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Les licences d’ABC remises en cause sur fond de controverse avec Jimmy Kimmel

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Alors que l'animateur Jimmy Kimmel est dans la mire du président Donald Trump, la Commission fédérale des communications (FCC) des États-Unis a lancé mardi un processus de révision anticipé des licences du réseau ABC. Le geste, hautement inhabituel, a été décrié par les démocrates et des défenseurs de la liberté d'expression.

L'agence fédérale a ordonné aux huit stations locales d'ABC qui appartiennent à Disney de soumettre d'ici 30 jours une demande de renouvellement de licence, même si ce renouvellement n'est pas prévu avant plusieurs années.

Nommé par Donald Trump, le président de la FCC, Brendan Carr, a lancé le processus de réexamen au lendemain d'un nouvel appel du président américain en faveur du congédiement de Jimmy Kimmel, pris à partie pour une blague récente sur la première dame, Melania Trump.

L'avis administratif transmis à Disney n'invoque cependant pas le travail de l'animateur. Le régulateur américain des télécommunications dit enquêter sur d’éventuelles violations de la loi, citant l’interdiction de toute discrimination illégale.

Il y a quelques semaines, le président de la FCC, un allié de Donald Trump, avait déjà suggéré que les licences de Disney pourraient être révoquées en raison de ses pratiques de diversité et d'inclusion, présentées comme discriminatoires.

Fox News a cependant rapporté que l'agence fédérale, censée être indépendante, avait accéléré son processus de révision dans la foulée d'un monologue livré la semaine dernière à l'émission de fin de soirée Jimmy Kimmel Live!

Dans un communiqué, Disney a affirmé que le bilan des stations d'ABC démontre qu'elles remplissent les conditions requises pour conserver leurs licences.

ABC et ses stations ont un long historique de conformité totale aux règles de la FCC et d'engagement envers les communautés locales par la diffusion d’informations fiables, d’informations en situation d’urgence et de programmes d’intérêt public, poursuit le conglomérat.

Dans un communiqué, la seule commissaire démocrate au sein de la FCC, Anna Gomez, a enjoint à Disney et à ABC de se tenir debout pour défendre le premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d'expression.

Accusant l'agence de s'être pliée aux demandes de la Maison-Blanche pour contraindre au silence l'un de ses critiques, elle a dénoncé l’attaque la plus flagrante de la FCC contre le premier amendement. Mais elle échouera, a-t-elle soutenu.

Cela devrait servir de leçon aux entreprises des médias : aucune concession faite à cette administration ne leur garantira une protection, a-t-elle ajouté, une allusion à l'accord à l'amiable conclu entre ABC et Donald Trump.

En décembre 2024, le réseau avait accepté de lui verser 15 millions de dollars américains sous la menace d'un procès en diffamation.

ABC sous pression

La manœuvre de la FCC intensifie les pressions sur le réseau ABC, dont l'animateur Jimmy Kimmel est depuis longtemps dans le collimateur du président Trump et de son administration.

Lundi, la première dame, la Maison-Blanche et le président américain ont tour à tour réclamé son congédiement, quelques jours après sa parodie du dîner de l'Association des correspondants de la Maison-Blanche (WCHA), dans une émission diffusée quelques jours avant l'événement.

Melania Trump rayonne comme une future veuve, y disait-il notamment.

Son monologue sur ma famille ne relève en rien de la comédie – ses propos sont corrosifs et détériorent le climat politique aux États-Unis, a d'abord écrit Mme Trump lundi matin, suggérant un lien avec la tentative d'intrusion d'un homme armé au dîner de la WHCA, samedi dernier.

Quelle personne saine d'esprit dirait qu’une épouse serait radieuse face au meurtre potentiel de son mari bien-aimé? a renchéri peu après la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, au cours d'un point de presse.

Le président américain Donald s'exprime lors d'un point presse.

Le président américain Donald s'exprime lors d'un point presse dans la salle Brady de la Maison-Blanche à Washington, peu après une fusillade survenue lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le 25 avril 2026.

Photo : Getty Images / MANDEL NGAN / AFP

Sur sa plateforme Truth Social, le président américain a réclamé le congédiement immédiat de l'animateur, condamnant un appel à la violence abject.

Le monologue de Jimmy Kimmel n'évoquait cependant pas un assassinat potentiel de Donald Trump, le président américain le plus âgé à être entré en fonction.

Mardi, plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières, ainsi que des démocrates ont condamné la décision de la FCC.

La FCC n’est ni la police du journalisme ni celle de l’humour, a déclaré la Freedom of the Press Foundation, y voyant des pressions illégales visant à intimider ABC pour qu’il embrasse la bague du roi.

Instrumentaliser la FCC pour s’en prendre à des adversaires politiques est un abus de pouvoir et [est] incroyablement puéril, a de son côté écrit sur X le représentant Greg Landsman, rappelant que les républicains défendaient jadis la liberté d'expression.

Le sénateur républicain Ted Cruz a cependant lui aussi dénoncé le processus de révision. Ce n’est pas le rôle du gouvernement de censurer la liberté d’expression, et je ne crois pas que la FCC doive agir comme une police de la parole, a-t-il dit au site Punchbowl News.

Ce type d'action pourrait créer un précédent susceptible d'être utilisé contre des médias conservateurs.

Kimmel rejette les critiques

Lundi, Jimmy Kimmel a refusé de s'excuser lors de sa première présence en ondes depuis la fusillade survenue deux jours plus tôt.

C’était évidemment une plaisanterie sur leur différence d’âge et sur l’expression de joie que l’on voit sur son visage chaque fois qu’ils sont ensemble, a-t-il dit de la première dame, qui a 23 ans de moins que son mari.

C’était une simple taquinerie sur le fait qu’il a presque 80 ans et qu’elle est plus jeune que moi, a commenté l'animateur, qui a défendu la liberté d'expression garantie par le premier amendement.

Ce n’était – en aucune façon – un appel à l’assassinat. Et ils le savent. Je me suis exprimé très clairement pendant de nombreuses années contre la violence armée, en particulier, a-t-il déclaré.

Je suis d’accord pour dire que nous devons rejeter les propos haineux et violents. Je pense qu’un bon point de départ pour amorcer une désescalade serait d’en parler avec votre mari.

Son numéro de la semaine dernière contenait par ailleurs des blagues sur le dossier du délinquant sexuel Jeffrey Epstein, qui s'est avéré un sujet délicat pour l'administration Trump.

L'animateur avait notamment laissé entendre que le financier décédé avait présenté à son ancien ami sa troisième épouse, une allégation qu'avait démentie la première dame au cours d'une sortie publique aussi surprenante que rare au début du mois.

Regardez-vous – tous vêtus de tenues de soirée chics, en robes, en tuxédos, avait aussi lancé l'animateur. Je n’ai pas vu autant de noir depuis [la publication de] chaque page du dossier Trump–Epstein, avait-il ironisé, une allusion aux multiples caviardages faits par le département de la Justice.

Sous la pression politique, ABC avait brièvement suspendu son talk-show l'automne dernier, après un monologue dans lequel il avait reproché aux républicains d'instrumentaliser le meurtre de l'influenceur conservateur Charlie Kirk.

Cette suspension et les menaces de l'administration Trump avaient cependant suscité une levée de boucliers.

Des manifestants tiennent des pancartes.

En septembre dernier, des manifestants avaient dénoncé la suspension de « Jimmy Kimmel Live! » devant le El Capitan Entertainment Centre, sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles, en Californie, où l'émission est habituellement enregistrée.

Photo : Reuters / David Swanson

Lundi, Karoline Leavitt a dénoncé un « culte de la haine de la gauche », blâmant la rhétorique des démocrates et des médias pour les événements de samedi, omettant toutefois de mentionner les attaques virulentes du président américain à l'endroit de ses adversaires et des médias.

Il y a quelques mois, le locataire de la Maison-Blanche a par exemple traité une journaliste de truie, l'intimant à se taire. Plus récemment, il a suggéré que le réalisateur Rob Reiner avait été tué en raison de la « colère » suscitée par son « SYNDROME DE PARANOÏA ANTI-TRUMP ».

La semaine dernière, plus de 250 anciens journalistes avaient d'ailleurs pressé la WHCA de dénoncer, au cours de son dîner annuel, les « attaques systématiques, soutenues et sans précédent » de Donald Trump contre les médias.

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