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Pour les 300 ans de l’œuvre, la violoniste Marina Chiche et le chef Fabio Biondi reviennent, en images et en musique, sur la genèse du plus grand tube baroque. Passionnant.
Passer la publicitéEn 1725, Amsterdam voit la publication d’un recueil de musique italienne, dont les quatre premiers concertos ne tarderont pas à défrayer la chronique. Leur auteur ? Antonio Vivaldi. Le compositeur vénitien est alors à l’apogée de sa carrière. Dix ans plus tôt, son nom se voit déjà mentionné dans plusieurs guides de voyage comme celui du plus grand violoniste du monde. Une « attraction » incontournable. Au même titre que l’école de musique qu’il dirige, l’Ospedale della Pietà : orphelinat pour jeunes filles dont les talents de chanteuses et de musiciennes attirent la curiosité de toute l’Europe.
On dit que c’est pour elles que le « prêtre roux » aurait développé son style concertant. Allant jusqu’à sacraliser la forme en trois mouvements, « vif, lent, vif », qui deviendra bientôt la norme. C’est à ce modèle qu’appartiennent les quatre premiers opus du volume de douze concertos qu’il fait paraître en 1725. Leur forme a priori n’a rien d’extraordinaire. Pas plus que leur titre, Les Quatre Saisons, qui renvoient à des tentatives de dépeindre la nature en musique bien plus anciennes. Ce qui étonne, en revanche, c’est la liberté d’expérimentation dont le compositeur fait preuve dans ces quelques pages.
Enquête en forme de « road-movie »
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Jamais, jusqu’alors, on avait eu l’audace de pousser aussi loin le travail sur les sonorités, l’imitation et l’innovation des techniques de jeu ! En préambule, le compositeur a ajouté plusieurs sonnets de sa propre main, décrivant les événements de la nature propres aux quatre saisons auxquels la partition explicitement fait référence. Prise de risque maximale, succès immédiat. Les copies des Quatre Saisons s’arrachent jusqu’à la cour de France… Avant de tomber dans l’oubli pendant deux siècles, et d’être finalement remises sur le devant de la scène grâce à l’avènement de l’enregistrement et au culte de la virtuosité qui l’accompagne.
C’est cette histoire que nous racontent main dans la main la violoniste Marina Chiche et le chef baroque Fabio Biondi, dans le passionnant film musical diffusé ce soir sur France 4. Un audacieux « docuconcert », entre documentaire et concert filmé, qui épouse la forme des Quatre Saisons pour mieux en percer les mystères.
Entre chaque mouvement interprété par l’ensemble Europa Galante de Fabio Biondi à la Scuola Grande di Santa Maria della Misericordia di Venezia, les protagonistes nous emmènent sur les pas du « prêtre roux ». De Venise, capitale de la musique mais aussi des luthiers, qui s’y fournissent en bois (Guarneri, dont Vivaldi jouait l’un des violons, y a tenu boutique), à la cour de Mantoue, où le compositeur, devenu star d’opéra, ira chercher la liberté artistique et surtout financière nécessaire à la naissance des Quatre Saisons. Puis d’Amsterdam, où ses idées neuves trouveront l’oreille attentive des éditeurs de Spinoza ou de Descartes, jusqu’à Vienne, où le compositeur devenu « vieux style » traversera l’hiver de son existence pour finir oublié de tous !
Aussi pertinente lorsqu’elle décrypte la partition que lorsqu’elle raconte, suivant le fil des saisons, la vie d’Antonio Vivaldi, Marina Chiche, voix off et réel talent de narratrice, mène l’enquête avec l’enthousiasme et le didactisme que lui connaissent bien les auditeurs de France Musique. Fabio Biondi est un guide de choix. Que ce soit pour déchaîner la foudre en concert (direction vive et incisive du chef, sonorités idéalement caractérisées des musiciens, sublime chorégraphie lumineuse, en fond, de Benoît Feller). Ou pour décrypter l’énigme Vivaldi, dans une Europe des arts en pleine ébullition.


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