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Silence. Une grande inspiration. Puis le bruit sec des skis qui mordent dans la neige. Marion Thénault se met en position, s’élance sur la pente pour prendre son élan et accélère vers le tremplin. La vitesse augmente, le sol disparaît. Et là, elle saute dans le vide.
Un geste contre-intuitif. Un saut qui défie l’instinct. Et un moment où la peur s’invite, chaque fois.
La skieuse acrobatique québécoise ne s’en cache pas : elle a peur à chaque saut. Mais aujourd’hui, cette peur n’est plus un frein. Elle est devenue un outil.
C’est dangereux ce que je fais. J’ai commencé à aimer une partie de cette peur-là, parce qu’elle me rend tellement sharp, explique celle qui porte sur ses épaules l’espoir d’une première médaille en solo en sauts pour le Canada depuis les Jeux de Salt Lake City, en 2002, où Veronica Brenner et Deidra Dionne avaient respectivement décroché l'argent et le bronze.
Quand j’ai peur, mes réflexes sont plus rapides, ma vision est plus claire. Ça me rend un peu comme un superhéros.
Cette peur, elle l’accompagnait déjà lorsqu’elle a pris part à ses premiers Jeux, à Pékin, en 2022. Thénault faisait partie de l’équipe canadienne qui a décroché la médaille de bronze à l’épreuve par équipe mixte en sauts. Lors de cette compétition, elle a raté le premier saut de la finale, un moment marquant à l'origine d'un tourbillon intérieur.
C’était vraiment surréel. Les gars ont fait de très bons sauts. On a réussi à avoir la médaille en tant qu’équipe. Mais après cette compétition-là, je suis rentrée dans ma chambre et j’ai pleuré, raconte-t-elle.
J’étais vraiment fâchée. Je ne pouvais pas croire que, si on n'avait pas eu cette médaille-là, ça aurait été de ma faute. J’avais honte, mais j’étais fière de ce que ça représentait pour le ski acrobatique canadien. [...] C’était spécial comme mix d’émotions.

Marion Thénault, Miha Fontaine et Lewis Irving ont remporté la médaille de bronze pour le Canada à l'épreuve par équipe mixte des sauts, aux Jeux olympiques de Pékin, en 2022.
Photo : afp via getty images / MARCO BERTORELLO
Quelques années plus tôt, pourtant, Marion Thénault n’imaginait pas encore son avenir sur des skis. Elle n’a découvert le saut acrobatique que quatre ans avant les Jeux de Pékin. Avant cela, il y avait la gymnastique. Des heures à répéter des mouvements millimétrés, à dompter le corps, à tomber et à recommencer.
Puis, le 5 novembre 2017, elle s'est fait une promesse claire, presque naïve : Un jour, j’irai aux Jeux olympiques.
Une promesse tenue. Mais la Marion Thénault d’aujourd’hui ne se contente plus d’y être. À l’approche de sa deuxième participation, elle arrive avec un nouveau statut, celui d’une athlète attendue, d’une tête d’affiche du contingent canadien.
La route pour s’y rendre n’a toutefois rien d’évident.
Ne manquez pas par l’épisode de Rêve olympique consacré à Marion Thénault diffusé sur ICI Télé le samedi 17 janvier à 21 h 30 (HNE).
Tomber pour mieux se relever
Entre 2022 et 2026, Thénault a décidé de repousser ses limites. Son objectif était précis : viser l’or. Et pour y parvenir, elle s’est attaquée à un triple saut périlleux, une figure qui appartient à l'élite chez les femmes en sauts acrobatiques.
Lors d’un entraînement à Ruka, en Finlande, en décembre 2023, tout a basculé. En tentant cette figure, elle a lourdement chuté. Le verdict était sans appel : une commotion cérébrale et des contusions osseuses entre les vertèbres.
J’arrive en bas, il y a du sang. Elle a perdu le souffle. Elle est en larmes, puis elle dit : "J’ai mal au dos." [...] Revenir de tout ça, ce n'était pas facile, indique Jeff Bean, l’entraîneur de Thénault, qui était aux premières loges de cette scène terrifiante.
La peur est devenue le thème central de l’année qui a suivi. [...] J’avais peur de tout faire, parce que je me disais que tout peut me faire mal, indique pour sa part la skieuse acrobatique.
Même plusieurs années plus tard, cette peur n'a pas disparu. Mais elle se transforme.
[Aujourd’hui], je ressens encore beaucoup la peur initiale, dit-elle à propos du moment où elle doit s’élancer. Avant, elle restait, puis elle s’installait avec sa petite tente de camping.

Marion Thénault
Photo : Getty Images / AFP/FABRICE COFFRINI
Maintenant, c’est plus une vague, puis ça passe. Et après ça, je peux y aller.
À Pékin, Marion Thénault s’était promis de devenir une olympienne. Cette fois, elle s’est promis davantage. Et pour y parvenir, il lui aura fallu du sang, de la sueur et des larmes. Littéralement.
Marion, elle s’est entraînée pendant [huit] ans dans ce sport pour trois secondes [de performance]. Puis, c’est stressant, mais c’est vraiment cool quand tu peux réussir, souligne son entraîneur.
La question, c’est : "Qui sera la meilleure cette journée-là?" C’est tellement dur à prédire. Mais évidemment, mon souhait, c’est de gagner les Jeux.
En février, en quelques secondes, tout se jouera à nouveau : la pente, la passerelle, le vide. Et cette vague de peur, désormais apprivoisée, juste assez pour lui permettre de faire le grand saut.
Avec les informations de Roseline Filion


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