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Les syndicats québécois réclament le «dialogue social» avec le gouvernement péquiste de droite

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Le chef du PQ et premier ministre du Québec Paul St-Pierre Plamondon [Photo: National Assembly of Quebec]

Les centrales syndicales du Québec ont unanimement salué la victoire du Parti québécois (PQ) aux élections du 5 octobre et offert leur pleine collaboration au gouvernement minoritaire de Paul St-Pierre Plamondon, élu par à peine un électeur sur cinq, alors même que ce dernier prépare un assaut tous azimuts contre la classe ouvrière.

«Nous lui offrons notre collaboration, et nous serons à la table dès les premières semaines», a fait savoir la CSN (Confédération des syndicats nationaux). De son côté, la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) a assuré au nouveau gouvernement péquiste que «nous ne cherchons pas l’affrontement, loin de là».

Cette main tendue s’adresse à un parti indépendantiste et ultranationaliste au lourd bilan anti-ouvrier. Chaque fois qu’il a gouverné depuis quarante ans, il a imposé des coupes sociales massives et des lois antigrèves pour criminaliser les luttes ouvrières, notamment sous Lévesque (1981-1985), Parizeau-Bouchard-Landry (1994-2003) et Marois (2012-2014).

Accéléré en 2020 sous St-Pierre Plamondon, son virage à droite débouche aujourd’hui sur un programme encore plus draconien : austérité sauvage, suppression de milliers d’emplois dans la fonction publique et baisses d’impôts pour les entreprises. Lié à son projet d’indépendance, ce programme va de pair avec un nationalisme de droite, le militarisme et le chauvinisme anti-immigrants.

En réclamant la concertation, les chefs syndicaux se positionnent pour étouffer la colère sociale et torpiller les luttes de masse que provoquera inévitablement la guerre de classe intensifiée du PQ.

L’expression consacrée des dirigeants syndicaux pour camoufler les trahisons qu’ils préparent est le «dialogue social». Invoquée dans les années 1960 et institutionnalisée sous René Lévesque, cette formule figure au cœur du «modèle québécois». Avec les lois du travail et le régime de négociation collective, ce modèle a servi à associer étroitement les syndicats à l’imposition de l’austérité, à la hausse de la productivité par des conditions de travail dégradées et au maintien de la «paix sociale».

Il repose sur le nationalisme québécois: le mensonge voulant que les travailleurs du Québec aient plus en commun avec leurs patrons francophones qu’avec les travailleurs du reste du Canada. En niant le conflit fondamental de classe, les chefs syndicaux isolent les travailleurs du Québec de leurs confrères en Amérique du Nord pour mieux les subordonner à l’élite dirigeante québécoise.

Ce programme nationaliste a culminé lors des sommets socioéconomiques convoqués par Lucien Bouchard après le référendum de 1995: avec la pleine participation des syndicats, on y a préparé de profondes coupes budgétaires et d’emplois, dans la santé et l’éducation, au nom du «déficit zéro», pour prouver à la haute finance qu’un Québec indépendant serait un «bon gouvernement».

Alors que St-Pierre Plamondon n’a pas caché son intention de sabrer les dépenses publiques, les dirigeants syndicaux sèment l’illusion qu’on peut faire pression sur le nouveau gouvernement pour obtenir des «réinvestissements importants» dans les programmes sociaux. La CSQ «accueille favorablement» les états généraux sur l’éducation du PQ, qui serviront en réalité de façade – comme les sommets de Bouchard – à une nouvelle série de coupes.

Au même moment, la bureaucratie syndicale «met en garde» le gouvernement contre le danger de «foncer tête baissée» dans l’austérité, de peur d’une révolte de la base qui échapperait à son contrôle.

Les syndicats cherchent à endormir leurs membres en leur faisant croire qu’on peut «faire entendre raison» au PQ. Or, ce parti de la grande entreprise est tout aussi voué à l’austérité que le gouvernement Carney à Ottawa qui supprime des dizaines de milliers d’emplois et sabre les dépenses sociales pour financer le réarmement. Quant à son projet indépendantiste, il mènerait à un État capitaliste aligné sur Washington et fondé sur le militarisme et la persécution des réfugiés et des immigrants.

Les syndicats offrent leurs services au PQ pour imposer son programme d’austérité et de guerre, qui est partagé par toutes les factions de la classe dirigeante, fédéralistes comme séparatistes. En évoquant les «négociations du secteur public qui s’ouvriront dans un an», le président de la CSQ, Éric Gingras, rappelle le rôle clé des centrales syndicales pour maintenir «la paix sociale».

Lors de la dernière ronde de négociations à la fin de 2023, les syndicats du secteur public ont torpillé la grève de quelque 600.000 employés de l’État. La CSN vante aujourd’hui le «mécanisme de protection du pouvoir d’achat» qu’elle aurait obtenu, alors que la dernière entente – signée après la trahison de la grève – a consacré des baisses de salaire réel.

Pour justifier leur alliance renouvelée avec le PQ, les syndicats invoquent l’opposition du PQ à deux lois «anti-syndicales» de l’ancien gouvernement de la CAQ (Coalition Avenir Québec), qu’il aurait «promis» de revoir.

La première est la loi 14 (anciennement projet de loi 89), entrée en vigueur le 30 novembre 2025, qui donne au ministre québécois du Travail le pouvoir de mettre fin à une grève sur simple avis – sur le modèle d’Ottawa, qui a criminalisé une série de grèves (cheminots, débardeurs, postiers) en «réinterprétant» l’article 107 du Code canadien du travail. Les syndicats n’ont pas levé le petit doigt pour s’y opposer. Lors de leur grande manifestation du 29 novembre 2025 à Montréal, ils l’ont largement passée sous silence, tout comme les mesures d’Ottawa, pour empêcher une riposte pancanadienne en défense du droit de grève.

La seconde est la loi 4 (anciennement projet de loi 3) qui rend facultative une partie des cotisations syndicales et touche ainsi directement aux intérêts financiers de la bureaucratie syndicale. C’est elle qui attire les foudres des syndicats – pas la loi 14, que la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) réduit à un simple «irritant».

Quant au PQ, son vote contre la loi 14 était purement tactique. Pendant la grève à la Société de transport de Montréal (STM) en novembre 2025, St-Pierre Plamondon s’est dit prêt à collaborer avec la CAQ pour forcer un retour au travail. Il a aussi promis de faire du transport collectif un service essentiel où le droit de grève serait sévèrement restreint. Le chef péquiste a critiqué la CAQ pour son travail «un peu bâclé» sur ses deux lois du travail, tout en y voyant «de bonnes choses». Sa priorité reste un mécanisme «optimal» pour limiter au maximum les grèves.

Par ailleurs, les chefs syndicaux s’adaptent au virulent chauvinisme anti-immigrants du PQ. La CSN a endossé la «réforme» de l’immigration promise par le PQ et seulement suggéré que celle-ci «devra protéger» les «travailleurs issus de l’immigration» – comme si un gouvernement ultranationaliste qui fait des immigrants les boucs émissaires de la crise sociale allait les «protéger».

Cette formule, qui reflète la position de toutes les centrales syndicales, revient à soutenir la campagne de toute la classe politique canadienne pour refouler les demandeurs d’asile vers les États-Unis, aux mains de l’ICE – la gestapo de l’immigration de Trump.

Ce chauvinisme va de pair avec leur profond nationalisme économique. Invoquant la guerre tarifaire déclenchée par Trump, la FTQ et la CSN réclament une «véritable politique industrielle» pour rendre le Québec plus «compétitif». Autrement dit: cadences accélérées, suppressions d’emplois et baisses de salaires. Quant aux tarifs réciproques du gouvernement Carney, appuyés par les syndicats de tout le pays, ils frapperont d’abord les travailleurs américains, sacrifiés à la «prospérité» de la bourgeoisie canadienne.

Partout au pays, les chefs syndicaux soutiennent l’«Équipe Canada», qui subordonne les travailleurs à l’impérialisme canadien, résolu à être – selon Carney – «à la table» et non «au menu» dans le redécoupage du monde. La présidente de la FTQ, Magali Picard, siège aux côtés de celle d’Unifor, Lana Payne, au Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis formé par Carney.

Les travailleurs québécois et canadiens doivent rejeter toute forme de nationalisme – canadien comme québécois – et s’unir entre eux, et avec leurs frères et sœurs de classe de toute l’Amérique du Nord, dans une lutte commune contre Trump, Carney et St-Pierre Plamondon.

Il faut bâtir des comités de base, indépendants des appareils syndicaux pro-capitalistes, afin de mobiliser tous les travailleurs, par-delà les secteurs et les frontières, dans la défense des emplois, des services publics et des droits démocratiques – y compris le droit de grève et le droit de vivre et travailler dans le pays de son choix.

Cette mobilisation doit être étroitement liée à une lutte politique pour la réorganisation socialiste de la société afin de satisfaire les besoins sociaux de tous, et non les profits d’une minorité.

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