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Extraits de l’Ane d’or ou les Métamorphoses, XI, notre source principale pour notre livre sur le Graal, préfacé par N. Richer, condisciple et spécialiste de Sparte :
II. Reine des cieux, qui que tu sois, bienfaisante Cérès, mère des moissons, inventrice du labourage, qui, joyeuse d’avoir retrouvé ta fille, instruisis l’homme à remplacer les sauvages banquets du vieux gland par une plus douce nourriture; toi qui protèges les guérets d’Éleusis; Vénus céleste, qui, dès les premiers jours du monde, donnas l’être à l’Amour pour faire cesser l’antagonisme des deux sexes, et perpétuer par la génération l’existence de la race humaine; toi qui te plais à habiter le temple insulaire de Paphos, (2) chaste soeur de Phébus, dont la secourable assistance au travail de l’enfantement a peuplé le vaste univers; divinité qu’on adore dans le magnifique sanctuaire d’Éphèse; redoutable Proserpine, au nocturne hurlement, qui, sous ta triple forme, tiens les ombres dans l’obéissance; geôlière des prisons souterraines du globe; toi qui parcours en souveraine tant de bois sacrés, divinité aux cent cultes divers, (3) ô toi dont les pudiques rayons arpentent les murs de nos villes, et pénètrent d’une rosée féconde nos joyeux sillons; qui nous consoles de l’absence du soleil en nous dispensant ta pâle lumière; sous quelque nom, dans quelque rit, sous quelques traits qu’il faille t’invoquer, (4) daigne m’assister dans ma détresse, affermis ma fortune chancelante. Qu’après tant d’assauts j’obtienne enfin paix ou trêve; qu’il suffise de tant d’épreuves, de tant de traverses. Ote-moi cette hideuse enveloppe de quadrupède; rends-moi aux regards des miens, à ma forme de Lucius. Et si quelque dieu irrité me poursuit d’un courroux implacable, que je puisse mourir du moins puisqu’il ne m’est pas permis de vivre.
…
Dans cet imposant appareil, exhalant tous les parfums de l’Arabie, la divine apparition daigna m’honorer de ces paroles:
V. Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L’Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l’enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d’aspects, de formes, de cultes et de noms qu’il y a de peuples sur la terre. (2) Pour la race primitive des Phrygiens, je suis la déesse de Pessinonte et la mère des dieux; le peuple autochtone de l’Attique me nomme Minerve Cécropienne. Je suis Vénus Paphienne pour les insulaires de Chypre, Diane Dictynne pour les Crétois aux flèches inévitables. Dans les trois langues de Sicile, j’ai nom Proserpine Stygienne, Cérès Antique à Éleusis. (3) Les uns m’invoquent sous celui de Junon, les autres sous celui de Bellone. Je suis Hécate ici, là je suis Rhamnusie. Mais les peuples d’Éthiopie, de l’Ariane et de l’antique et docte Égypte, contrées que le soleil favorise de ses rayons naissants, seuls me rendent mon culte propre, et me donnent mon vrai nom de déesse Isis. (4) Sèche tes larmes, cesse tes plaintes; j’ai pitié de tes infortunes: je viens à toi favorable et propice. Bannis le noir chagrin; ma providence va faire naître pour toi le jour du salut. Prête donc à mes commandements une oreille attentive. (5) Le jour qui naîtra de cette nuit me fut consacré par la religion de tous les siècles. Ce jour, l’hiver aura fui avec ses tempêtes; le calme sera rendu aux flots agités, la mer redeviendra navigable. Et mes prêtres vont me faire offrande d’un vaisseau vierge encore du contact de l’onde, comme inauguration du commerce renaissant. Attends cette solennité d’un cœur confiant et d’une âme religieuse.


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