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Si notre proximité avec les primates n’est un secret pour personne, on pensait tout de même que la compréhension de la géométrie était une compétence profondément humaine. Une nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique PNAS, le dément: les singes mobiliseraient des mécanismes mentaux très proches des nôtres pour appréhender les formes et leurs relations abstraites. Ces travaux bousculent l’idée reçue selon laquelle l’esprit humain aurait accompli un saut évolutif unique en apprenant à décoder des concepts comme la symétrie, le parallélisme ou les angles droits.
«Depuis des décennies, les spécialistes des sciences cognitives recherchent l’«ingrédient secret» qui distingue l’intelligence humaine de celle des autres animaux, explique Elizabeth Brannon, professeure de psychologie à l’université de Pennsylvanie. Cette étude apporte des preuves convaincantes que, du moins en ce qui concerne le raisonnement géométrique, la différence entre les humains et les autres primates est davantage quantitative que qualitative.»
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En d’autres termes, l’étude suggère que les babouins et les macaques sont capables de raisonner en géométrie. Ils sont cependant moins doués que nous dans ce domaine, indique Live Science. Pour cette recherche, les scientifiques ont testé les facultés de huit singes adultes. Ces derniers ont participé à l’expérience via le Portail des primates, un système d’écran tactile installé au zoo de Seneca Park dans l’État de New York, qui permet aux animaux de résoudre des problèmes.
Un jeu interactif sur tablette
Pour tester cette intuition géométrique, les chercheurs ont élaboré un protocole expérimental à la fois simple et rigoureux. «Les participants voient d’abord une forme de référence, un carré, par exemple, explique Jiawei Li, coauteur de l’étude. Ils doivent la toucher pour valider leur attention. Deux nouvelles formes apparaissent alors, de part et d’autre de l’écran, et ils doivent sélectionner celle qui correspond au modèle initial.»
Pour corser l’épreuve et isoler le raisonnement abstrait de la simple mémoire visuelle, les scientifiques ont également introduit une variante: appliquer une rotation aux formes proposées, forçant ainsi le cerveau à reconnaître la structure géométrique d'un objet, quelle que soit son orientation dans l’espace.
Les chercheurs ont ensuite confronté les performances des singes à celles de deux groupes témoins. Le premier était constitué de cinquante-huit enfants américains âgés de 3 à 6 ans, le second de soixante-dix-neuf adultes issus du peuple Tsimané, une communauté d’agriculteurs-cueilleurs de l’Amazonie bolivienne bénéficiant de peu d’instruction classique. Pour motiver les troupes, chaque bonne réponse rapportait des céréales pour les singes, des gommettes pour les enfants et une simple confirmation visuelle pour les adultes. En revanche, un mauvais choix déclenchait un signal sonore, un «bonk» désapprobateur, et une brève suspension du jeu.
Sans surprise, la maturité cognitive a fait la différence. Malgré leur faible scolarisation, les adultes Tsimané ont assimilé les règles presque instantanément, là où les singes et les jeunes enfants ont dû tâtonner et analyser longuement chaque figure avant de se décider. Mais ce temps de réflexion prolongé démontre une chose essentielle: notre capacité à bâtir des pyramides, à dessiner des cartes ou à concevoir des gratte-ciels ne repose pas sur un miracle biologique unique. Elle n’est que l'extension sophistiquée d’un «compas intérieur» que nous partageons, depuis la nuit des temps, avec les macaques.





























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