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Politique 05/02/2026 13:00 Actualisé le 05/02/2026 13:27
Le ministère de l’Intérieur a publié le document qui permet aux préfets de classer les partis selon leur sensibilité en vue des municipales. Et outré les insoumis en les classant à « l’extrême gauche ».

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Jean-Luc Melenchon et Manuel Bompard, au Corque d’hiver à Paris le 30 janvier 2026.
Une « magouille », une décision « à la Trump » du ministre de l’Intérieur et un recours au Conseil d’État envisagé aussi sec. Depuis la publication, le 4 février, de la circulaire pour établir les nuances des candidats aux élections municipales, la France insoumise est vent debout contre sa classification au sein de « l’extrême gauche ». Une indignation soutenue par une décision du Conseil d’Etat qui avait conclu l’inverse en 2024 mais qui illustre aussi une lecture partielle de ladite circulaire.
« En 2020 et 2023, LFI était classée à gauche » et « il n’y a aucune raison de changer cela aujourd’hui », tempêtent sur X Manuel Bompard et Jean-Luc Mélenchon. « Notre stratégie et les orientations de notre programme n’ont pas changé », fait valoir le coordinateur national du mouvement. Manuel Bompard y voit une « une opération malhonnête du ministre de l’intérieur qui veut manipuler les nuances pour tenter d’affaiblir la France insoumise. » Le fondateur du mouvement et triple candidat à la présidentielle va, lui, encore plus loin, instillant un doute sur la fiabilité des résultats établis par la place Beauvau.
« Peut-on avoir confiance pour les élections par quelqu’un qui truque les étiquettes politiques ? Et les résultats c’est lui aussi qui les classe ? », interroge Jean-Luc Mélenchon. La circulaire en question, accessible sur le site LegiFrance, classe bien la France insoumise à l’extrême gauche… dans une configuration bien précise. Ailleurs, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est bien distingué des partis réunis sous la bannière « extrême gauche », comme le NPA ou Lutte ouvrière.
Une étiquette LFI propre...
Prenons les choses dans l’ordre. À commencer par le rôle de la circulaire qui provoque la fureur des cadres insoumis. Ce document, réédité et revu par le ministère de l’Intérieur à chaque élection, a pour but de clarifier la sensibilité politique des listes pour faciliter l’analyse et la lisibilité des résultats. C’est ce qu’on appelle le nuançage. Dans le cas des municipales, ce travail est d’autant plus important que les candidats ne sont pas forcément rattachés à un parti et que les listes peuvent comporter des personnalités de sensibilités diverses. Exemple sur les listes France insoumise qu’ont rejoint ces dernières semaines des membres des Ecologistes, depuis suspendus par Marine Tondelier.
Il convient aussi de faire une distinction entre « l’étiquette politique » et la « nuance politique ». L’étiquette politique reflète l’appartenance à un mouvement ou un parti. La nuance politique représente la sensibilité globale d’un candidat ou d’une liste. Elle se matérialise par un libellé (deux ou trois lettres majuscules visibles à l’annonce des résultats), établi par les agents du ministère « de manière discrétionnaire » en se basant sur des critères et « un faisceau d’indices concordants et objectifs » définis par la circulaire. Ces libellés vont d’« extrême gauche » (EXG) à « extrême droite » (EXD) en passant par tous les partis existants : COM pour les communistes, LR pour les Répulicains, ANM pour le Parti animaliste, DVS pour les partis « de sensibilité souverainistes » comme Debout la France…
La France insoumise bénéficie de son libellé propre - FI ou LFI - dans la grille des « nuances individuelles » qui attribue une nuance par candidat et dans celle des « nuances de listes » qui attribue une nuance à une liste dans sa globalité. Dans ces deux grilles, le libellé « d’extrême gauche » revient aux candidats ou listes « investis ou soutenus par des partis d’extrême gauche notamment Lutte ouvrière, le NPA, le Parti ouvrier indépendant, etc » peut-on lire dans le document. Car, comme nous l’expliquions, ces deux derniers partis correspondent bien, d’un point vue programmatique, à ce qu’est l’extrême gauche. À l’inverse de LFI qui reste réformiste, et demeure classée à la « gauche radicale » par les politologues.
Mais un « bloc extrême gauche », distinct de celui de « gauche »
En revanche, la troisième grille dite « de regroupement des nuances politiques par blocs de clivages » définit des « blocs » au sein duquel sont incluses les « nuances » déjà établies dans les deux premières grilles. Ces « blocs » sont particulièrement importants pour le comptage des résultats. Et c’est uniquement dans cette liste que la France insoumise est intégrée au « bloc » de l’« extrême gauche », au même titre que le NPA ou LO. Contacté par Le HuffPost pour connaître les raisons de cette classification, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu à nos sollicitations.
Reste qu’elle n’est pas non plus des plus surprenantes, si l’on regarde l’échiquier politique et le positionnement de chaque parti. La France insoumise revendique sa position de « rupture » face à d’autres partis qui se positionnent aussi à gauche. Parmi eux, le Parti socialiste classé dans le bloc « gauche », avec les Ecologistes, Générations ou Place Publique mais aussi le Parti communiste. Il n’est pas non plus inintéressant de noter que la France insoumise a présenté des listes seules dans la plupart des municipalités, là où les écologistes, socialistes (et communistes, dans une moindre mesure) ont souvent tenté de partir ensemble au premier tour. Ce contexte a-t-il été pris en compte dans le « faisceau d’indice » qui permet d’établir le nuançage ? Si c’est le cas, cela n’a pas lieu d’être selon Manuel Bompard qui s’appuie sur les divergences fondamentales entre les partis de gauche. « Il existe bien une extrême gauche en France. Elle se revendique comme telle et elle est tout à fait respectable. Elle considère les élections comme une tribune et non pas comme un moyen de conquête du pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France insoumise », a fait valoir le numéro 2 insoumis.
La question des classifications est éminemment sensible dans la classe politique. Le Rassemblement national rejette ainsi le terme d’« extrême droite », mais a dû se plier à la décision du Conseil d’État qui a confirmé que le terme était parfaitement approprié. À l’inverse, La France insoumise est régulièrement dépeinte par ses adversaires politiques comme « d’extrême gauche » dans le but de renvoyer les mélenchonistes sur le même plan que le Rassemblement national. Une analyse et un qualificatif que ses membres réfutent.


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