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Meurtre du cinéaste Reeyaz Habib : l’accusé rejette le scénario de la Couronne

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L’individu accusé d’avoir assassiné le réalisateur torontois Reeyaz Habib a mis fin à son témoignage, en niant avec véhémence avoir battu son voisin à mort avec un extincteur. Khoa Tran est accusé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité après les faits et d’outrage à un cadavre.

Le procès a révélé que la victime se plaignait souvent du barbecue du couple Tran-Nguyen, qui vivait sous son appartement dans un complexe de logements en copropriété.

Des vidéos, le même individu?

Khoa Tran a indiqué qu’il avait une dent contre le cinéaste et qu’il avait jeté son vélo dans une benne à ordures à l’extérieur du complexe, par vengeance pour les propos qu’il avait tenus au sujet de la nourriture vietnamienne et, surtout, d’une amie que sa femme et lui hébergeaient à l’époque.

Reeyaz Habib.

Reeyaz Habib a été tué le 6 juin 2023 dans le quartier Liberty Village de Toronto et son cadavre a été retrouvé emmailloté dans un paquet deux jours plus tard dans un compacteur à ordures. (Photo d’archives)

Photo : Service de police de Toronto

L’accusé de 36 ans reconnaît que c’est bien lui que l’on voit sur la vidéo dans laquelle on le voit lancer à bout de bras la bicyclette de Reeyaz Habib par-dessus la décharge. Mais il assure que l’individu que l’on aperçoit sur les autres vidéos n’est pas lui.

Une vidéo montre l’accusé en train de jeter un sac d’épicerie dans le même conteneur, tôt, le matin du 8 juin 2023, et l’autre en train de pousser une chaise à bureau à roulettes dans le garage trois heures plus tôt le même jour.

La procureure Anna Tenhouse avance toutefois qu’il s’est rasé, recoiffé et changé pour ne pas être reconnu.

Quynh Nguyen et Khoa Tran.

Khoa Tran est accusé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité après les faits et d’outrage à un cadavre. (Photo d’archives)

Photo : Facebook

Khoa Tran explique que c’est bien lui dans l’enregistrement dans lequel on le voit se débarrasser d’un sac, mais qu’il s’agit de factures et non de l’ordinateur portable de la victime.

Il mentionne que l’individu dans le garage souterrain près du compacteur à déchets n’est en revanche pas lui.

À ce sujet, Me Tenhouse explique que l’accusé est moins reconnaissable, puisqu’il porte un masque sanitaire et une casquette et différents vêtements. Elle relève néanmoins que c’est la casquette que portait la victime quand elle allait à la salle de sport.

Les contradictions de l’accusé

Me Tenhouse lui fait entendre la conversation téléphonique qu’il a eue le 12 juin avec l’inspectrice de police, Keri Fernandez. On entend l’accusé parler d’un événement, mais sans mentionner le meurtre.

Or, le corps de la victime a été trouvé le 8 juin, mais il n’a été identifié que le 13 juin.

Les résidents avaient reçu un courriel général des gestionnaires du complexe leur demandant de ne pas utiliser le garage à cause d’une enquête policière. Le message ne mentionnait pas qu’un corps y avait été découvert pour ne pas affoler les locataires.

Un complexe de logements en copropriété dans Liberty Village à Toronto.

Reeyaz Habib habitait au 26, rue Western Battery, dans ce complexe de logements en copropriété ; Khoa Tran et Quynh Nguyen vivaient dans l’appartement en dessous du sien. (Photo d’archives)

Photo : Google Maps

Me Tenhouse souligne que l’accusé ne pouvait pas savoir qu’il s’agissait d’un meurtre, mais d’une disparition, à moins qu’il ne l’ait lui-même commis.

Il est manifeste que l’inspectrice laissait entendre qu’il s’agissait bien d’un meurtre et qu’il s’agissait de la même personne, se défend l’accusé.

La procureure lui montre ensuite un texto qu’il a échangé avec l’un de ses voisins du complexe, Vince Chin, dans lequel il s’inquiète de ce que va penser la police à son sujet malgré les assurances de son interlocuteur.

Je craignais que la police ne s’attarde qu’aux rumeurs à mon sujet, parce que des voisins répétaient qu’ils m’avaient vu entrer dans le domicile de Reeyaz les 6 et 7 juin, poursuit-il en rejetant du même coup de telles rumeurs.

Khoa Tran admet en outre qu’il n’a pas mentionné au policier qui l’interrogeait le 9 juin qu’il avait déjà aperçu dans le passé un homme noir et une femme blanche entrer dans la résidence du cinéaste.

Me Tenhouse repère d’autres oublis dans la conversation téléphonique de l’accusé avec l’inspectrice Fernandez.

Nous avions une bonne relation, même si je regrette d’avoir jeté son vélo après qu’il m’eut accusé de tremper dans un trafic sexuel, déclare Khoa Tran.

La façade de logements en rangée dans Liberty Village à Toronto.

Les accusés et la victime habitaient dans des logements en rangée semblables à ceux-là, mais aux numéros 217 et 218. (Photo d’archives)

Photo : Google Maps

La procureure pense au contraire que l’accusé et la victime n’avaient toujours pas, le 1er juin, résolu leur différend, comme l’a prétendu Khoa Tran à l’inspectrice Fernandez.

Non, je ne lui ai pas dit que j’avais volé et jeté sa bicyclette aux ordures, admet-il. Je pense toutefois que cela n’a jamais été au sujet de la fumée, je crois que le barbecue était le catalyseur de tous ses troubles de la colère, précise-t-il.

Dernière salve de la Couronne

La fin du contre-interrogatoire de la Couronne a donné lieu à de vifs échanges entre Me Tenhouse et Khoa Tran, révélant ainsi au grand jour la théorie de la poursuite.

— Vous avez demandé à votre locataire de coucher cette nuit-là avec votre épouse dans votre chambre, parce que vous ne vouliez pas la réveiller en sortant de votre appartement pour aller chez votre voisin, dont vous aviez la clef?, s’interroge la procureure.

— Non, ce n’est pas vrai, mais j’ai bien eu sa clef trois ans avant les événements, répond Khoa Tran.

— Vous étiez en colère et l’avez pourchassé dans son appartement?

— Je ne répondrai pas à cette question, auquel cas cela signifierait que je suis allé chez lui.

— Vous avez pris un extincteur lorsque Reeyaz Habib a ouvert une fenêtre pour crier au secours et vous l’avait battu à mort?

— Non, je ne l’ai pas tué.

Un entrée de garage souterrain dans un complexe de logements en copropriété.

L’entrée du garage souterrain du complexe de logements en copropriété dans lequel se trouvait le compacteur à ordures dans l’aire réservée aux déchets. (Photo d’archives)

Photo : Google Maps

— Vous êtes revenu dans votre appartement et vous êtes entré dans la chambre pour avertir votre femme en la tapant du pied pour l’avertir que votre plan était accompli?

— Je ne peux répondre à cette question, puisque je ne suis pas sorti de chez moi.

— Vous êtes retourné les 6 et le 7 juin chez M. Reeyaz pour le nettoyer, poser un drap sur la fenêtre d’où on le voyait assis à son bureau, et vous avez jeté sa raquette de tennis, son vélo et son ordinateur?

— Je rejette l’idée selon laquelle nous avons nettoyé son logement et ouvert les fenêtres et, non, je n’ai pas jeté sa raquette et son ordinateur, seulement son vélo.

— Vous avez utilisé deux chaises à roulettes pour transporter le corps de la victime au garage et vous avez mis une note comme quoi le paquet était trop lourd et que vous cherchiez à ce qu’un résident le jette lui-même dans le compacteur?

— Non, je n’ai pas écrit cette note.

— Vous êtes retourné au garage le 8 juin et vous avez jeté le corps emmailloté avec l’aide de votre femme, lorsque vous avez vu qu’il était toujours par terre… C’était votre dernier acte de vengeance, conclut Me Tenhouse.

Droit de réplique de la défense

L’avocat de Khoa Tran, Liam O’Connor, a fait dire à son client qu’il n’avait jamais été jaloux de son voisin.

Nous avions des vies très différentes, nous ne nous comparions pas du tout et j’avais beaucoup de respect pour Reeyaz, dit-il.

L’accusé reconnaît qu’il n’a pas appelé son voisin le lendemain après avoir entendu dans la nuit des cris provenant de son appartement.

Je ne voulais pas interférer, parce que je pensais qu’il était en crise mentalement ou encore qu’il tournait un film dans son logement, poursuit-il.

Khoa Tran dans un parc de Toronto à une date indéterminée.

Khoa Tran affirme que la découverte d’un corps dans le compacteur à déchets était tellement aberrante que cela ne pouvait être que du cinéma. (Photo d’archives)

Photo : Instagram

L’allusion au tournage a d’ailleurs laissé la Couronne perplexe durant le contre-interrogatoire, mais Khoa Tran explique à son avocat que la découverte d’un corps dans le compacteur à déchets était tellement aberrante que cela ne pouvait être que du cinéma.

Khoa Tran avait expliqué qu’il avait effectivement dit à l’amie qu’il hébergeait chez lui que les cris qu’elle avait entendus provenaient de l’appartement du dessus et que l’on y tournait un film dans le but de la rassurer.

Il a soutenu aujourd’hui que la scène de cinéma était maintenant l’une de ses interprétations pour expliquer la nature des cris entendus cette nuit-là.

Un épisode de crise de santé mentale est la seconde interprétation qu’il a offerte à la cour.

La défense de Quynh Nguyen a décidé de ne pas appeler sa cliente à la barre des témoins. Les arguments finaux seront présentés mercredi.

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