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REPORTAGE - Ce samedi, Philippe Janicot, accusé de viols par quatre femmes, a de nouveau revêtu l’écharpe tricolore de maire de Boisseuil (Haute-Vienne ) dans un climat local très étonnant.
Remise de l’écharpe tricolore au maire, désignation des adjoints et de leurs fonctions, présentation de la charte de l’élu local... De prime abord, la séance d’installation du conseil municipal de Boisseuil, en Haute-Vienne, est similaire à celle des autres communes de France. Mais, dès les premières minutes, l’intervention de la principale élue d’opposition rappelle le contexte singulier. « Nous ne comprenons toujours pas le choix de soutenir et de nous faire représenter par une personne qui n’administrera peut-être pas son territoire sur son territoire, relève Amandine Coiraud. La situation est peut-être temporaire, mais elle ne l’est peut-être pas. C’est, pour nous, un peu une forme de mascarade, et nous ne sommes pas les seuls à le constater visiblement quand on voit le buzz qu’on est en train de provoquer. » La Limousine fait directement écho à la réélection de Philippe Janicot, mis en examen pour des faits de viols sur quatre femmes depuis décembre dernier. Les plaignantes auraient appris, au cours de la procédure, avoir également été filmées à leur insu durant l’acte.
Il pilote la commune à distance
Placé en détention pendant une dizaine de jours, passant Noël en prison, l’édile est, depuis, soumis à un contrôle judiciaire assez contraignant pour ses fonctions. Il ne doit plus paraître en Haute-Vienne hormis pour les conseils municipaux à Boisseuil et les conseils communautaires à Limoges. Hébergé à Bordeaux, chez son fils, il pilote la commune à distance, jonglant entre visios et appels. Et continuera à le faire pour son second mandat, lui qui a été réélu de justesse, sans donc pouvoir faire campagne sur le terrain, face à la liste Divers gauche d’Amandine Coiraud pour seulement 55 voix d’avance dans une commune recensant près de 3000 habitants. « Cela peut surprendre, je sais, mais on fonctionnera pareil, précise l’élu devant les conseillers municipaux. Ce qui manque, je ne vais pas le cacher, ce sont la convivialité et l’échange direct. Mais les dossiers sont traités et avancent normalement. Cela fonctionne bien. » Un point abordé mais peu développé au cours d’une séance assez banale ponctuée de sourires et d’applaudissements. Dehors, deux gendarmes veillent au grain, appelés par la municipalité, afin d’éviter tout débordement ou manifestation. Et non pas pour escorter Philippe Janicot. Certains imaginaient déjà le voir arriver menottes aux mains. Lui joue la carte de la normalité en accueillant personnellement les journalistes qui le questionnent sur son état d’esprit. « Il faut bien », lâche-t-il laconiquement avec un sourire crispé avant de refuser toute interview. Un mot d’ordre transmis à sa majorité. Silence radio. Dans l’assistance, une Boisseuillaise y va de son petit commentaire, non sans sarcasme : « Venir au conseil, c’est bien la seule occasion de voir le maire finalement. »
« On ne va pas tout faire valser »
Dans le bourg, le sujet est naturellement sur toutes les lèvres. Deux camps s’opposent farouchement. Agacement et incompréhension chez les uns qui pointent un « malaise » tandis que les autres mettent en avant le respect de la présomption d’innocence et le travail accompli par la municipalité sortante. « On est la risée de la France ! s’exclame une jeune habitante. Hier, une cousine m’a appelé car elle a vu qu’on parlait de la commune à la TV. Pour ça. C’est scandaleux et je pense que l’on ne se rend pas bien compte de la gravité de la situation. Moralement, ça donne une sale image et les habitants sont divisés. » Sa voisine la rejoint. Et n’est pas tendre avec son maire. « Il faut imaginer ce que ressentent ces femmes quand elles le voient continuer à exercer normalement, appuie-t-elle. Comme si on ne pouvait pas mettre quelqu’un d’autre. » Ces reproches contrastent avec les électeurs qui ont, pour rappel, voté en majorité pour lui. À commencer par Catherine, faisant part de ses regrets sur ce qu’elle qualifie de polémique. « Il y a tout un emballement local et médiatique alors que ça reste du privé, affirme-t-elle. On ne sait pas ce qu’il s’est passé. Il a été élu démocratiquement donc c’est bien que ça ne dérange pas la plupart des habitants. »
Plus loin, un retraité est, lui aussi, beaucoup plus mesuré. Il ne cache pas son soutien à l’élu. « Légalement, il n’avait pas interdiction de se présenter alors, il l’a fait et c’est normal, justifie-t-il. Lui et son équipe font de bonnes choses. On ne va pas tout faire valser alors qu’il n’a même pas été jugé. » Cependant, le septuagénaire le concède : le calendrier judiciaire pourrait changer la donne. «S’il est condamné, là, ce sera complètement différent. Mais attendons que la justice fasse son travail. » Reste à savoir quand. Et c’est bien ce qui semble inquiéter Amandine Coiraud. « Est-ce qu’on se dirige vers quatre mois, deux ans, trois ans dans cette situation ? demande l’opposante politique. Je ne vois pas, très sincèrement, comment c’est possible sur le très long terme de gérer à la commune à plus de 200 kilomètres. Ce sera comme un maire en télétravail. »
À la sortie du conseil municipal, la Haut-Viennoise n’en démord pas. Et s’étend auprès des médias présents : « Tout le monde a eu l’air de cautionner cette situation lunaire et c’est très inquiétant. » Derrière elle, Philippe Janicot s’engouffre dans son véhicule personnel garé devant la mairie pour... en sortir bouteilles de jus de fruit et gâteau afin de partager un moment convivial avec ses colistiers. À l’abri des caméras, avec relâchement et soulagement. Comme si de rien n’était.


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