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Les monarchies du Golfe prises en étau entre l'Iran et les États-Unis

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Le scénario tant redouté par les monarchies du Golfe d'être entraînées dans une guerre qui oppose l'Iran à Israël et aux États-Unis s'est matérialisé. Dès les premières frappes américano-israéliennes sur son territoire, Téhéran a en effet mis à exécution ses menaces en attaquant sans avertissement les pays du Golfe, la Jordanie et l'Irak.

Dans les semaines précédant les frappes, les capitales du Golfe avaient pourtant plaidé pour la voie diplomatique et refusé, de concert avec la Jordanie, l'accès à leur espace aérien aux Américains pour mener des opérations contre le régime de Téhéran. Ces précautions n'ont pas empêché l'escalade. L'armée iranienne affirme avoir ciblé des bases américaines en Irak et dans les pays du Golfe. Au moins 247 missiles et 230 drones auraient été lancés.

À l'heure d'écrire ces lignes, et selon les informations disponibles, les frappes iraniennes ont fait au moins vingt morts : dix en Israël, six en Irak, trois aux Émirats arabes unis, un au Koweït, ainsi que trois soldats américains.

En Iran, au moins 244 personnes ont été tuées dans les frappes américano-israéliennes. L'armée israélienne revendique la mort de quarante hauts gradés iraniens, dont l'ayatollah Ali Khamenei. La coupure d'Internet en cours en Iran depuis le 8 janvier, destinée à étouffer les manifestations, rend difficile la vérification de ces bilans.

Ali Khamenei, du candidat putatif au leader secret, paranoïaque et brutal

Front uni

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont mis de côté leurs divergences autour du dossier yéménite pour dénoncer avec le Qatar une "violation flagrante de [leur] souveraineté nationale" et du droit international. Abou Dabi, qui a fermé son ambassade en Iran, s'est réservé "le droit de répondre à cette escalade", tandis que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a assuré aux pays du Golfe la disponibilité du royaume "à mettre toutes ses capacités à leur disposition".

Censée protéger les monarchies du Golfe, la présence militaire américaine en a fait des cibles privilégiées de l'armée iranienne.

Le conseiller présidentiel émirati Anouar Gargash a exhorté Téhéran à traiter ses relations avec ses voisins "avec raison et responsabilité avant que le cercle de l'isolement" ne s'élargisse. Oman a réaffirmé son appel à "un cessez-le-feu et un retour au dialogue", tandis que l'émir du Qatar a demandé à Donald Trump de contenir une "dangereuse escalade" au Moyen-Orient.

"Donald Trump avait le choix entre plusieurs options qui ne lui étaient jamais très favorables. S'il n'intervenait pas en Iran, il perdait la face"

Fractures dans les rues

Les frappes ont suscité des réactions contrastées dans les différentes communautés musulmanes de la planète. Des rassemblements d'hommage pacifiques, mais aussi des heurts ont eu lieu dans plusieurs pays. En Turquie, Irak, Inde, Indonésie et au Pakistan (où au moins neuf personnes ont été tuées en tentant de prendre d'assaut le consulat des États-Unis à Karachi), des manifestants ont pleuré la mort du Guide suprême et dénoncé une atteinte au droit international par Israël et les États-Unis.

À Istanbul, des opposants au régime iranien et des partisans de Reza Pahlavi, fils du chah déchu, ont au contraire célébré l'intervention et la disparition de l'ayatollah Khamenei.

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Piège de la dépendance

La présence militaire américaine en Irak et dans les pays du Golfe s'est révélée à double tranchant : censée protéger les monarchies du Golfe, elle en a fait des cibles privilégiées de l'armée iranienne. Sans alternative crédible à cette protection, ces pays cherchent néanmoins à diversifier leurs partenariats sécuritaires et à obtenir de meilleures garanties de Washington, à l'image des pactes de défense conclus par Doha et Riyad avec l'Administration Trump au lendemain de la guerre des douze jours contre l'Iran.

Ces dernières années, les monarchies du Golfe s'étaient pourtant efforcées de normaliser leurs relations avec Téhéran. En vain : la diplomatie n'a pas suffi à les prémunir des représailles iraniennes. Parviendront-elles à maintenir leur équilibre diplomatique entre Téhéran et Washington ?

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