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Les fonds fiscalement avantageux le sont-ils toujours?

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Un lecteur retraité m’a récemment posé la question suivante : pourquoi payer davantage de frais de gestion pour les fonds fiscalement optimisés (habituellement des fonds en catégorie de société) qu’offrent certaines sociétés de placements quand un portefeuille composé de fonds négociés en bourse (FNB) compte de son côté de très faibles frais ?

Il s’agit d’une question très légitime.

L’intégration des FNB indiciels dans l’univers des investisseurs individuels a profondément transformé l’industrie du placement, et certains investisseurs en viennent dorénavant à estimer qu’un portefeuille moins cher à gérer est foncièrement meilleur. Mais, à la retraite, quand un investisseur commence à décaisser plusieurs dizaines (voire des centaines) de milliers de dollars par an pour financer son train de vie, la principale question à se poser devrait être : « Combien me reste-t-il après impôt ? »

Un bon portefeuille de retraite obéit à des règles distinctes de ceux construits dans une logique d’accumulation. Si son objectif principal est de faire croître le capital le plus efficacement possible pendant les années de vie active, une fois que son propriétaire est à la retraite, la fiscalité du décaissement devient parfois aussi importante que le rendement lui-même.

Il faut savoir que les revenus de placement ne sont pas tous imposés de la même façon. D’abord, les revenus d’intérêts provenant d’obligations et de placements garantis sont les plus lourdement imposés. Ensuite, pour ce qui est des dividendes, ils bénéficient d’un traitement fiscal plus avantageux lorsqu’ils sont canadiens. Enfin, les gains en capital sont encore plus efficaces fiscalement, puisqu’ils sont seulement imposables à 50 %.

De façon générale, un portefeuille équilibré constitué de FNB entraînera automatiquement des distributions de 2,5 % à 4 % en intérêts et de 2 % à 3 % en dividendes, que des liquidités soient requises ou non. Et, à l’étape du décaissement, chaque vente effectuée pour en retirer des liquidités génère un gain en capital imposable.

À l’opposé, certaines structures en catégorie de société permettent non seulement de limiter les distributions imposables (qui proviennent des intérêts, des dividendes et des gains en capital), mais également de verser une partie importante des liquidités sous forme de retour de capital lorsque le besoin se présente. L’impôt ne disparaît alors pas : il est reporté dans le temps. Mais davantage d’impôts reportés signifie concrètement que davantage de capital demeure investi.

Une image (ou un chiffre) vaut mille mots

Cette nuance peut sembler technique ou banale, mais elle devient très concrète lorsqu’on compare deux portefeuilles capables de générer exactement les mêmes liquidités mensuelles.

Prenons un exemple simplifié. Imaginons un portefeuille non enregistré de 4 millions de dollars devant générer environ 20 000 $ par mois pour financer la retraite de son propriétaire et de sa famille. Un portefeuille indiciel traditionnel composé d’environ 70 % d’actions mondiales et de 30 % d’obligations mondiales pourrait certainement produire ce niveau de liquidités. En supposant des revenus d’intérêts de 3 % et des revenus de dividendes mondiaux de 1,5 %, pour arriver au montant net (donc après impôt), il faudrait des retraits supplémentaires de 165 000 $ tout au long de l’année. La facture fiscale totale pourrait alors atteindre près de 80 000 $ pour l’année. Le revenu net approximatif n’est donc plus de 20 000 $ par mois, mais plutôt de 13 500 $.

Dans un portefeuille équilibré (50 % d’actions) constitué dans une structure conçue davantage pour le décaissement, les distributions imposables annuelles sont limitées au maximum. Les revenus d’intérêts sont transformés en revenus de dividendes canadiens. Et ce portefeuille est souvent moins risqué, car il est plus limité en pourcentage d’actions. Une fois les distributions mensuelles versées au rentier, la majorité est constituée de retour de capital. Ce même portefeuille entraînerait plutôt une facture fiscale annuelle de l’ordre de 7500 $ à 10 000 $. Les liquidités nettes disponibles pour financer le coût de vie sont ainsi beaucoup plus importantes et le capital qui demeure investi, nettement plus élevé.

Constat ? Bien que deux portefeuilles puissent produire les mêmes liquidités brutes, ils peuvent donner des montants très différents dans les poches du retraité après impôt.

L’avantage caché du rééquilibrage

Il n’est pas rare de constater que des portefeuilles détenus par une société par actions ou des comptes non enregistrés personnels sont peu diversifiés ou qu’ils ne correspondent pas à la tolérance au risque de leur propriétaire. Cela s’explique souvent par le fait que leur composition, à la base, a été largement influencée par le désir de limiter les impôts : on a privilégié des actions canadiennes, ou on a évité le revenu obligataire malgré une tolérance moyenne au risque.

Mais ce qui, au départ (lorsque les sommes sont modestes ou que l’horizon de retraite est encore lointain), n’est pas un drame en soi prend graduellement de l’ampleur. Le montant du compte augmente sans cesse, tout comme son risque. Un portefeuille peut alors devenir très concentré dans un secteur boursier, et pas nécessairement le plus performant.

Le paradoxe est que plus on attend pour revoir la composition du portefeuille, plus le gain en capital latent augmente, ce qui paralyse certains investisseurs.

Un autre avantage souvent négligé des fonds en catégorie de société est la souplesse qu’ils procurent au gestionnaire. Le portefeuille peut être rééquilibré et diversifié au fil du temps sans que chaque ajustement crée nécessairement un gain en capital imposable pour l’investisseur.

Certains FNB demeurent d’excellents outils, particulièrement pendant les années d’accumulation ou dans des comptes enregistrés comme les REER et les CELI. Mais comme c’est souvent le cas en finances personnelles, le meilleur outil dépend surtout de l’objectif poursuivi. Et l’approche la plus efficace demeure souvent la plus pragmatique. On ne parle pas ici seulement des FNB ni uniquement des fonds en catégorie de société.

Quand on parle de décaissement (et surtout quand le patrimoine est important et que le train de vie à financer est élevé), le réel rendement d’un portefeuille est souvent celui qu’il reste après impôt. Ce qui conduit à une autre question, qui revient souvent : lorsqu’une restructuration permettrait d’améliorer la fiscalité ou la diversification d’un portefeuille, comment déterminer si les avantages futurs justifient la facture fiscale immédiate ?

Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

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