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Une semaine après le déclenchement de l’opération Fureur épique, les États-Unis et Israël ne sont pas encore venus à bout du régime théocratique à la tête de l’Iran. Après les bombardements, l’envoi de troupes au sol et l’invasion du territoire iranien sont-ils les prochaines étapes de Washington, comme le laissent croire certaines rumeurs ? Le Devoir fait le point.
Qu’est-ce qui alimente les spéculations ?
Plus de 50 000 soldats américains sont déjà déployés dans la région du golfe Persique, et d’autres mouvements de troupes sont à prévoir.
Le Washington Post a rapporté vendredi que des troupes de la 82e division aéroportée, une unité d’élite capable d’être déployée en moins de 18 heures partout sur le globe, ont reçu l’ordre de demeurer dans leur quartier général de Fort Bragg, en Caroline du Nord, plutôt que de prendre part à des manœuvres planifiées de longue date en Louisiane. Forte de 5000 combattants, cette division se spécialise dans la prise d’infrastructures stratégiques comme les aéroports. Elle a notamment pris part à l’invasion de l’Irak en 2003.
Aucun ordre de déploiement outre-mer n’a été donné, assure le Pentagone, mais une source citée par le Washington Post affirme que les troupes se tiennent prêtes en cas de besoin.
Qu’en dit le gouvernement états-unien ?
Depuis son arrivée en politique, Donald Trump s’est toujours inscrit en faux contre la possibilité de déployer des troupes américaines à l’étranger dans des conflits de longue durée — les « endless wars », comme il a surnommé les guerres d’Irak et d’Afghanistan.
Pourtant, le locataire de la Maison-Blanche n’a pas catégoriquement fermé la porte au déploiement de soldats en Iran. En entrevue au New York Post lundi, deux jours après le début des bombardements israélo-américain, M. Trump avait déclaré qu’il n’écartait pas de le faire « si nécessaire ». De son côté, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a précisé que l’envoi de soldats américains « ne faisait pas partie du plan actuel » du gouvernement, mais que l’option « demeurait sur la table ».
« Au vu des dernières déclarations de Donald Trump — à savoir qu’il veut aller jusqu’au bout et qu’il n’acceptera rien d’autre qu’une reddition sans négociation —, on pourrait être tenté de dire qu’une intervention au sol est possible », mentionne Pierre Pahlavi, professeur titulaire au Collège des Forces canadiennes à Toronto.
Une partie importante de la base électorale « MAGA » du Parti républicain est toutefois fortement opposée à tout déploiement à l’étranger, ce qui pourrait inciter le président Trump à faire preuve de prudence.
Un sondage de CNN publié dimanche dernier montre d’ailleurs que seuls 12 % des Américains appuient l’envoi de troupes en Iran, et que 60 % s’y opposent.
« L’Iran, ce n’est pas l’Irak ni la Libye, ça risque d’être un Vietnam » s’il y a intervention à grande échelle, estime M. Pahlavi. Et, selon lui, le gouvernement Trump en est bien conscient et veut « absolument éviter un choc frontal » avec les forces iraniennes.
Quelle forme pourrait prendre une intervention sur le sol iranien ?
Une invasion à grande échelle, comme on l’a vu pour renverser le régime de Saddam Hussein en 2003, semble peu probable à l’heure actuelle. Si des soldats américains interviennent, ce sera davantage dans le cadre d’opérations ciblées en appui à des groupes minoritaires séparatistes opposés au régime islamiste de Téhéran, comme les Turkmènes, les Baloutches et, surtout, les Kurdes.
Forts de leur collaboration passée avec les États-Unis en Irak et en Syrie, les guerriers kurdes — les peshmergas — seraient d’ailleurs déjà prêts à intervenir dans le nord de l’Iran, rapportent plusieurs médias.
« On peut imaginer les forces spéciales américaines encadrer les combattants kurdes dans des opérations dirigées et planifiées par des officiers américains, avec une logistique, des renseignements et une couverture aérienne fournis par la machine de guerre américaine », illustre Pierre Pahlavi. « Ce serait une guerre par procuration qui permettrait aux Américains d’affaiblir le régime, avec un investissement direct moindre. »
Comment les troupes américaines seraient-elles accueillies par la population iranienne ?
Très mal, croit Pierre Pahlavi, lui-même d’origine iranienne. « Que ce soit la diaspora à l’étranger, ou les oppositions monarchistes ou communistes, tout le monde verrait très mal l’arrivée de soldats américains sur le sol de l’Iran. »
Riche d’une longue histoire s’étalant sur 5000 ans, le pays est l’un des seuls au monde à n’avoir jamais été colonisé par des puissances occidentales, rappelle-t-il. « Les Iraniens sont extrêmement réticents à ce que des étrangers s’occupent de leurs affaires internes. »
Une intervention états-unienne mal calculée pourrait donc venir renforcer le régime des mollahs en lui donnant des arguments patriotiques. « En agitant les foyers sécessionnistes, il n’est pas impossible que les Américains en arrivent à souder les Iraniens ensemble. Si on menace l’unité nationale, là, on pourrait se retrouver à rassembler les Iraniens alors que l’effet escompté était de les diviser », prévient l’analyste militaire.


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