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Les ordures du Plateau, jusque sur vos écrans

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Dans le parc De Lorimier, au cœur du Plateau-Mont-Royal, l’équipe de Cats in the Plateau s’active malgré la chaleur écrasante. À l’œuvre depuis un mois, elle entre dans le sprint final du tournage de la série réalisée par l’acteur ontarien Jared Keeso.

Soudain, un homme barbu surgit du flanc est du parc. Quelques gouttes de sueur perlent sur son front. Chaussures de course aux pieds, vêtu d’une veste de construction jaune fluo et d’un bandana bleu royal, Simon Paré-Poupart salue les membres de l’équipe de tournage. Il revient de sa run d’éboueur et assure maintenant son nouveau rôle : conseiller créatif.

Le réalisateur anglo-canadien l’aurait approché après avoir été mis au courant de son entrevue à l’émission Tout le monde en parle, dans la foulée de la publication de son ouvrage autobiographique Ordures ! Journal d’un vidangeur, en novembre 2024. « Dans sa tête, je pense que c’était incontournable qu’on allait travailler ensemble », affirme l’éboueur.

Cats in the Plateau met en scène Mitch (Robert Bazzocchi) et Sean (Alexander Calvert), deux jeunes Ontariens qui déménagent à Montréal en quête de liberté. Marty (Jared Keeso), le cousin de Sean, qui vit avec sa copine Didi (Lysandre Nadeau), y travaille comme éboueur et engage les deux jeunes hommes. Ils comprennent cependant que ce dur labeur ne correspond pas à l’idéal de festivités et d’exubérance qu’ils étaient venus chercher dans la métropole.

C’est alors qu’ils rencontrent Philo (Sarah-Jeanne Labrosse), vendeuse de cocaïne dans un bar du Plateau-Mont-Royal. Avec elle, les deux acolytes décident de former un gang de rue, espérant prendre le contrôle du trafic de drogue dans le quartier et se hisser au sommet de l’échelle sociale.

Les ordures comme trame de fond

Si Mitch et Sean tentent à tout prix de délaisser le monde des ordures ménagères, ce dernier demeure omniprésent dans la trame narrative de la série, selon Sarah-Jeanne Labrosse. « C’est comme le liant [de l’histoire] », résume-t-elle.

C’est pour cette raison que Simon Paré-Poupart a été engagé. Sa mission : s’assurer que la représentation du monde des éboueurs soit fidèle à la réalité. Et il la prend au sérieux. Celui-ci est allé jusqu’à proposer aux acteurs principaux de l’accompagner lors d’une journée de travail, dans les rues de Montréal.

Il les avait alors invités à tenter de soulever ce qu’il surnomme des « sacs-saucisse », c’est-à-dire des sacs pesant plus de 120 livres. « Je voulais seulement qu’ils les prennent pour réaliser le manque de respect qu’on subit, explique-t-il. Quelqu’un qui met des sacs de 120 livres [au chemin], il s’en sacre de toi. Je voulais qu’ils sentent ça aussi dans leur démarche. »

Pour Robert Bazzucchi, cette expérience a été profondément transformatrice. « Ma vision des éboueurs a totalement changé. Pas que je ne les respectais pas avant, mais je n’avais pas réalisé à quel point ils prenaient de la fierté à faire leur métier », avoue celui qui dit aussi avoir été épaté par la forme physique de ceux qu’il surnomme les g-men.

Selon Simon Paré-Poupart, la démarche a été concluante grâce à la volonté de Jared Keeso de dépeindre authentiquement son métier. L’acteur ontarien a vécu sur le Plateau-Mont-Royal pendant des années et dit y avoir été marqué par le travail des éboueurs. À l’époque, l’écrivain-éboueur ramassait déjà les ordures dans les rues que fréquentait le réalisateur. « C’est possible que ce soit moi qu’il ait vu travailler sans qu’on se connaisse », déclare-t-il, l’air enjoué.

Un portrait du Montréal « vrai »

Cette volonté d’authenticité, on la retrouve dans de nombreux aspects de la série, soutient Brian Gazemar, qui tient le rôle de Jamie, un ami de Sean et Mitch. « C’est une série où on va reconnaître qu’on est bien chez nous, sur le Plateau », affirme-t-il. La taverne Saint-Sacrement, le Rouge-Gorge, Les Torchés : la production a conservé les vrais noms et filmé dans les vrais établissements cultes du Plateau, renchérit Sarah-Jeanne Labrosse.

Elle se réjouit aussi que Jared Keeso ait réservé une place importante à la culture locale dans la série anglo-canadienne. « On sent son amour du français. Jamais il ne veut qu’on enlève nos accents », signale-t-elle. Même son de cloche du côté de Lysandre Nadeau, qui tourne une scène pendant notre discussion. Drapée d’une longue robe beige, elle déambule dans les chemins du parc qui longe la rue Laurier. « Il n’y a pas de pression d’essayer d’avoir un anglais parfait. Ce n’est pas grave si je botche une couple de mots », estime-t-elle.

Pour Sarah-Jeanne Labrosse, ce réalisme transparaît également dans le croisement des thématiques abordées : criminalité et ordures. « Ces deux mondes-là se croisent plus qu’on pense », observe-t-elle en faisant référence aux problèmes de consommation de nombreux éboueurs, relatés par Simon Paré-Poupart.

Cette série contribuera-t-elle à déstigmatiser le milieu de la collecte d’ordures ? Pas certain, explique Robert Bazzucchi, pour qui le dédain des deux personnages principaux envers ce métier ne rend pas honneur à la détermination des éboueurs montréalais. Pour Simon Paré-Poupart, ce n’est pas non plus la prétention de la série. Toutefois, le souci du détail dans la représentation de son univers participe à un « changement de culture » qui pourrait faire évoluer les mentalités.

Cats in the Plateau sera diffusé sur Crave en 2027.

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