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À voir les rues décaties du centre de Laredo et les nombreux commerces sans âge définitivement fermés, on peine à croire que 40 % des échanges commerciaux entre les États-Unis et le Mexique transitent par cette ville frontière du sud du Texas.
Située sur les rives du Rio Grande, elle relie directement les usines des alentours de Monterrey, au Mexique, à environ 240 km de là, à l'Interstate 35. Cet axe routier majeur traverse les États-Unis à la verticale, jusqu'aux Twin Cities de Minneapolis-Saint Paul, dans le Minnesota.
À la veille des élections de mi-mandat (les midterms 2026), la ville offre un bilan contrasté des deux premières années du second mandat de Donald Trump, qui a été réélu avec dix points d'avance sur la Démocrate Kamala Harris dans la vallée du Rio Grande, au sud du Texas.
Laredo fait partie de la 28e circonscription, dont le redécoupage vise à défavoriser le Démocrate Henry Cuellar, candidat à sa réélection à la Chambre. Face à lui, Tano Tijerina, juge du comté de Webb, qui englobe Laredo, espère encore bénéficier des voix de ceux qui ont rompu avec le Parti démocrate en faveur de Donald Trump en 2024. Le tribun républicain les avait séduits en promettant de juguler l'inflation et de baisser les impôts.
Le boom de l'import-export
Mais c'est sa guerre tarifaire qui bénéficie le plus à Laredo. Le bras de fer commercial avec la Chine a transféré au Mexique de nombreux marchés de biens manufacturés, en raison d'une main-d'œuvre bon marché.
Midterms 2026 : au Texas, "les élections les plus importantes de ces dernières années" pourraient marquer un basculement historiqueOrdinateurs, voitures, téléphones portables, climatiseurs, pièces automobiles, matières plastiques ou batteries font partie de ce vaste lot acheminé par les poids lourds, dont le trafic est incessant sur le World Trade Bridge. Ce pont enjambe le Rio Grande et relie Nuevo Laredo, côté mexicain, à Laredo, aux États-Unis. Le volume dépasse même celui du port de Los Angeles ou des terminaux commerciaux des aéroports de Chicago et New York, jusqu'alors leaders dans ce domaine.
Mais ces gains ne profitent pas à tous. "Ici, tout le monde constate désormais que l'argument consistant à fermer l'accès aux biens chinois pour recréer de l'emploi aux États-Unis était une promesse creuse", commente amèrement David, patron d'un magasin de bricolage. "Les produits ne sont pas moins chers pour autant."
Un bout de Mexique qui subsiste au Texas
L'autre paradoxe est que, si la frontière reste ouverte aux produits, elle l'est moins pour les personnes. L'argumentaire de Donald Trump et des membres de son Administration les plus zélés sur le sujet est que les États-Unis seraient menacés d'une invasion migratoire.
À Laredo, l'histoire enseigne que cette affirmation doit être nuancée. La ville de près de 250 000 habitants est plus mexicaine qu'américaine, dans son apparence, son atmosphère, son folklore, particulièrement visible en cette période de l'année. Si, ici, on ne célèbre pas Halloween le 31 octobre mais le Día de los Muertos (Le jour des morts, NdlR), ce n'est pas la faute de l'immigration. Laredo, c'est un bout de Mexique qui subsiste au Texas, ancienne possession espagnole puis mexicaine, devenue indépendante en 1836 avant d'intégrer les États-Unis en 1845.
Les ironies de l'Histoire
La ville fut même la capitale de l'éphémère République du Rio Grande, qui fit sécession du Mexique entre le 17 janvier et le 6 novembre 1840. Un petit musée, dans une maison en adobe (des briques de terre crue), la plus vieille de Laredo, entretient cette mémoire.
Leo, le préposé le jour de notre visite, engage la conversation en expliquant avoir étudié en Belgique. Comme la majorité des habitants de la ville, il est un Tejano, un Texan hispanique de souche. Il ne le dira pas lui-même, mais le récit historique du musée le suggère : les Tejanos étaient ici avant les Anglos, les États-Uniens anglo-saxons.
Midterms 2026 : en Géorgie, État clé pour la domination du Sénat, les électeurs démocrates se mobilisentEn 1820, un entrepreneur de Philadelphie, Moses Austin, a demandé et obtenu la permission du pouvoir colonial espagnol d'installer une colonie anglo-saxonne au Texas, qui faisait encore partie de la Nouvelle-Espagne. Un an plus tard, le Mexique déclarait son indépendance. Face à l'afflux des Anglos au Texas, le gouvernement de Mexico a alors interdit leur immigration en 1830 et… imposé des droits de douane. Mais l'immigration illégale en provenance des États-Unis s'est poursuivie. "L'Histoire est un cycle qui se répète", sourit Leo, qui approche de la quarantaine. Il ne remet aucunement en question sa fidélité aux États-Unis, mais ne nie pas son identité et juge important d'entretenir la mémoire.
Quand la conversation dérive sur le politique, il constate – comme plusieurs autres personnes rencontrées – que ses concitoyens sont lassés des invectives. "Les gens voient le prix de l'essence à la pompe, l'inflation des produits alimentaires. Ils veulent croire qu'une autre majorité au Congrès pourra apporter un vrai changement."
La peur s'est installée
Quant à la promesse trumpiste d'expulser les migrants, "on pensait que cela viserait d'abord les illégaux et les criminels, les trafiquants de drogue…", confie un entrepreneur en construction rencontré lors d'un événement culturel au Border Heritage Museum, jolie bâtisse de deux étages, caractéristique de l'architecture américaine du début du XXe siècle.
États-Unis : une semaine après la mort par balle de Renee Good, le "recrutement de temps de guerre" de l'ICE s'intensifie et interrogeBien qu'il profite du boom de l'import-export grâce à l'édification de nouveaux entrepôts, celui-ci s'inquiète de "ce que l'on fait subir à [sa] communauté". Chaleureux, mais peu désireux de trop s'exposer sur le terrain glissant de la politique, il nous invite à rencontrer certains de ses ouvriers le lendemain.
La peur s'est installée, affirme le plus loquace d'entre eux : "Nous sommes désormais une cible" pour l'agence de l'immigration et des douanes (ICE). Il nous montre l'attestation de citoyenneté et celle fournie par son employeur, qu'il garde désormais toujours sur lui. "Que vous soyez en règle ou non, légal ou pas… vous êtes suspects", affirme-t-il. "En cas de problème, je leur dis de m'appeler", assure l'entrepreneur. Une prudence qui n'est pas excessive.
Des morts dans les centres de l'ICE
Ainsi, le 17 octobre, un Mexicain de 56 ans est-il décédé dans le centre de détention de l'ICE de Laredo. Emiliano Andrade-Covarrubias avait été arrêté au poste-frontière de la ville le 26 juin, alors qu'il revenait du Mexique. Les circonstances de la mort de ce quinquagénaire, retrouvé inconscient dans sa cellule, restent à déterminer.
Andrade-Covarrubias est la deuxième personne à mourir cette année dans un centre de l'ICE à Laredo. Felix Alcorta-Rodriguez, un Mexicain de 63 ans, avait lui aussi été retrouvé inanimé dans sa cellule. Cinq autres détenus de l'ICE sont par ailleurs décédés au Texas depuis janvier 2026. La mort du premier d'entre eux, Geraldo Lunas Campos, a été qualifiée d'homicide en janvier par le bureau du médecin légiste d'El Paso.
Dans ce contexte, comme l'indiquent les sondages, le taux d'approbation du président et du Parti républicain a chuté à 20 % au sein de la population latino, qu'il avait pourtant su séduire pour se faire réélire en 2024, notamment au sud du Texas. D'après le Cook Political Report, deux tiers de l'ensemble des électeurs hispaniques du Texas ne donneront plus leur voix à un candidat soutenant la politique d'expulsion du gouvernement lors des midterms 2026.
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