain « vulnérable » et un démocrate en embuscade

« Les derniers chiffres expliquent en partie le sentiment d’urgence », pointe CBS News, citant un sondage maison qui donne le démocrate James Talarico 2,4 points devant son rival républicain Ken Paxton. Quand on se penche sur la moyenne des enquêtes d’opinion, considérée comme plus fiable, la course est très indécise, nuance la chaîne américaine, tout comme le magazine Newsweek. Tous deux analysent la convention républicaine sur place comme un moyen de peser sur le scrutin.

Trump tient sa convention au Texas et c’est parce que cet Etat a rarement pesé aussi lourd. (photo d’illustration du candidat démocrate au Sénat, James Talarico, lors d’un meeting le 3 mars 2026 à Austin)

JOHN MOORE / Getty Images via AFP

Trump tient sa convention au Texas et c’est parce que cet Etat a rarement pesé aussi lourd. (photo d’illustration du candidat démocrate au Sénat, James Talarico, lors d’un meeting le 3 mars 2026 à Austin)

Et du poids, il en faudra pour appuyer la campagne du radical Ken Paxton, qui a battu lors des primaires républicaines le sénateur sortant, nettement plus consensuel. « C’est un candidat très vulnérable », décrit Barry Eidlin, professeur de sociologie politique à l’université McGill interrogé par Le HuffPost. Celui-ci souligne qu’il est « très associé à Donald Trump », à un moment où le président est « en grande difficulté dans les sondages ».

« Ken Paxton traîne un lourd bagage, marqué par des scandales personnels [accusations d’adultère par son ex-femme, ndlr.] et des affaires de corruption », abonde Marie-Christine Bonzom, selon qui « ce bagage est inacceptable aux yeux de certains électeurs républicains ». « C’est un très mauvais candidat » qui « fait à peine campagne », ajoute l’experte, soulignant sur ce point le contraste avec son concurrent démocrate.

Photo d’illustration du candidat républicain à l’élection sénatoriale texane, Ken Paxton, le 15 mai 2026.

RON JENKINS / Getty Images via AFP

Photo d’illustration du candidat républicain à l’élection sénatoriale texane, Ken Paxton, le 15 mai 2026.

« Par bien des aspects », notamment son discours à la gauche de l’establishment démocrate, James Talarico « est éloigné de la culture texane et du conservatisme profond d’une partie des électeurs, y compris démocrates », relève Marie-Christine Bonzom. Mais l’aspirant-sénateur a vu son équipe « essayer de l’humaniser, de souligner qu’il vient d’une vieille famille texane, que son grand père est pasteur baptiste, etc. »

Cette campagne tambour battant, sur le terrain, à la télévision et sur les réseaux sociaux, fait espérer à l’opposition une victoire clef dans ce fief républicain.

L’essor électoral de la « Sunbelt » (et du Texas)

L’effervescence démocrate au Texas pourrait bien devenir la norme. Outre Atlantique, l’énergie et les moyens des partis se concentrent sur les élections qui s’annoncent plus serrées, comme en témoignent les fameux « swing states » scrutés à chaque présidentielle. Suivant ce schéma, et compte tenu du prix des campagnes aux Texas, les Démocrates ne s’y sont pas toujours investis, privilégiant d’autres scrutins jugés plus rentables.

Mais cette stratégie va atteindre ses limites avec le recensement de la population prévu pour 2030. Ce « census » est scruté de près par les partis, car l’évaluation de la population par État débouche sur un rééquilibrage des sièges à la Chambre des représentants et, de facto, des grands électeurs pour la présidentielle. Les évolutions qui s’annoncent pour la fin de la décennie ont de quoi inquiéter les Démocrates, ont relevé les médias américains, de The Hill à Politico.

Comme vous pouvez le voir sur les cartes ci-dessous, plusieurs estimations projettent un recul des sièges dans des États solidement démocrates (quatre sièges en moins en Californie, deux à New York et un ou deux dans l’Illinois) tandis que les « red states » en gagnent. L’Idaho récupérerait ainsi un siège, la Floride trois ou quatre et le Texas quatre. Beaucoup des États qui voient augmenter leur population – et donc leur nombre de représentants – appartiennent à la « Sunbelt » (« ceinture du soleil »), soit la moitié sud des États-Unis.

Estimation du rééquilibrage des sièges au Congrès pour 2030, sur la base de l’évolution démographique des dernières années.

Capture d’écran Brennan Center

Estimation du rééquilibrage des sièges au Congrès pour 2030, sur la base de l’évolution démographique des dernières années.

En cause, des « migrations internes » aux « facteurs multiples », selon Marie-Christine Bonzom. « Les gens préfèrent vivre au soleil, d’où l’afflux de populations vers la Géorgie ou la Floride, décrit-t-elle, il y a aussi des facteurs économiques : la vie est par exemple très chère en Californie, [...] mais beaucoup moins en Floride, où les taxes et les impôts locaux sont très bas. » À l’arrivée, « un véritable exode » s’observe, notamment vers les Texas.

« Il va falloir aller chercher plus de votes dans ces régions »

Ce rééquilibrage d’habitants et d’élus coûtera cher aux Démocrates, notait l’éditorialiste Thomas B. Edsall dans un article paru fin mars dans le New York Times. Pour la présidentielle de 2032, le parti à l’âne ne pourra pas espérer l’emporter en se contentant des « blue states » et de succès dans le « Midwest » (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie) comme l’avait fait Joe Biden en 2020. De quoi pousser son état-major à s’intéresser davantage à la « Sunbelt » et ses représentants en hausse ?

C’est en tout cas ce qu’espèrent certains stratèges du parti comme Steve Schale, qui est basé en Floride et alertait sur un risque « existentiel » dans sa newsletter le 24 mars dernier. Il y préconnisait de commencer dès maintenant à investir dans certains États et districts dominés par les Républicains. « Il va falloir que le parti démocrate aille chercher plus de votes dans ces régions qui vont devenir clés dans les prochaines années », confirme Barry Eidlin auprès du HuffPost.

D’après le professeur de l’Université de McGill, la tâche pourrait s’avérer difficile, notamment au Texas, où la bascule démocrate est fantasmée depuis des années, mais jamais réalisée. « Ça fait une décennie qu’on parle de mouvements démographiques [notamment avec la hausse de l’électorat latino, ndlr] qui pourraient aider les Démocrates, mais ces nouvelles voix ne sont pas acquises », alerte-t-il. En 2024, Donald Trump avait su convaincre une partie des Latinos... avant d’en braquer certains avec sa politique migratoire brutale.

Autre enjeu : le charcutage électoral pratiqué par les deux partis, mais qui tourne à l’avantage des Républicains dans les États qu’ils contrôlent. Ces redécoupages de districts se sont même accélérés au cours des derniers mois, en amont des midterms. Au Texas, le « Grand Old Party » s’est ainsi sécurisé cinq sièges supplémentaires à la Chambre.

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