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Les petits réacteurs nucléaires modulaires, une solution pour l’Arctique?

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Le ministère de la Défense envisage d’utiliser l’énergie nucléaire pour soutenir ses opérations éloignées et nordiques. La technologie des petits réacteurs modulaires (PRM) est au cœur de la stratégie d’Ottawa, avec la volonté d’en avoir un en démonstration d’ici 2035 et de le déployer dans les collectivités éloignées à la fin des années 2030.

Pour adapter ces infrastructures au contexte arctique, le gouvernement fait affaire avec l'entreprise Canadian Strategic Missions Corporation (CSMC). Il lui a octroyé cet été un prêt de 4,5 millions de dollars pour la recherche et le développement d’un PRM adapté aux conditions arctiques.

Nous travaillons à construire un petit réacteur nucléaire déployable dans l’Arctique, confirme Daniel Sax, président-directeur général de CSMC.

Le ministère de la Défense confirme pour sa part avoir lancé un programme pluriannuel de faisabilité en ce sens.

Les microréacteurs ont le potentiel de renforcer notre sécurité énergétique et notre fiabilité dans l’Arctique, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont là des facteurs clés à l’origine de la mise sur pied du programme de faisabilité des microréacteurs.

Ottawa dit avoir investi 46 millions de dollars en ce sens, avec notamment un investissement de 40 millions en 2026–2027 pour des travaux de recherche et de développement qui orienteront l’élaboration et la mise en œuvre futures du programme.

Une solution de rechange au diesel

Selon le gouvernement fédéral, près des trois quarts des quelque 250 communautés canadiennes éloignées dépendent de génératrices au diesel pour produire leur électricité.

On sait qu’il y a beaucoup de besoins en énergie dans le Nord, affirme Ryan Clarke, directeur du développement des affaires aux Laboratoires nucléaires canadiens (LNC). Il y a un désir de sortir de cette dépendance au diesel.

Avant de diriger son expertise vers l’Arctique, CSMC avait pour mission le développement d’un réacteur nucléaire lunaire.

Daniel Sax estime que les deux environnements partagent des défis similaires.

Vous devez tout mettre sur une fusée. Chaque kilogramme compte et chaque kilogramme coûte cher. En même temps, dans l’Arctique, la plupart des communautés sont desservies par avion, il y a très peu de routes. C’est une logistique très contraignante.

Selon lui, la technologie en cours de développement serait de la taille d’un bureau et l’ensemble de l’infrastructure pourrait tenir dans un conteneur.

Plus tôt dans l’année, le gouvernement du Yukon annonçait aussi vouloir s’inspirer des projets nucléaires ontariens.

Un schéma montrant les différentes structures nucléaires.

Depuis l'apparition de l'énergie nucléaire, les technologies ont réussi à miniaturiser les infrastructures.

Photo : Agence internationale de l'énergie atomique

Ryan Clarke fait la différence entre les PRM et les microréacteurs modulaires (MRM), qui sont, selon lui, plus adaptés au contexte nordique.

D'après lui, 300 mégawatts (MW), c’est beaucoup trop pour une petite communauté nordique, soulignant la quantité d’électricité générée par un PRM. Les MRM peuvent générer entre 1 et 50 MW; ce serait plus probable d’y apporter cette technologie.

Le chercheur souligne aussi que la durée de vie du combustible à l’intérieur du réacteur est de 5 à 20 ans, limitant ainsi la dépendance à des sources extérieures d’énergie.

Le ministère de la Défense précise pour sa part qu’en fonction des résultats du programme de faisabilité, et une fois l’efficacité de cette technologie confirmée, celle-ci pourrait aussi servir à des fins civiles.

Pergélisol et déchets nucléaires

Si l’idée d’utiliser l’énergie nucléaire dans le Grand Nord en séduit plusieurs, des interrogations persistent encore quant à la possibilité d’utiliser cette technologie dans des conditions aussi extrêmes.

L’accélération de la fonte du pergélisol, notamment, reste l'un des défis d'ingénierie auxquels l'industrie n’a pas encore pu répondre.

Les réacteurs nucléaires créent de la chaleur, admet Ryan Clarke. Ils vont devoir s’occuper de cela, c’est sûr.

Je pense que ce que nous essayons de faire avec des réacteurs modulaires transportables est de minimiser ce poids d’ingénierie civile, estime pour sa part Daniel Sax.

Quant à la gestion des déchets, le gouvernement fédéral prévoit d’enterrer en profondeur le combustible nucléaire irradié provenant de futurs réacteurs nucléaires au pays.

La Société de gestion des déchets nucléaires avait choisi en novembre dernier la Nation ojibwée de Wabigoon Lake et le canton d’Ignace comme communautés hôtes de ce futur site de dépôt géologique.

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