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Loi Thornton : des jeunes Franco-Manitobains demandent des excuses au gouvernement

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Des jeunes Franco-Manitobains demandent au gouvernement Kinew de s’excuser pour la loi Thornton, dans une lettre publiée dans le journal La Liberté. Le groupe considère que si, le gouvernement souhaite sérieusement faire du Manitoba une province « véritablement bilingue », il doit s’excuser pour cette loi et ses conséquences sur l’éducation et les services en français.

L’un des signataires, Benjamin Niyomugabo, estime que ces excuses seraient un acte de bonne foi de la part du gouvernement. Ça montre que c’est un gouvernement capable d’apprendre de ses erreurs et prêt à avancer, estime l’étudiant de l’Université de Moncton.

La loi Thornton

Loi scolaire adoptée par le gouvernement libéral de Tobias Crawford Norris en 1916, la loi Thornton (Thornton Act), du nom du ministre de l'Éducation, supprime les écoles bilingues au Manitoba et abolit du même coup l'enseignement en langue française. La loi rend l'instruction primaire en anglais obligatoire pour les enfants de la province.

On enseignait le français dans l’illégalité et il fallait cacher ses livres ou les jeter par la fenêtre si l’inspecteur provincial venait visiter l’école, se souvient Denis Clément qui est maintenant commissaire à la Commission scolaire franco-manitobaine (CSFM), après plus de 30 ans en tant qu’enseignant et directeur à la DSFM.

Pour les enseignants à l’époque de la loi Thornton, le fait d'enseigner le français pouvait leur coûter leur travail.

Dans leur lettre, les jeunes signataires soulignent aussi que le Manitoba n’est pas pionnier dans ce domaine, puisque le gouvernement ontarien s’est excusé officiellement au sujet du Règlement 17, une norme similaire à la loi Thornton.

À cette époque, la question d’une demande d’excuse avait d’ailleurs été soulevée par l'ancienne présidente de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Jacqueline Blais. Mais l’organisme avait décidé que le contexte ne convenait pas. C’était étrange de demander des excuses alors que des gestes très concrets pour un avenir plus positif étaient en cours, explique le président actuel de la SFM, Derrek Bentley.

Toutefois, la SFM applaudit l’engagement et la prise de position des jeunes signataires et se dit prête à les soutenir dans leur démarche, s’ils le souhaitent.

Dans une déclaration écrite, le ministre responsable des Affaires francophones, Glen Simard, assure que la sensibilisation à l'histoire de la francophonie au Manitoba sera sans aucun doute un élément clé de la nouvelle stratégie provinciale, sans toutefois s’engager à présenter des excuses formelles.

Des conséquences qui se font encore ressentir aujourd’hui

Benjamin Niyomugabo considère que la loi Thornton est la cause du manque de services en français et de l’assimilation des francophones. Il y a des masses de gens qui sont des francophones manqués, qui ont perdu leur français, dénonce-t-il.

Benjamin Niyomugabo porte une écharpe sur laquelle est brodé DSFM.

Benjamin Niyomugabo et Beaudry Labossière ont lancé cette initiative et récolté une vingtaine de signataires pour leur lettre. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Victor Lhoest

Le commissaire scolaire Denis Clément confirme que la loi Thornton a engendré la honte de parler français à long terme.

Cette honte-là a fait que les gens, petit à petit, abandonnent leur langue, et leur langue devient inutile.

Avant la loi Thornton, il existait 126 écoles françaises. Aujourd’hui, la DSFM compte 25 écoles. Si on regarde dans le domaine des garderies, des programmes de métiers professionnels, on est encore loin de l’équité, ajoute Denis Clément.

Un homme à lunettes en chemise bleu pâle.

Selon Denis Clément, il y a encore beaucoup d'endroits au Manitoba qui méritent d'avoir leur propre école française. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Barbara Gorrand

Au-delà du domaine de l’éducation, les services en français dans les domaines économique, politique, commercial et juridique manquent encore. Ces lacunes ont d’ailleurs poussé Benjamin Niyomugabo à poursuivre ses études à Moncton, dans une province qui offre plus de possibilités en français.

Au Manitoba, quand on veut avoir un service en français, c’est impossible ou alors on nous le propose en anglais, déplore l’étudiant.

Nos communautés francophones sont maintenant bilingues, le français n’a pas de statut protégé et est rendu optionnel.

La loi Thornton n’est pas la seule à blâmer

Toutefois, selon le politologue Raymond Hébert, l’assimilation des francophones et le manque des services en français viennent de plus loin. C’est plutôt l'Official Language Act, adopté en 1890, qui est la cause de tous les problèmes en ce qui a trait à la mise en place des services en langue française, explique-t-il.

Le politologue Raymond Hébert.

Raymond Hébert considère que les torts du passé ont été largement réglés par des lois et des réalisations concrètes. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Fernand Détilleux

Selon Raymond Hébert, une entente officieuse avec la communauté francophone voulait que le ministère ne soit ni trop rapide ni trop exigeant quant à l'application de la loi Thornton. L’assimilation a réellement commencé dans les années 1960, ajoute le politologue, rappelant que la loi Thornton a mené à la création de l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba, ancêtre de la SFM.

L'organigramme de l'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba.

L'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba (AECFM)

Photo : SHSB16714A/Société historique de Saint-Boniface

Des excuses seraient un geste symbolique intéressant, mais il y a déjà eu énormément de progrès sur ce dossier-là, explique Raymond Hébert.

Des excuses, c’est bien, mais des gestes, c’est mieux

Denis Clément souhaite plus que des excuses. Selon lui, le gouvernement doit agir pour normaliser le français. Ça demanderait de développer des carrières en français, plus de soins de santé en français dans les hôpitaux et de valoriser la langue dans l’affichage, explique-t-il.

Il y a encore un long chemin à faire, selon le commissaire. Benjamin Niyomugabo espère aussi que le gouvernement du Manitoba va concrétiser ses promesses pour rendre la province véritablement bilingue.

Un rapport sur les consultations menées par la province à ce sujet devrait d’ailleurs être présenté bientôt. Il agira comme point de départ aux actions de la province et des organismes pour faire avancer le fait français au Manitoba, et réparer les torts du passé.

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