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Les Latinos à la conquête du rêve hollywoodien

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Leur lutte pour s’imposer dans le cinéma américain, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui, est racontée avec brio par les sœurs Kuperberg.

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À l’heure où Donald Trump, JD Vance et Stephen Miller multiplient les arrestations à la frontière mexicaine, la nouvelle reine du box-office s’appelle Zoe Saldaña. Applaudie dans Emilia Pérez comme dans Avatar, Zoe Saldaña est l’actrice la plus rentable de tous les temps devant Scarlett Johansson. Oscarisée et originaire de Porto Rico par sa mère, elle symbolise la revanche des Latinos à Hollywood. Avec Jennifer Lopez, Sofia Vergara, Pedro Pascal, Oscar Isaac, Eva Longoria, Benicio Del Toro et Esai Morales, Zoe Saldaña appartient au club très fermé des stars hollywoodiennes d’origine hispanique et latino-américaine. « Les Latinos représentent 30 % de la population américaine, mais Hollywood leur confie seulement 5 % des rôles visibles », regrette d’emblée l’acteur colombien John Leguizamo devant la caméra de Clara et Julia Kuperberg. « 35 % des Américains qui vont au cinéma sont des Latinos, pourquoi seulement 3 % des films s’adressent à eux ? », s’interroge le réalisateur Gregory Nava.

Des progrès réels

Spécialistes de Hollywood, les sœurs Kuperberg s’intéressent cette fois à la façon dont les studios ont traité les Latinos du muet à aujourd’hui. Richement illustré par des interviews, des extraits de films et d’archives d’actualités, ce « 80 minutes » est édifiant. L’angle est un sujet de découverte pour les cinéphiles français.

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Au début du XXe siècle, les premiers films muets reflètent la main-d’œuvre mexicaine venue construire les chemins de fer et travailler dans les champs. Dans les années 1920, le Latin lover crève l’écran. Sur les traces de l’italien Rudolph Valentino, Antonio Moreno, Ramon Novarro et Dolorès Del Rio sont les premiers sexe-symboles de l’histoire du cinéma. L’exotisme passe de mode quand les films basculent dans le parlant. Dans les années 1930, les studios veulent des blondes façon Jean Harlow et des acteurs sans accent. Des films comme le Dracula mettant en scène Bela Lugosi sont tournés en journée en anglais et le soir en espagnol. Les extraits mis côte à côte sont drôles. Lors de la Grande Dépression, les Latinos disparaissent de nouveau des écrans. Un million d’entre eux, dont 60 % nés aux États-Unis, sont expulsés.

En 1942, l’Amérique manque de main-d’œuvre et en revenir 4 millions de personnes. Par peur que l’Amérique latine s’allie à Hitler, Roosevelt enrôle Walt Disney, qui produit Saludos Amigos ! (Bonjour mes amis) et sa suite, Les Trois Caballeros. Dans les années 1950, la drôlerie du cubain Desi Arnaz face à son épouse, Lucille Ball, dans la sitcom I love Lucy et celle de la souris Speedy Gonzales sont une parenthèse. Les six décennies suivantes dans La Soif du mal comme dans Rocky et Sicario, le Latino est un être malfaisant. Jusqu’à La Bamba en 1987, il est abonné aux rôles de narcotrafiquant.

« Ces stéréotypes ont nourri notre sentiment d’infériorité », estime l’acteur José Zuñiga. « En nous décrivant pendant des décennies comme des gens de bas étage sans éducation, Hollywood est responsable en partie des malheurs actuels de la population latino », assène la réalisatrice Patricia Riggen. Ces dernières années, les progrès sont réels. De la famille Madrigal dans Encanto à Kuzco et Coco, Disney fait des efforts. Quand les jeunes vont voir Oscar Isaac, originaire du Guatemala, dans Dune et le chilien Pedro Pascal dans The Last of Us, leurs origines n’entrent plus en ligne de compte. Enfin, si Esai Morales dans Mission : Impossible est démoniaque face à Tom Cruise, aucun stéréotype n’est en jeu. Il est juste un méchant comme un autre.

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