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Le documentaire d’Antoine Dauer et Michèle Dominici retrace le parcours des rescapés des camps nazis au fil de témoignages saisissants.
Passer la publicité« J’aimerais pouvoir décrire ce que cela fait d’être libéré. Pendant des années, nous avions été soumis aux émotions et aux épreuves les plus extrêmes et, du jour au lendemain, c’était terminé. C’était très difficile à croire. J’avais 19 ans et j’avais l’impression d’en avoir 90. » Ce témoignage d’Anita Lasker, libérée du camp de Bergen-Belsen en avril 1945, est l’un de ceux exprimés par des rescapés des camps de la mort, lus en voix off dans le poignant documentaire Les Survivants, l’impossible départ après la Shoah, diffusé sur Arte.
Ce film en deux parties, réalisé par Antoine Dauer et Michèle Dominici, offre un éclairage rare, donné par les rescapés eux-mêmes, sur les difficultés qu’ils ont vécues une fois la Seconde Guerre mondiale achevée. Leur situation spécifique parmi les autres réfugiés est décrite. Tout comme leur lutte pour obtenir l’amélioration de leurs conditions de vie dans les camps pour personnes déplacées, les DP (« displaced persons »), où ils ont parfois passé plusieurs années. Une amélioration est obtenue après le rapport effectué par l’Américain Earl G. Harrison en juillet 1945. Les civils de l’Unrra, l’administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction, prennent le relais des militaires pour gérer ces lieux d’accueil. Et les organisations humanitaires juives sont enfin autorisées à acheminer de l’aide.
Création de l’État d’Israël
Parmi les rescapés, Samuel Bak, 13 ans à l’époque, se souvient de son arrivée dans un camp DP en Allemagne. Ses propos sont illustrés par des aquarelles peintes alors par le jeune garçon. « Nous avons atteint la petite ville de Landsberg am Lech, juste à côté se trouvait le camp DP qui allait nous accueillir pendant les trois prochaines années. Le camp était installé dans l’ancien complexe de casernes et d’entrepôts de l’armée allemande. Ma mère et moi étions épuisés après des semaines d’errances éreintantes et périlleuses dans l’Allemagne d’après-guerre. (…) C’était un endroit qui nous a permis de retrouver les nombreux plaisirs d’une vie normale. »
Si une petite minorité des Juifs libérés des camps de la mort, essentiellement originaires de France, d’Italie et des Pays-Bas, souhaitent retourner dans ces pays, une grande majorité veut quitter le Vieux Continent. En particulier les rescapés qui viennent d’Europe de l’est et orientale marquée par un antisémitisme encore massif. « Nous ne nous considérions plus comme des Polonais, des Hongrois ou des Roumains, mais comme des Juifs, des rescapés de la guerre que l’Allemagne avait déclarée au peuple juif. À ce titre, nous revendiquions notre droit, non seulement à de l’aide matérielle, mais aussi à la liberté et au droit à déterminer notre propre avenir », explique dans ses écrits, lus en voix off, Hadassah Bimko-Rosensaft, 33 ans en 1945.
Pour beaucoup, l’objectif est de partir s’installer en Palestine ou en Amérique. Une volonté contrariée par le refus des Britanniques de laisser ces réfugiés rejoindre le territoire palestinien qu’ils administrent. Quant aux Américains, leur politique de quotas d’immigration leur ferme la porte du nouveau monde. En juillet 1947, l’arraisonnement violent de l’Exodus par l’armée britannique, un navire sur lequel 4 500 réfugiés juifs tentaient d’atteindre la Palestine, marque un tournant et choque l’opinion internationale. Au point que le 29 décembre 1947, l’ONU décide par un vote de scinder la Palestine en deux territoires, et que le 14 mai 1948, David Ben Gourion déclare la création de l’État d’Israël. Quant au congrès américain, en juin 1948, il vote le DP Act qui permet à 80 000 survivants d’immigrer aux États-Unis. Au total, environ 250 000 juifs sont passés par les camps de rescapés en Europe.


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