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Dans le New York des années 1950, le jeune Marty Mauser n’a qu’une chose en tête : le tennis de table, une discipline pour laquelle il est prodigieusement doué. Déterminé à traverser l’Atlantique afin de participer au championnat mondial, Marty doit composer avec le fait qu’il est sans le sou et, surtout, que son entourage semble conspirer pour l’empêcher de partir. D’arnaques en combines, il rencontre un riche homme d’affaires qui accepte de le financer. Or, Marty décide de séduire l’épouse dudit commanditaire, une ancienne star de cinéma. Et il y a ce gangster qui est à ses trousses… Comment s’en sortira-t-il ? On en a discuté avec Josh Safdie, coscénariste et réalisateur du jubilatoire Marty Supreme (Marty suprême).
Le personnage de Marty Mauser est librement inspiré de Marty Reisman, un champion de tennis de table, ou ping-pong. C’est la conjointe de Josh Safdie, la productrice Sara Rossein, qui lui offrit les mémoires de Reisman. S’il eut le coup de foudre pour ce personnage haut en couleur, le cinéaste fut surtout séduit par le théâtre de l’action.
« Ce qui a éveillé ma curiosité, c’est ce lieu mentionné dans le livre de Reisman, et qu’on retrouve dans le film : le Lawrence’s », confie Josh Safdie au cours d’un entretien par visioconférence aussi passionnant qu’animé.
Le Lawrence’s Broadway Table Tennis Club était en l’occurrence un club de tennis de table bien connu des amateurs et des professionnels.
« Il y avait aussi quelque chose de particulier dans ce New York de 1952, avec ces jeunes rêveurs dont personne ne se souciait et qui poursuivaient un rêve que personne ne respectait. De jeunes gens souvent brillants, mais aux résultats scolaires médiocres… Tous ces marginaux, ces exclus, convergeaient vers ce lieu tenu par un homme noir : c’était, pour l’anecdote, la première entreprise ayant appartenu à un Noir dans le quartier de Times Square. Sur place, il y avait cette intensité qui régnait parmi les joueurs de tennis de table… Et bref, tout ça, les gens, l’époque et le lieu, ça m’a fasciné. »
D’ajouter Josh Safdie, le tennis de table possède une histoire riche. « On n’y pense pas forcément, car un sport comme celui-là est souvent considéré comme mineur, voire frivole. »
Fait intéressant, cette « histoire riche », c’est en partie par une filière familiale que la creusa le cinéaste.
« Après avoir lu l’ouvrage de Marty Reisman, j’ai appelé mon oncle, car je savais qu’il avait beaucoup joué au tennis de table au milieu du XXe siècle. Il m’a appris qu’il allait souvent au Lawrence’s. Il m’a aussi raconté que Dick Miles, qui apparaît dans le livre de Marty Reisman, venait dîner chez eux pour le shabbat : ils débarrassaient alors la table de la salle à manger et jouaient au ping-pong dessus. Ensuite, ils allaient au Lawrence’s, qui, pour reprendre l’expression de mon oncle, ressemblait un peu à un orphelinat. Tout ça pour dire que j’ai ressenti une connexion très forte avec le sujet, et c’était vraiment inspirant. »
Sentiments intemporels
Après avoir coréalisé avec son frère Benny Safdie (The Smashing Machine/Le combattant) les excellents Good Times et Uncut Gems (Diamants bruts), Josh Safdie signe avec Marty Supreme son premier long métrage en solo. Énergique, hypercinétique, la mise en scène, qui épouse le tempérament du protagoniste, mais qui demeure, contrairement à ce dernier, en parfait contrôle, s’avère impressionnante.
« Ce qui était le plus intimidant par rapport à la réalisation, c’est qu’il s’agit d’un film d’époque. Sauf que moi, je voulais créer non seulement une impression d’immédiateté, mais aussi une impression que je volais le film à la réalité. Je savais que, pour la lumière, Darius [Khondji, le directeur photo] et moi allions étudier différentes températures des couleurs et trouver des éclairages d’époque réalistes. Le défi se situait plutôt du côté des décors. Parce que les décors et les costumes donnent sa texture au film, en plus d’influencer le jeu des acteurs. »
Parlant des acteurs, Josh Safdie affirme leur laisser une grande liberté. Timothée Chalamet s’est complètement investi. Le rôle a d’ailleurs été écrit pour lui, tout comme ceux de l’actrice sur le retour jouée par Gwyneth Paltrow et du gangster incarné par le cinéaste culte Abel Ferrara.
« On choisit des acteurs en espérant qu’ils apportent une part de leur âme au film. Ma seule consigne a été de leur dire : “Ne vous inquiétez pas de comment sonnent vos répliques : Ronald [Bronstein, le coscénariste] et moi avons écrit ces mots. Nous avons fait énormément de recherches. Ces mots ne sont pas modernes, mais les sentiments qu’ils expriment sont intemporels.” Et là, je reviens à mon désir d’immédiateté, de créer l’illusion que ce passé se déroule au présent. Dans tout ce que m’ont raconté les personnes qui ont vécu à cette époque, ce qui m’a touché, ce avec quoi j’ai ressenti une connexion, ce sont les sentiments, et les sentiments sont intemporels. Je devais donc trouver un moyen de capter ces sentiments dans chaque scène afin que le film résonne aujourd’hui. »
Une énergie chaotique
Pendant l’entretien, Josh Safdie montre avec enthousiasme son épais cahier de tournage à la caméra : tout est là, du scénario rempli de notes de différentes couleurs aux découpages techniques dessinés à la main, en passant par des fiches sur lesquelles chaque mouvement de caméra est détaillé dans ses moindres subtilités.
La démonstration terminée, Josh Safdie révèle que, le moment du tournage venu, il fait part de toute cette préparation à l’équipe et aux acteurs, mais reste ensuite ouvert au « chaos créateur ». À titre d’exemple, il lui est arrivé de donner des répliques à des figurants à l’improviste. Le but : déstabiliser les acteurs pour mieux les stimuler.
« On est à New York, et à New York, on se retrouve souvent à interagir avec des gens avec qui on n’était pas censé interagir. Et puis, je crois que mon énergie est intrinsèquement chaotique. J’en ai à revendre, et je pense que ça se ressent sur le plateau : mon énergie ET mon exubérance. Vous savez… »
Marquant une pause, le cinéaste complète sur le ton de la confidence : « Le personnage de Marty tel qu’il est dans le film, il ne sort pas de nulle part. »
Entre comédie, drame sportif, récit initiatique et quasi-film noir, Marty Supreme a une identité complexe, à l’instar de son héros. C’est voulu.
« Je fais des films sur la vie. Et la vie est faite de tous ces genres que vous mentionnez. Il y a des moments où la vie est une comédie, d’autres où la vie est une compétition. Il y a des moments où la vie est un drame, et il y a même des moments où la vie ressemble, oui, à un film noir. Le genre auquel appartient mon film, c’est la vie », conclut Josh Safdie.
Le film Marty Supreme, qui figure à notre palmarès cinéma 2025, prend l’affiche le 25 décembre.


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