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L’actualité a ramené à l’Assemblée nationale la conversation sur la fragilité de la littératie au Québec et l’accès à la lecture en milieu scolaire. De la malheureuse déclaration de l’ex-ministre de l’Éducation Yves Bolduc qui affirmait que les jeunes n’allaient pas mourir de l’absence de nouveaux livres dans les bibliothèques scolaires jusqu’à cette crainte que les écoles puissent choisir entre le sport et la lecture, rien n’a significativement évolué sur la question. Récemment, les députés de l’opposition et les acteurs de l’écosystème du livre ont réclamé un statut pour le livre. Ils rappellent les taux de littératie qui stagnent et l’importance de maîtriser la lecture comme moyen de rompre le cycle de la pauvreté.
Or, aucune mesure significative, porteuse et pérenne n’est proposée pour renverser cette réalité qui perdure. Les enveloppes d’achats pour les bibliothèques de classe demeurent symboliques par rapport à l’ampleur du défi qu’est l’enjeu de la littératie. Protéger l’achat de livres pour les classes et les bibliothèques scolaires comme le demandent les oppositions ne suffit pas. Il faut aller plus loin pour la lecture.
Des livres dans les foyers
Présentement, dans les écoles publiques québécoises, les livres qui sont acquis pour être utilisés en enseignement sont prêtés aux élèves, qui ne peuvent pas les annoter ou y surligner. Cela restreint la marge de manœuvre didactique des enseignants. De plus, de nombreux jeunes se partagent le même exemplaire annuellement. Après plusieurs années, ces livres sont usés, abîmés, laids. Dans les écoles publiques du Québec, c’est avec ces objets qu’on travaille l’apprentissage de la lecture et qu’on souhaite donner le goût de lire.
Pendant ce temps, ces écoles publiques peuvent inscrire l’achat de chandails d’uniforme avec logo de l’établissement sur la liste du matériel obligatoire. Mais il est interdit de faire acheter des livres par les parents sous prétexte de gratuité scolaire. Cette gratuité, on la paie de notre incapacité persistante à réduire les lacunes en littératie.
Depuis plusieurs années, je milite pour que l’accès à la lecture soit réellement démocratisé et que le livre devienne un objet du quotidien. Cela deviendrait possible si les livres québécois enseignés dans les écoles publiques québécoises étaient dorénavant donnés aux élèves plutôt que prêtés. Une telle mesure, récurrente et permanente, permettrait non seulement aux enseignants d’utiliser plus efficacement les romans et les albums avec lesquels ils enseignent, mais aussi aux élèves de mieux se les approprier.
De plus, à la fin de leurs études, les jeunes Québécois auraient tous une bibliothèque de base dans leur foyer, et le livre deviendrait ainsi un objet accessible même hors des écoles et des bibliothèques.
La portée d’une mesure structurante
Je fais le pari qu’en facilitant l’accès au livre, on accroîtra autant les capacités des Québécois en littératie que leur désir de lire. Sur le long terme, cela favorisera globalement l’écosystème du livre québécois.
Il faut dépasser le soutien actuel de l’État à la lecture, qui demeure aussi fragile que limité. Il faut l’envisager comme une action concrète pour aider l’enseignement de la lecture. Il faut le concevoir avec le désir d’améliorer durablement les compétences en littératie des Québécois autant que les moyens de l’industrie du livre.
Une campagne électorale aura bientôt lieu au Québec. J’invite les partis politiques à s’engager formellement à porter cette idée, et j’incite les acteurs en alphabétisation et ceux de la chaîne du livre à y faire écho dès maintenant.


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