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La saison tire à sa fin au hockey universitaire américain. Et, par le fait même, les membres de la première cohorte d’anciens joueurs de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ) qui ont été recrutés par des programmes de la NCAA sont maintenant en mesure d’évaluer ce que leur apporte leur expérience au sud de la frontière.
À l’automne 2024, les dirigeants du hockey universitaire américain ont annoncé qu’ils allaient cesser de discriminer les hockeyeurs provenant des ligues juniors majeures canadiennes. Jusqu’à la saison dernière, les juniors canadiens étaient considérés comme des professionnels par la NCAA. Privés du statut d’athlètes amateurs, ces derniers n’avaient donc pas accès au circuit de développement par excellence des États-Unis.
Ce changement de cap de la NCAA a provoqué une véritable révolution dans les principales pépinières de talents nord-américaines. À cause de leur compétitivité, les ligues juniors majeures canadiennes sont instantanément devenues des tremplins extrêmement attrayants pour les Américains de 16 à 18 ans.
Du même coup, les hockeyeurs juniors de 19 et 20 ans établis au Canada ont vu s’ouvrir devant eux une porte qui était verrouillée à double tour. Au lieu de se promener en autobus dans les ligues professionnelles mineures, ils ont désormais l’option de poursuivre leur développement et leurs études dans une ligue extrêmement valorisée par les recruteurs de la LNH.
Inexplicablement, les équipes de la LNH accordent peu d’attention au circuit universitaire canadien. Et tout aussi inexplicablement, même si le hockey est un sport à développement tardif, le niveau universitaire n’a jamais fait partie de la stratégie de développement de Hockey Canada.
Selon les chiffres compilés par la LHJMQ, 38 anciens joueurs du circuit québécois sont dans la NCAA cette saison. Pour savoir comment s’est déroulé ce premier mariage entre deux cultures de hockey fort différentes, je me suis entretenu avec le gardien Mathis Rousseau et l’attaquant Alexandre Blais.
Mathis Rousseau a été l’un des meilleurs gardiens au Canada durant ses quatre saisons avec les Mooseheads d’Halifax et les Wildcats de Moncton. Il a même défendu les couleurs du pays au Championnat du monde junior de 2024. À 21 ans, il porte désormais les couleurs des Black Bears de l’Université du Maine.

Le gardien Mathis Rousseau, le 30 mai 2025, dans l'uniforme des Wildcats de Moncton
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Pour sa part, Alexandre Blais a passé quatre saisons avec l’Océanic de Rimouski. Sélectionné par les Ducks d’Anaheim (4e tour, 100e au total) au repêchage de 2024, cet attaquant poursuit son développement du côté des Huskies de l’Université du Connecticut.
Spontanément, les deux ont souligné à quel point la différence dans le nombre de matchs disputés entre le niveau junior et le niveau universitaire a changé leur expérience d’athlète.
La LHJMQ a réduit son calendrier de 68 à 64 matchs au cours des dernières années. Dans la NCAA, les équipes disputent seulement une trentaine de matchs avant le début des tournois éliminatoires. La préparation des joueurs se fait donc différemment.
Dans le junior, je pense que tu développes plus ton jeu, ta vision du jeu et l’aspect mental. Mais ici, c'est vraiment plus le côté physique qui est privilégié.
Nous jouons seulement le vendredi et le samedi et je peux m’entraîner en gymnase quatre fois par semaine après nos entraînements sur glace. Personnellement, le développement physique était l’aspect que je devais le plus améliorer pour aller jouer chez les professionnels. Il fallait que je sois plus fort et que je relève mon niveau de cardio. Et je vois la différence, dit Rousseau.
En tenant compte des séries éliminatoires, le gardien originaire de Boisbriand a disputé de 49 à 70 matchs à ses trois dernières saisons dans la LHJMQ. Cette saison, il a partagé le filet avec son adjoint et il n’a pris part qu'à 15 rencontres, dont 13 comme partant. Mais il dit apprécier son expérience. En 13 départs, il présente une fiche de 8-5 et un taux d’efficacité de ,901.
J’ai adoré mon expérience dans la LHJMQ. Mais tu ne peux pas t’entraîner avec autant d’ardeur quand tu as un calendrier de 64 matchs parce que tu vas te brûler. Alors, c’est une différente mentalité ici.
Le calendrier réduit fait aussi en sorte que l’importance de chaque match est capitale pour se qualifier pour les séries [seulement 16 équipes sur 63 se qualifient dans l’ensemble du pays, NDLR]. Personne ne veut perdre. Alors, c’est comme si on jouait du hockey de séries éliminatoires durant toute l’année. C’est très intense. Tout le monde est très concentré et le jeu est vraiment structuré. C’est plus difficile de marquer parce que tout le monde se trouve au bon endroit sur la patinoire, souligne-t-il.

Alexandre Blais (à droite) dans l'uniforme de l'Océanic, le 23 mai 2025
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Âgé de 20 ans, Blais occupe le 5e rang des marqueurs de son équipe (6 buts et 13 aides en 32 matchs) malgré son statut de recrue avec les Huskies.
Dès son arrivée, il dit avoir constaté la différence de vitesse, de force et de maturité des joueurs de la NCAA. Se frotter à des joueurs de 23 ou 24 ans le long des bandes est une expérience différente. Mais il estime être devenu un meilleur joueur depuis l’automne. Et il constate qu’il est devenu plus fort et plus rapide à cause du régime d’entraînement hors glace plus intensif de la NCAA.
Et c’était l’une des grosses raisons pour lesquelles je voulais venir jouer ici. Et compte tenu des progrès que j’ai faits cette saison, j’ai hâte de voir quels niveaux je pourrai atteindre lors des prochaines années, confie-t-il.
En ce qui a trait aux études, les deux joueurs sont soumis à des horaires semblables. Ils étudient à temps complet comme les autres étudiants de leur université. Leurs avant-midi sont consacrés aux cours et leurs après-midi sont réservés aux réunions d’équipe et aux entraînements. Leurs soirées, elles, sont consacrées à l’étude et aux devoirs.
Les organisations d’Halifax et de Moncton insistaient sur les études quand j’en faisais partie. Mais avec les horaires que nous avions, je n’avais pas le temps de suivre plus que deux cours. Ici, je pense que je serai capable d’obtenir mon diplôme en affaires/marketing en deux ou trois ans comme un étudiant normal, mentionne Mathis Rousseau.
Pour ma part, j’étudiais à temps plein en présentiel au cégep quand j’étais à Rimouski. J’avais quatre cours par trimestre et j’en ai cinq au Connecticut. Alors, ça se ressemble pas mal, souligne Alexandre Blais.
La charge de travail était quand même assez costaude au cégep (compte tenu du calendrier de hockey), surtout à la fin des trimestres. Mais je l’ai fait quand même.
Blais n’a pas encore établi quel sera son champ d’études. Il s’assure toutefois de ne pas perdre de temps en suivant les cours de tronc commun offerts par son université.
Alors que la fin de leur première saison universitaire approche, Mathis Rousseau et Alexandre Blais dressent tous deux un bilan fort positif de leur expérience. Ils ne regrettent pas leur décision.
J’ai l’impression de profiter du meilleur de deux mondes. J’ai disputé beaucoup de matchs dans les rangs juniors et j’arrive au niveau universitaire où je vis une expérience de développement différente. Comme gardien, je serai plus complet et plus accompli à 23 ou 24 ans et je serai mieux préparé à jouer chez les professionnels que je l’aurais été à l’âge de 20 ans, argue Rousseau.
Si un joueur de la LHJMQ m’appelait pour me demander conseil, je lui dirais de bien profiter de ses quatre années juniors et de faire le saut au niveau universitaire si l’occasion se présente. C’est certainement préférable de jouer à l’université que d’aller jouer dans une ligue comme l’ECHL.
À l’Université du Maine, Rousseau compte plusieurs anciens de la LHJMQ parmi ses coéquipiers, dont Justin Poirier (Baie-Comeau), Jérémy Langlois (Cap-Breton, Québec et Rouyn-Noranda) et Loïc Usereau (Shawinigan et Chicoutimi).
Nous continuons de suivre ce qui se passe dans la LHJMQ. Nous gardons de bons souvenirs de cette période de notre parcours, dit-il.
Alexandre Blais, lui, se trouve chanceux de vivre l’expérience du hockey universitaire.
Pour nous, les joueurs, c’est vraiment un plus de pouvoir nous développer pendant quelques années de plus avant de faire le saut chez les professionnels. Parce que, honnêtement, ça peut être néfaste de se retrouver chez les pros à l’âge de 20 ans.


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