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Même les superprédateurs pouvaient être pris pour cible dans les mers du Cambrien il y a environ 520 millions d'années. Un fossile mis au jour par une équipe de chercheurs porte la trace d'une blessure cicatrisée qui pourrait avoir été provoquée par une morsure. «Je ne me serais jamais attendu à voir quelque chose de ce genre conservé dans les archives fossiles», souligne Stephen Pates, paléontologue à l'University College London.
L'animal qui a été mordu s'appelle Amplectobelua symbrachiata et fait partie d'un groupe d'arthropodes disparu depuis longtemps, les radiodontes. L'Amplectobelua avait des allures de croisement entre un calamar et un homard. Il possédait deux appendices redoutables sur la tête, lui permettant d'attraper ses proies, ainsi qu'une rangée de nageoires latérales le long de chaque flanc. Sa taille pouvait atteindre près d'un mètre de long, ce qui en faisait l'un des plus grands prédateurs marins du Cambrien.
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Retrouvé dans la formation géologique de Yu'anshan, dans le sud-ouest de la Chine, le fossile conserve notamment une nageoire, dont les tissus mous ont particulièrement bien résistés au temps, rapporte New Scientist. Une étrange marque en forme de W apparaît sur son bord, qui rappelle étrangement celle de deux crocs ayant entaillé la chair. Une bande noire entoure la blessure, signe possible d'un processus de cicatrisation.
Un fossile extrêmement rare
«Chez les arthropodes modernes, on observe cette mélanisation, ce noircissement autour des zones en cours de régénération, explique Stephen Pates. Je pense que nous pouvons être assez sûrs que cela s'est produit alors que l'animal était encore en vie.» Le cas est d'autant plus remarquable que les fossiles de radiodontes sont extrêmement rares: à ce jour, seuls une dizaine de fragments similaires ont été mis au jour.
Une question intrigue les chercheurs: qui a bien pu arracher ce morceau à cet ancien géant marin? Selon Stephen Pates, il pourrait s'agir d'une autre espèce de radiodonte, voire d'un spécimen de la même espèce. La cartographie par fluorescence X a montré que la composition chimique de la partie en forme de W correspond à celle du reste du fossile. Autrement dit, c'est un proche cousin qui aurait infligé cette morsure, ce qui ouvre la possibilité du cannibalisme.
«D'autres cas de blessures cicatrisées ont été signalés chez des animaux du Cambrien, mais jamais chez un radiodonte», explique Joe Moysiuk, curateur au musée du Manitoba au Canada.
Cette découverte ne met toutefois pas tout le monde d'accord. Certains évoquent une marque de mue de l'Amplectobelua. Mais pour les experts, cette hypothèse ne tient pas vraiment la route: la forme de la déchirure ressemble davantage à celle laissée par une morsure. De surcroît, la marque se situe exactement à l'endroit où un prédateur aurait pu frapper si un radiodonte cherchait à fuir. «Pour nous, la meilleure interprétation de cette blessure est qu'il s'agit d'une blessure de prédation», conclut Stephen Pates. Ce qui laisse penser que, il y a plus de 520 millions d'années, même les plus grands prédateurs marins n'étaient pas à l'abri d'attaques violentes, potentiellement menées par leurs pairs.





























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