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Les Francos déroulent le tapis rouge pour Orelsan

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Les 37es Francos de Montréal seront lancées cette semaine avec panache : après huit ans d’absence sur nos terres conquises, la star du rap français Orelsan est de retour à Montréal, cette fois au Centre Bell, et il apporte les bobines du long métrage Yoroï, dans lequel il tient le premier rôle. Le film, son cinquième album, La fuite en avant, paru l’automne dernier et le spectacle racontent une même histoire, celle « d’un artiste en burnout parti s’isoler au Japon avec sa femme », raconte au Devoir le MC, qui lance chez nous sa tournée des festivals et remplira pas moins de 15 fois l’Accor Arena de Paris, pour un total de 300 000 billets vendus.

Oui, 300 000 ! Ça donne le tournis. « Pour vrai, en festivals, au total, c’est encore plus de gens », précise Orelsan. Le Centre Bell, à côté de ça… un étang de fans en comparaison de l’océan européen. On le remercie d’ailleurs de se donner la peine de se déplacer pour nous.

« Ben, ça fait plaisir, déjà. J’aime trop Montréal, et ça fait longtemps que je ne suis pas venu. C’est cool, ça fait partie des opportunités de tournée. » C’est dit sincèrement. C’est ça aussi, l’aura Orelsan : toute une carrière à se présenter au même niveau que son public, sympathique et désarçonnant de simplicité, malgré les disques platine et les cachets faramineux que lui offrent ces festivals européens pour l’avoir en tête d’affiche. Le musicien de 43 ans arrivera avec son batteur, son guitariste, son claviériste, l’inséparable beatmaker Skread aux machines, « avec la scénographie des concerts de festivals, mais pas les cascadeurs » qui en mettent plein la vue lors des concerts d’aréna. « Le décor est si gros qu’on a du mal à le faire entrer » sur la scène.

Avec le Marseillais Jul et le Parisien Gims (aujourd’hui empêtré dans des affaires judiciaires), Orelsan compte aujourd’hui parmi les poids lourds du rap hexagonal. Son dernier projet multiforme est à l’ambitieuse mesure de son succès. La fuite en avant, son « adaptation » cinématographique Yoroï, et maintenant le spectacle « comme une version live — en gros, tout est lié ». « Pour faire plus simple, c’est un peu la bande originale du film, parce que les chansons du spectacle racontent une partie du récit [de cet artiste réfugié au Japon] qui trouve une armure dans laquelle il se trouve coincé. Cette armure fait apparaître des monstres, qui sont en fait ses névroses… »

Fan de culture japonaise, Orelsan avoue avoir pensé tirer un manga de son récit, « d’autant plus que je connais plein de dessinateurs et de scénaristes ». C’est le temps qui manque pour tout accomplir : « On fait tout en même temps, concevoir l’album, le film, le concert, tout se nourrit dans l’idéation. En général, le problème n’est pas de trouver des idées, mais de savoir garder les bonnes lorsque vient le moment d’épurer », ajoute le musicien, qui dit constamment prendre des notes, « pas toutes bonnes, mais toutes intéressantes ».

Un père pas si torturé

Et qu’est-ce que le personnage principal fuit, au juste ? « Bon, je pense qu’il fuit un peu ses responsabilités, avance Orelsan. Il fuit la pression. Il fuit un peu le passage du temps et où il est rendu dans sa vie. C’est aussi l’histoire d’un mec qui va avoir un enfant, donc, forcément, il a des doutes. Des remises en question. Alors, il fuit les responsabilités qu’il doit prendre. Il fuit ses peurs. »

Vous l’aurez deviné, Orelsan est devenu papa, ont appris ses fans au moment d’écouter une première fois La fuite en avant. « Certaines chansons ont été composées avant la naissance, d’autres après, explique-t-il. J’ai une chanson sur le thème de la grossesse [Deux et demi], écrite après la naissance. Je l’ai écrite comme un retour sur tout ce qu’on avait vécu pendant cette période. C’est amusant parce que, dans l’histoire de la musique, il y a beaucoup de chansons sur le mode “mon enfant, mon héritage”. Je trouvais ça cool d’en faire une juste sur la grossesse, qui me paraît toujours un peu caricaturée dans les films, pour en grossir le trait, comme si c’était un truc compliqué, alors que moi, j’ai vécu ça comme si on était dans un petit cocon. »

Un sentiment de réconfort qui ne transpire pas tout à fait du texte de Dans quelques mois : « Un artiste torturé, ça fabrique des chefs-d’œuvre / Un papa torturé, ça gâche une vie / Tu sais bien comment j’suis / J’laisse tout tomber, j’suis pas sûr d’assurer sa survie », rappe-t-il. Les craintes, comprend-on, ne se sont pas avérées, même si l’arrivée du bébé bouleverse la vie du père au métier atypique.

« Faut s’organiser quand même, constate-t-il. C’est vrai que, durant la tournée, je suis content lorsqu’on arrive à se synchroniser pour se voir [sa copine, le bébé et lui]. » « Faut essayer de ne pas se noyer dans le travail non plus… Ce qui m’a surpris dans la vie de père, c’est qu’on pourrait être inquiet que ça devienne juste chiant et laborieux, mais, en fait, c’est très agréable de s’occuper d’un enfant — ça peut paraître bizarre de le dire ainsi, mais c’est vrai que ça peut effrayer les gens de fonder une famille. »

Orelsan sera en concert au Centre Bell le 11 juin. Une projection spéciale de son film Yoroï sera présentée au Monument-National, le 10 juin, à 19 h. Son cinquième album, La fuite en avant, est paru sur étiquette 7th Magnitude.

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