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Claudia Sheinbaum Pardo, 63 ans, une silhouette juvénile, est une personne qui pourrait être sympathique sans son visage figé et son sourire pincé qu’on peut attribuer à la prudence. Ne pas découvrir ses pensées et ses intentions quand on ne connaît pas son interlocuteur est peut-être nécessaire dans un pays où le machisme a la vie dure.
Il n’empêche qu’il y a des raisons objectives de se méfier d’elle
D’abord, c’est une écolo-réchauffiste militante active du GIEC. Une matriarche en mariachis, plus futée que la Tondelière… Elle se dit de centre gauche et enrobe ses vaticinations d’un vernis scientifique qui peut impressionner les béotiens. Cela rend d’autant plus dangereux son sectarisme anti-progrès, anti-industrie et anti-bagnoles. D’autant qu’elle n’est pas concernée. Elle dispose d’un hélico pour aller faire ses emplettes ou se rendre sur ses lieux de vacances.
Le fait qu’elle ait milité dans toutes sortes de groupuscules pas forcément compatibles entre eux n’est pas grave. Tous les politicards le font. Par contre, son attitude ambiguë à l’égard des narcotrafiquants est bien plus inquiétante que ses zigzags idéologiques. Au stade actuel, on ne peut pas encore parler de corruption. Mais de complicité passive. La première marche dans la descente aux enfers.
Entre angélisme et irénisme, une attitude laxiste à l’égard des cartels
Elle tient des discours moralisateurs sur la nuisance des cartels et clame ses intentions de mettre fin à leur pouvoir. Mais elle ne fait rien. Et quand Trump lui propose l’aide des Rangers ou des Delta force comme en Colombie et ailleurs en Amérique latine, elle repousse la suggestion avec horreur.
L’attitude de Claudia ne relève pas de la crainte d’être envahie et colonisée par les USA. Donald envisageait seulement des opérations coup de poing. Du nettoyage sélectif. S’il proposait de venir faire le ménage en France, je ne lui ferais pas répéter deux fois. C’est stupide de refuser une main secourable et une bouée quand on est en train de se noyer.
Elle dit n’avoir besoin de personne pour régler les problèmes de son pays. Alors que son inaction crève les yeux. Déjà c’est suspect. Difficile d’attribuer son attitude à la légendaire fierté des Mexicains. Mélange de ressentiment et de superbe après avoir perdu toutes leurs guerres contre le grand voisin du Nord.
Moralisatrice irréaliste, elle babille : « Certes Maduro est un vilain garçon Mais il ne fallait pas le kidnapper. Au nom du principe de la non-intervention dans un pays souverain. » État voyou serait plus juste. La critique des Américains à ce point s’apparente au moins à un mélange de complaisance et de cécité, sinon à une approbation tacite de l’illicite.
Finalement, Donald a promis que les activités des cartels seraient pistées grâce aux satellites, et qu’il détruirait seulement leurs installations, labos et entrepôts, par des frappes aériennes. Sans descentes de commandos au sol. Claudia n’a pas répondu. Sans doute s’est-elle dit qu’elle n’aurait aucun moyen d’empêcher le shériff de venir remettre un peu d’ordre.
Tous les prédécesseurs de la Présidente ont échoué dans la lutte contre les cartels, raison de plus pour conclure une alliance offensive avec les USA, malgré ses réticences
Dès sa prise de fonction en octobre 2024, une vague d’assassinats secouait l’État du Sinaloa dans une guerre des gangs qui a mis le pays à feu et à sang. Des factions rivales des cartels se livraient une guerre sans merci, n’épargnant ni les femmes ni les enfants, faisant plus de 80 morts en quelques jours. Elle a promis d’y mettre fin, mais on attend toujours des mesures efficaces.
Aucun de ses prédécesseurs depuis Felipe Calderón qui avait déclaré la guerre aux cartels en 2006, n’a réussi à endiguer ce fléau. Sous le mandat d’Andrés Manuel López Obrador, acronyme AMLO, prédécesseur et mentor de Claudia, plus de 200 000 personnes ont été assassinées. Le chiffre des féminicides est en hausse constante avec une dizaine de Mexicaines tuées chaque jour. Claudia n’a pas encore précisé comment elle comptait éradiquer ces bandes d’assassins.
Pour le moment, elle applique la même recette que AMLO. Celui-ci avait misé sur le déploiement des militaires et le développement des aides sociales pour s’attaquer au crime organisé comme à la pauvreté et à l’exclusion. Mélange de fermeté et de naïveté, moitié-moitié, une alouette pour un cheval.
Des forces spéciales pour liquider quelques caïds, assorties de la vision naïve des causes du crime vues par la gauche partout dans le monde. Ils sont si malheureux que ce n’est pas de leur faute s’ils sont si méchants. Assorti des slogans bisounours : « des accolades plutôt que des fusillades. » Il ne manque que les violons et les angelots. C’est beau. Mais ça ne fonctionne pas avec la racaille.
Le problème récurrent est la corruption endémique
Celle-ci se développe parmi les flics, les fonctionnaires, les juges, les militaires et les politiciens. Les profits de la cocaïne sont estimés à environ 50 milliards de dollars par an. Cela tente beaucoup de monde, y compris parmi les personnes les plus insoupçonnables. En plus de toucher leur commission sur le trafic, certains responsables de l’État ou de la justice détournent une partie des aides sociales. Il n’y a pas de petits profits.
À ce stade-là, éliminer les caïds les plus nocifs ne suffit plus. Il ne manque pas de remplaçants. La structure même des cartels avec un turn over monstrueux dû à la guerre des gangs est assez opaque pour qu’on ne puisse cibler avec précision toutes les doublures. D’autant qu’une bonne partie de la société étant corrompue, on peut trouver aux postes d’encadrement du crime des professeurs, des avocats, des médecins, des hauts gradés de la police ou de l’armée, des présidents de cour et même des gouverneurs.
Après quinze mois de pouvoir, son échec est aussi patent dans la réforme de la justice
Comme partout, des magistrats très corporatistes clament chaque fois qu’on veut réformer l’institution qu’on va attenter à leur indépendance. Mais ils ne craignent pas d’être sous la tutelle des cartels entre menaces de mort et pots-de-vin ou plutôt tonnelets de tequila.
La situation économique n’est guère plus fameuse, les investisseurs désertent cette cour des miracles et les déficits publics atteignent des niveaux record, ce qui n’empêche pas Claudia de poursuivre ses programmes sociaux démagogiques sans se soucier de leur financement sinon par une inflation galopante.
Plus de 40 % des Mexicains vivent dans la pauvreté. Mais la Présidente, qui s’excuse de ne pas être économiste, attribue la misère au prétendu réchauffement climatique qui sévissait déjà au temps de Hernán Cortés, il y a cinq siècles. La solution au crime et à la misère serait la transition écologique ! Comment ? C’est à voir. Elle n’a pas encore trouvé la recette.
Dans la réalité, comme souvent en Amérique latine, des escadrons de la mort remplacent une police inefficace et une justice craintive ou laxiste. Générant quelques excès.
Claudia a décidé que la politique de sécurité continuerait à reposer sur la nouvelle Garde nationale, qui a progressivement remplacé l’armée mexicaine dans ses rôles de police. Cette stratégie entamée par López Obrador parvient à limiter les dégâts sauf au Sinaloa.
Une véritable guerre oppose depuis vingt ans les gangs entre eux, et aux forces de l’ordre et aux federales qui les concurrencent parfois en organisant eux mêmes le trafic. Les forces de l’ordre ont été réorganisées cinq fois depuis 1982. Sans résultat probant sur l’éradication des cartels.
Quatre forces spéciales d’élite ont été créées avec des nouveaux soldats réputés non corrompus, capables de combattre les gangs comme un ennemi intérieur. La militarisation de la société mexicaine a entraîné des violations des droits humains. Exécutions extrajudiciaires, disparitions inexpliquées, ciblage des journalistes et des politiciens liés aux cartels, ainsi qu’emploi de la torture. Contre quelques victoires dans une guerre interminable. Reposant cette éternelle question depuis Platon : la morale et l’efficacité sont-elles compatibles ?
Christian Navis






























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