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NOUS Y ÉTIONS - Le mythique numéro 10 a répondu aux questions d’Hervé Mathoux et du public lors de la présentation en avant-première de deux épisodes de la série documentaire que lui consacre Canal +.
L’édition 2026 de Canneséries est décidément placée sous le signe du documentaire sportif, et du foot en particulier. Après Cruyff, le public a pu découvrir en avant-première ce dimanche le tout aussi sobrement intitulé Platini. Une série en six épisodes de 30 minutes, écrite et réalisée par Guillaume Priou, et diffusée prochainement sur Canal +.
«Ce que j’ai préféré, c’est d’être joueur, après, le reste, il faut bien vivre...», lance d’emblée, avec simplicité, Michel Platini. Le premier épisode débute en 1982, à l’arrivée du célèbre numéro 10 à la Juventus. Une année charnière dans sa carrière et une période difficile : la pression liée à la présence de six champions du monde dans l’équipe italienne, la découverte des tiffosi... «C’était un autre monde, on ne comprenait pas mon jeu», se souvient Michel Platini. «Il était aussi à l’aise qu’une frite dans un plat de spaghettis lors de son arrivée à Turin», rappelle avec humour le documentaire.
Retour dans la Lorraine de son enfance. Aux côtés du footballeur, de sa famille, on le découvre enfant de chœur sur une photo, Michel nous montre la porte de garage dans laquelle il a «marqué le plus de buts de sa vie»... Avec, omniprésente, l’image de ce père, Aldo, un amoureux du ballon rond, qui passait plus de soirées au stade à transmettre sa passion qu’en famille...
Les six épisodes déroulent une carrière mythique, sans en occulter, donc, les difficultés. Avec - évidemment - un défilé de buts jouissif et une foule de témoignages à la clé : Didier Deschamps, Karl-Heinz Rummenigge, Zico, Dino Zoff, Marco Tardelli, Zbigniew Boniek, Dragan Stojkovic, Alain Giresse, Luis Fernandez, Patrick Battiston, Maxime Bossis... En fil conducteur, un entretien avec Platini lui-même, mené par le journaliste Hervé Mathoux.
Une discussion qui se poursuit, à bâtons rompus, entre les deux hommes, mais avec aussi des questions du public, à l’issue de la projection cannoise. Morceaux choisis.
Du pourquoi de ce documentaire
«Je voulais à travers ma vie, mon expérience, montrer ce qu’a été le football ces 40 ou 50 dernières années. Quand j’ai décidé de le faire, j’ai eu des propositions anglaises, américaines, mais elles étaient tournées sur la polémique, sur la Fifa . Avec Canal +, nous nous sommes mis d’accord sur une épopée sportive, c’est ça qui fait rêver les gens. J’ai voulu le faire avant d’être trop vieux, je pourrai le montrer à mes petits-enfants !»
De ses choix de vie
«Je vais bientôt avoir 71 ans. J’ai eu plein de vies mais rien de calculé, j’ai pris les événements les uns après les autres. Deux mois après avoir été footballeur professionnel, alors que je voulais arrêter tranquillement, je suis devenu sélectionneur de l’équipe de France, puis on m’a demandé d’être président de l’organisation de la Coupe du monde, puis d’être président de la Fifa... Ça a toujours été le destin. Le foot est un ascenseur social. Et quand des portes se ferment, des portails s’ouvrent ! Ça a été ma philosophie lorsque j’avais des problèmes. Ma mère disait : “Il n’y a pas de soucis, il n’y a que des solutions, profite de la vie !”»
De la découverte des épisodes en public
«J’ai été très ému en revoyant une partie de ma vie, mes amis, ma famille, ce que j’ai fait, ce que l’on a fait ensemble, toujours dans l’intérêt supérieur du football, et dans l’intérêt supérieur de la nation. C’est passionnant. Le film raconte une belle épopée. Elle est très nostalgique, très sympathique pour les anciens. Et peut-être que les nouveaux seront curieux de découvrir ce qu’était le football à cette époque, dans les années 70, où on ne gagnait jamais un match, jamais une Coupe du monde, où on ne passait jamais un tour de Coupe d’Europe...»
De son attitude dans les vestiaires
«Je n’étais pas du tout difficile à vivre, je ne suis pas cassant. Vous savez, quand vous êtes trois fois ballon d’or, quand vous êtes trois fois meilleur buteur en Italie, que vous revenez jouer le championnat d’Europe, que vous jouez avec de superbes joueurs mais qu’eux ne le savent pas, et qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent gagner, c’est le rôle d’un leader de leur dire : “Les enfants, vous allez voir, on va gagner !” C’était leur rendre service à tous... Première coupe du mode en 78, on va en Argentine pour manger de la viande, pour voir le stade ! Ça faisait 20 ans que l’on n’avait pas joué de coupe du monde. La deuxième, on y va pour passer un premier tour et on se retrouve en demi-finale contre l’Allemagne. Ça nous fait comprendre qu’on est bons...»
Du refus d’incarner Saint-Exupéry
«Il y a eu un gros projet de série sur Saint-Exupéry. On m’a demandé de l’incarner ! J’ai répondu : “D’abord, je ne sais pas piloter...” Ils poursuivent : “Oui mais vous avez des caractéristiques en commun, vos cheveux notamment”. Il fallait partir six mois en Argentine. Pfff... Le foot, paf, on marque un but, la fiction il faut se maquiller, répéter encore et encore... J’ai donc refusé.»
De son image pour les générations à venir
«Je ne veux rien laisser du tout. Je tiens simplement à être en accord avec moi-même, un bon père de famille, un bon copain... Je suis un homme public depuis l’âge de 18 ans. Depuis lors, je suis dans les journaux presque tous les jours, les gens me jugent, racontent des choses. Ça finit par endurcir, on laisse faire. C’est beau la notoriété mais ce n’est pas facile. Pour mes enfants, pour ma famille. Je ne regrette rien. J’ai été l’homme le plus heureux du monde, je ne voudrais rien changer.»


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