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Depuis deux semaines, les lycéens se mobilisent en masse en France sur fond d’un mouvement européen des jeunes et des travailleurs contre l’austérité, la militarisation et la guerre. Les mobilisations de masse en Espagne contre les loyers et les évictions, la grève du secteur public au Portugal et la lutte contre la réintroduction du service militaire en Allemagne participent tous à cette montée des luttes sociales et de classe. Tous témoignent d’une radicalisation croissante de jeunes désillusionnés par les bureaucraties traditionnelles qui canalisent les luttes et la vie politique.
Les journalistes du WSWS sont intervenus parmi les étudiants qui bloquent l’Université Paris-VIII à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, pour exprimer leur solidarité avec les lycéens en lutte. Leurs appels à stopper la guerre, des dépenses militaires qui drainent les budgets de l’éducation, et de la violente répression policière des lycéens mettent en lumière les vastes tâches politiques posées à la classe ouvrière et aux jeunes, qui commencent à chercher une voie révolutionnaire.
Le WSWS a parlé à Zack, membre du syndicat des étudiants à Paris VIII qui bloquait une des entrées de l’université. Il a souligné la solidarité des étudiants vis-à-vis de la lutte des lycéens.
« Il y a un gros mouvement lycéen partout en France et ils subissent une très forte répression. Et en même temps, ils nous impressionnent et leur courage nous inspire tous », a dit Zack. « Vous avez tous vu les vidéos tournées de lycées où il y a de l'eau dans les murs, des plafonds qui s'effondrent, des manques de moyens, des classes où ils sont presque 40. En fait, nous, on est complètement solidaires de ces revendications. Il y a les syndicats pro qui sont avec eux aussi, la CGT-Educ qui les soutient et qui les défend sur les blocus. »
Il a relié les revendications des lycéens aussi à celles des étudiants alors que Macron draine les universités pour financer les armées et la guerre : « Dans les facs, nous on a aussi des mesures qui nous touchent, notamment le décret Bienvenue en France. C’est un décret raciste, qui impose une augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers à 3 000 euros en licence et 4 000 euros en master pour les étudiants hors Union européenne. C'est une attaque raciste d'ampleur. »
Quand les journalistes du WSWS ont soulevé le lien entre cette politique et le fait que les puissances européennes dépensent des centaines de milliards d’euros pour remilitariser leurs économies et faire la guerre à la Russie en Ukraine, Zack a répondu : « Tout ce que j'ai dit avant, c'est lié justement à cette question que vous soulevez, la militarisation de la jeunesse et de l'ensemble de la société. »
Zack a expliqué que les grandes puissances répondent par la guerre à une crise économique du capitalisme et à la montée de la lutte des classes : « Pourquoi tous ces gens-là, tous ces États, ils se militarisent? C'est parce qu'ils sont en crise, en fait. Il y a une crise globale où les bourgeoisies ont besoin de plus en plus comprimer les salaires, d’exploiter toujours plus de gens, et ça c'est lié à l'avancement de la lutte des classes dans le monde, concrètement. … Ils doivent aller conquérir de nouveaux marchés. »
Interrogé sur les perspectives qu’il voyait et sur son opinion de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, Zack a répondu qu’il se fiait plus à une lutte comme les grèves générales de 1936 ou de 1968.
Il a dit, « Gagner des élections, c'est bien, mais dans le fond, ça ne change pas grand-chose. A chaque fois qu'il y a eu de grandes avancées sociales, c'est par la lutte que ça s'est gagné. C'est par les grèves, les blocages de fac, de lycée, le lien entre les travailleurs, les étudiants, toute la société en fait qui fait front pour lutter ensemble, pour avoir de meilleures conditions de vie. C'était ça en 36, c'était ça en mai 68. »
Interrogé par le WSWS sur le rôle des directions syndicales, qui ont bradé la lutte contre la réforme des retraites en 2023 et qui accompagnent la militarisation de l’industrie, Zack a répondu : « Les directions confédérales, oui, elles sont complètement complices du gouvernement là-dessus. Elles abandonnent les travailleurs, les étudiants, tout le monde et ce pour négocier des miettes. »
Il a souligné la crainte des bureaucraties syndicales d’être débordées sur leur gauche par un mouvement des travailleurs et des jeunes : « Les directions syndicales sont de plus en plus fébriles sur la question des mouvements très spontanés. On l'a vu avec les gilets jaunes, où les syndicats n'ont pas du tout soutenu, ou alors sont arrivés très tardivement sur la mobilisation. »
A propos de la perspective de bâtir des comités d’action à la base, indépendants des bureaucraties syndicales qui pourraient lutter pour préparer une grève générale et mener une lutte révolutionnaire, Zack a dit : « On est aussi en lien avec des comités qui s'organisent dans les quartiers populaires. Ce sont des comités populaires d'entraide et de solidarité, il y en a plusieurs dans le 93 ». Il a espéré que ces organisations pourraient « plus pousser la ligne à gauche par rapport à la direction confédérale qui, on le sait, est extrêmement molle. »
Le WSWS a aussi interviewé Maya, qui participait au blocus de l’entrée principale de Paris VIII, qui a souligné son opposition à la guerre et à l’austérité.
Elle a dit, « Ils donnent énormément de budget pour les armées, pour tout ce qui est matériel militaire, etc. Alors que le budget pour les facs, enfin, je suis désolée, mais l'avenir, c'est quand même les jeunes, c'est pas la guerre. L'avenir, ce n'est pas la guerre, ce n'est pas tuer des gens. Moi, je suis contre la guerre en général. Pour moi, cet argent là, il devrait pas être investi de cette manière là. Les facultés et les lycées, et les écoles, collèges, les hôpitaux ont besoin de cet argent. »
Maya a souligné son ambivalence vis-à-vis de Mélenchon, alors que de nombreux jeunes pensent à un vote utile pour lui aux présidentielles, tout en doutant de sa volonté ou de sa capacité de mettre en œuvre les mesures qu’il prône. Elle a indiqué le débat qui se déroule parmi les jeunes qui entrent en lutte sur la nécessité d’une politique plus à gauche pour stopper la guerre et l’État policier.
Elle a dit, «Mélenchon, il faut voir parce qu'il y a aussi une question de ce qui va être fait et ce qui ne va pas être fait qui est discutée là, entre nous. Il faut voir ce qui va se passer. Honnêtement, c'est le candidat de gauche qui a le plus de chances d'être élu. » Après, a-t-elle ajouté, Mélenchon « ne va pas forcément régler tous nos problèmes. Ce n'est pas non plus le sauveur de la Terre, de la France, il ne faut pas oublier ça. »
Maya et Zack ont tous les deux soutenu les appels du WSWS à libérer Bogdan Syrotiuk, jeune trotskyste ukrainien faussement condamné à 15 ans de prison par le régime ukrainien pour haute trahison, pour avoir appelé à unifier les travailleurs russes et ukrainiens contre la guerre.
Maya a dit, «C’est n’importe quoi. J'envoie personnellement mon soutien, évidemment … on envoie tout notre soutien à toutes les personnes qui sont emprisonnées pour des raisons absurdes de ce genre, parce que c'est totalement injustifié. Sous prétexte qu'on est dans un climat de guerre, on peut emprisonner n'importe qui, n'importe quand pour trahison. Franchement, c'est n'importe quoi. Moi, je veux la paix dans le monde. »
Zack a dit, «Evidemment, on apporte notre soutien aux camarades réprimés, que ce soit en Ukraine, en Russie ou dans tous les pays en fait. Parce qu'en fait, pourquoi ils répriment? Parce qu'ils ont peur, ils sentent que la classe ouvrière s'organise de plus en plus contre la guerre, contre leurs politiques austéritaires, et ça, ça leur fait peur. »
Ceci souligne l’importance pour les jeunes qui cherchent une nouvelle voie politique des questions soulevées par la défense de Bogdan : l’unité internationale de la classe ouvrière, la mobilisation des travailleurs et des jeunes indépendamment des politiciens capitalistes et des bureaucraties discréditées, et la nécessité d’une lutte politique consciente pour transformer ces luttes en une révolution socialiste. C’est la voie pour aller de l’avant face à la répression fascisante et à l’escalade de guerre menées par les gouvernements impérialistes à travers l’Europe.


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