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Le pianiste et pianofortiste néerlandais Ronald Brautigam interprétait mardi à la salle Bourgie les Impromptus de Schubert, huit pièces dont il avait livré en 2023 une vision éminente au disque. La solide expérience au concert n’a pas procuré les mêmes vertiges et émotions.
La venue de Ronald Brautigam était l’occasion pour la salle Bourgie de ressortir son magnifique pianoforte Rodney Regier (2020), copie d’instruments viennois Graf et Boesendorfer du XIXe siècle, que ce même Brautigam avait inauguré en avril 2022, en jouant notamment la Sonate D. 960 de Schubert.
Nous avions alors parlé du « sérieux atout » que représentait cet instrument pour la salle. Force est de constater que les artistes invités n’ont pas su l’exploiter. Peu sont ceux qui s’aventurent à donner des récitals à deux instruments (le pianoforte pour un répertoire Haydn Mozart Beethoven Schubert et le Steinway pour les œuvres ultérieures) et les concerts pour pianoforte restent relativement rares car ceux qui savent en tirer le meilleur parti le sont aussi.
Du disque au concert
Les somptueux Impromptus par Brautigam en disque étant parus en 2023, on espérait de ce retour du pianofortiste une grande soirée musicale. Nous avons eu une solide démonstration d’intégrité, mais rien de plus. Peut-être, au fond, Brautigam n’a pas d’affinités émotionnelles avec l’instrument Regier, au contraire du McNulty fruité de son enregistrement.
Mais l’artiste donnait surtout l’impression du gars auquel on avait demandé de jouer les Impromptus de Schubert et qui s’acquittait de sa tâche tout en ayant la tête à un autre répertoire et en n’ayant pas ça « dans les doigts » en ce moment. Cela arrive : c’est pour cela que les pianistes se constituent des programmes précis dans une saison. Après avoir entendu, mardi, Brautigam « dérouler » ainsi ces Impromptus, comme un pianiste avec son cahier venu remplir un contrat, nous avons eu la curiosité de regarder son calendrier. Effectivement, jusqu’à la fin de l’année, il est plongé dans Beethoven (notamment les dernières sonates) et la D. 959 de Schubert et ne joue jamais ces œuvres ailleurs.
Alors, cela donnait quoi ? Esthétiquement une lecture droite, non chargée d’affects, pas hantée par la mort, ce qui est une vision très défendable. Ceci posé, lorsqu’on écoute Brautigam « investi », comme dans son enregistrement, on comprend tout ce qu’il faut faire pour ajouter un surcroît dans la tension-détente des phrases et ne pas virer dans un excès de raideur. Ce petit regard de tendresse ici, cette tension ajoutée dans telle transition ne tiennent pas d’artéfacts ou concessions « romantiques », mais de l’investissement interprétatif, de la vision musicale et de l’art de phraser.
Intègres et sans fioritures, les Impromptus de Ronald Brautigam nous ont au moins permis de réentendre le pianoforte de la salle Bourgie, et surtout permis de constater qu’un tel instrument gagnerait à être beaucoup plus joué pour se renforcer en tenue et patine, par exemple, dans le cas présent, dans le tiers supérieur du clavier.


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