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Les États-Unis retirent la Syrie de leur liste «d’États soutenant terrorisme»

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Les États-Unis ont officiellement annoncé qu’ils retiraient la Syrie de leur liste d’États soutenant le terrorisme. Cette désignation avait marqué les relations américano-syriennes pendant près d'un demi-siècle, entraînant des sanctions et l'isolement diplomatique et économique de la Syrie.

Le retrait du nouveau régime syrien de la liste des États soutenant le terrorisme signale l’intégration de celui-ci à un ordre régional soutenu par les États-Unis et les pays du Golfe. Pour la population syrienne, cette ouverture aux capitaux étrangers s'accompagne de la consolidation d'un État islamiste autoritaire et d'un programme économique qui reporte le coût de la reconstruction sur les travailleurs, les agriculteurs et la population en général.

La levée des sanctions contre Hayat Tahrir al Sham (HTS), organisation soutenue par la Turquie, la levée de la prime de 10 millions de dollars offerte pour la capture du président Ahmed al-Charaa, chef de HTS anciennement connu sous le nom d'Abu Mohammad al-Jolani, et l'abrogation de la loi César ouvrent la voie à la réintégration de la Syrie dans le système financier mondial.

Ahmed al-Sharaa et Donald Trump à la Maison Blanche, le 10 novembre 2025. [Photo: Donald Trump]

La longue période d'isolement économique avait été aggravée par une guerre civile de quatorze ans au cours de laquelle les États-Unis, les États du Golfe et la Turquie ont soutenu différentes forces d'opposition, notamment des milices islamistes et djihadistes, tandis que la Russie, l'Iran et le Hezbollah étaient intervenus pour préserver le régime d'Assad.

Le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré que ce retrait de la liste des États soutenant le terrorisme était «une reconnaissance des mesures positives prises et des engagements supplémentaires du gouvernement syrien, sous la présidence d'Ahmed al-Charaa, visant à dissocier pleinement la Syrie des actes de terrorisme international ». Ces « mesures positives » comprennent une rupture des liens avec les réseaux djihadistes, l'adhésion à la coalition de Washington contre Daech et les groupes pro-iraniens, ainsi que la coopération avec les agences antiterroristes américaines.

Les raisons de la réhabilitation de l'ancien djihadiste étaient de nature géostratégique: stabiliser l'État post-Assad, faible et pro-américain, face à l'agitation croissante liée aux conditions sociales, éliminer l'influence de la Russie en intégrant la Syrie à son axe régional, affaiblir l'Iran, permettre les investissements du Golfe en Syrie et utiliser l’utiliser comme corridor énergétique terrestre alternatif reliant le Golfe à la Méditerranée.

Avec la levée substantielle des principales sanctions américaines et européennes, les banques américaines et européennes peuvent reprendre leurs opérations avec les banques syriennes et la Banque centrale de Syrie peut solliciter une notation de crédit souveraine, lui permettant d'accéder aux marchés financiers mondiaux.

D’« adversaire » régional à partenaire des États-Unis

Suite à la révolution iranienne de 1979 qui a renversé l'un des principaux alliés régionaux de Washington, l'administration Carter avait entrepris une réorganisation du Moyen-Orient, renforçant le rôle d'Israël dans la région. L'un des éléments de cette réorganisation avait été la désignation de la Syrie comme État soutenant le terrorisme pour son soutien au Front de rejet, aux organisations militantes palestiniennes, puis au Hezbollah dans leur lutte contre Israël durant la guerre civile libanaise – conflit où certains partis chrétiens de droite étaient alliés à Israël.

La Syrie fut un élément central de la stratégie plus large de l'administration Obama visant à affirmer l'hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et l'Asie centrale, régions riches en ressources. Ses liens étroits avec l'Iran et le Hezbollah la rendaient particulièrement importante pour les efforts américains destinés à affaiblir ce que Washington considérait comme le principal obstacle à sa domination régionale. Cela a considérablement accru la dépendance de la Syrie vis-à-vis de l'Union soviétique et, après son effondrement, de l'Iran.

Après avoir pris le pouvoir immédiatement après la guerre israélienne contre le Hezbollah au Liban, l'ancien chef djihadiste al-Charaa a clairement affiché son soutien aux États-Unis, à la Turquie, à l'Union européenne et aux pays du Golfe. Cette orientation a assuré son intégration rapide – et celle de la Syrie – dans l'orbite de Washington. Le président Donald Trump l'a décrit comme « un jeune homme séduisant, un homme de caractère, avec un passé glorieux, un véritable combattant ». Trump l'a invité à la Maison Blanche en novembre 2025 et l'a rencontré à nouveau en juillet dernier, au sommet de l'OTAN à Ankara où al-Charaa était invité.

Cela prouvait que la prime de 10 millions de dollars n'avait jamais été qu'une opération de relations publiques tandis que la CIA collaborait avec des djihadistes, disposant d'un budget annuel avoisinant le milliard de dollars, pour renverser le régime d'Assad. Al-Charaa était à présent bienvenu dans l'ordre régional soutenu par les États-Unis, la Turquie et les pays du Golfe, il avait rejoint la coalition internationale luttant contre Daech et la Syrie pouvait s'ouvrir aux affaires.

Les conséquences involontaires du nouveau réalignement géopolitique de la Syrie au sein d'un ordre régional aligné sur les États-Unis ont été l'expansion de l'influence turque, ce qui entre en conflit avec les exigences de sécurité d'Israël et entraîne des tensions croissantes entre Ankara et Tel Aviv.

En juin, Trump a demandé à al-Charaa de prendre le relais d'Israël dans le démantèlement du Hezbollah en tant qu'organisation militaire, une tâche qu'il a refusée, la jugeant hors de portée de son armée.

Israël est cependant déterminé à maintenir le nouvel État syrien faible et fragmenté, et à l'empêcher de développer des capacités militaires susceptibles de restreindre sa propre liberté d'action. Il considère les Kurdes, qui avaient établi une région autonome dans le nord-est, comme ses « alliés naturels ». De son côté, l'État turc tente, par le biais de négociations avec Abdullah Öcalan, le dirigeant emprisonné de longue date du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), de transformer son ennemi de quarante ans en allié, sapant ainsi la politique israélienne à l'égard des Kurdes.

Israël s'est emparé de territoires dans le sud de la Syrie, près de la frontière, en s'alliant à certains chefs druzes de Soueïda, et a établi une infrastructure militaire permanente à l'intérieur du pays, à la fois pour contrebalancer l'influence d'al-Charaa et pour se prémunir contre l'influence turque. Il a bombardé à plusieurs reprises des bases aériennes syriennes, la plus récente étant celle d'Abou al- Duhur, dans le nord de la Syrie, en août, afin de dissuader la Turquie d'utiliser cette base pour étendre son influence militaire.

Washington abandonne son alliance avec les Kurdes au profit d'al-Charaa et de la Turquie.

Le sort des milices nationales kurdes – les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les Unités de protection du peuple (YPG) qui contrôlaient la région kurde du nord-est de la Syrie avec le soutien des États-Unis – illustre à la fois le réalignement géopolitique de Washington et la dimension de classe des forces nationalistes qui luttent pour un changement de régime. En août, les FDS ont officiellement annoncé leur dissolution suite à un accord avec le gouvernement d'al-Charaa, mettant ainsi fin à l'autonomie kurde et plaçant les régions kurdes sous le contrôle de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et de groupes islamistes.

Tout au long de la guerre de changement de régime, les FDS/YPG ont servi de principale force supplétive de Washington, aux côtés des milices islamistes sunnites de HTS, en échange de son soutien à une entité kurde autonome.

Un officier américain non identifié accompagne des officiers des YPG et des YPJ en visite dans une ville du gouvernorat de Hassaké, dans le nord-est du pays, après des frappes aériennes turques dans la région. La photo a été prise en avril 2017. [Photo: Voice of America Kurdish]

Le World Socialist Web Site a rejeté la glorification par la pseudo-gauche de ces forces comme combattants d'une « révolution démocratique », insistant sur le fait que « ce qui se déroule en Syrie n'est pas une révolution, mais un démembrement réactionnaire et impérialiste du pays ».

La capitulation des FDS/YPG a été dictée par Washington, et non choisie par les Kurdes. Comme l'a reconnu le commandant des FDS, Mazloum Abdi, elle a été effectuée en soutien à son allié, Ankara, opposé à toute autonomie kurde.

L'accord de mars 2025, signé après des mois d'affrontements entre les FDS et Damas, et marqué par le massacre de près de 1 000 Alaouites, prévoyait l'intégration des forces des FDS et de l'administration autonome au régime de Damas. En août 2025, la Syrie a signé un accord avec la Turquie pour former et équiper ses forces armées, signalant ainsi une offensive contre les FDS.

L'accord de décembre 2025, prévoyant que trois divisions des FDS resteraient affiliées aux Kurdes dans la structure de l'armée syrienne, a été conclu immédiatement après le vote du Congrès américain levant les sanctions contre la Syrie. Après que Washington eut donné son feu vert à l'offensive militaire de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), soutenue par Ankara, contre les Kurdes, qui a coûté aux FDS jusqu'à 80 pour cent de leur territoire, ces dernières ont été contraintes de signer l'accord de janvier 2026, replaçant la région sous le contrôle de Damas. L'envoyé américain Tom Barrack a déclaré que « la mission initiale des FDS, en tant que principale force anti-Daech, est désormais largement caduque ». L'alliance des États-Unis avec les Kurdes a pris fin dès qu'elle n’a plus servi à la campagne de Washington contre l'Iran.

La direction des FDS n'a jamais rompu avec l'impérialisme. Sa stratégie de manœuvres entre Washington, Ankara et même Israël, qu'elle considérait comme un « allié naturel », l'a laissée isolée et sans défense. Le chef des FDS, Abdi, a soutenu le plan de Trump visant à «rendre sa grandeur à la Syrie» et a proposé de collaborer avec les États-Unis contre l'Iran jusqu'en décembre 2025

Les actes des FDS révèlent la faillite politique de l'interprétation que la pseudo-gauche fait du mouvement national kurde comme alternative révolutionnaire à l'impérialisme. Pendant une décennie, elle a glorifié les YPG/FDS et la « révolution du Rojava » comme un phare du «confédéralisme démocratique», de la «libération des femmes» et de l'héroïsme anti-Daech, ce qui revenait, ni plus ni moins, à soutenir une guerre par procuration impérialiste.

Lorsque les FDS ont capitulé, ces organisations n'ont fourni aucune explication cohérente, car tout leur argumentaire – que les Kurdes menaient une « révolution » soutenue par les frappes aériennes et les armes américaines – s'est effondré. Tout en déplorant la « trahison » de Washington, elles ont éludé la question centrale: les forces kurdes étaient alliées à l'impérialisme américain depuis le début, et elles avaient même applaudi cette alliance.

Cela faisait partie intégrante de leur rôle global dans la guerre en Syrie: de la glorification des « rebelles modérés » à la célébration du renversement d’Assad en décembre 2024. Leur rhétorique de «révolution» servait de couverture de gauche à l’opération de changement de régime menée par Washington, comme le confirment la capitulation des Kurdes et leur propre incapacité à l’expliquer.

Un combattant masqué porte un drapeau de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), organisation liée à Al-Qaïda, dans la cour de la mosquée des Omeyyades, dans la vieille ville fortifiée de Damas, en Syrie, le 10 décembre 2024 [AP Photo/Hussein Malla]

Al-Charaa instaure une dictature islamiste

Peu après avoir renversé le régime d'Assad, al-Charaa a consolidé son pouvoir politique en imposant un nouveau cadre constitutionnel instaurant une dictature politique. Ce cadre confère au président le pouvoir exclusif de déclarer l'état d'urgence et de nommer un tiers des membres de l'« assemblée du peuple », chargée de rédiger les lois mais dépourvue de pouvoir pour destituer le président.

La nouvelle constitution consolide la domination islamiste sunnite, faisant de la loi islamique la principale source législative et conférant à un Conseil de la fatwa entièrement sunnite, sans aucune représentation des minorités, le pouvoir de contrôler les projets de loi. Elle inscrit dans la loi la discrimination à l'encontre des Alaouites, des chrétiens, des Druzes et des Ismaéliens, qui représentaient ensemble près de 20 pour cent de la population syrienne en 2025.

Le nouveau régime a démantelé les registres d'état civil et fonciers, portant atteinte aux droits à l'identité légale et nuisant de manière disproportionnée aux minorités. Des rapports de l'ONU ont documenté des détentions arbitraires, des enlèvements, des actes de torture et des violences sexuelles perpétrés contre celles-ci.

Al-Charaa a utilisé l'armée et les nouvelles dispositions constitutionnelles pour consolider son pouvoir. Tout en dissolvant officiellement Hayat Tahrir al-Sham (HTS), il a récompensé ses partisans et restructuré l'armée syrienne autour de combattants de HTS, intégrant des milliers de djihadistes vétérans aux nouvelles forces de sécurité.

Son nouvel appareil militaire a perpétré une vague de violences sectaires contre les minorités. Une enquête de Reuters, menée sur plusieurs mois, a établi que 1 479 Alaouites avaient été tués entre le 7 et le 9 mars 2025 dans plus de 40 localités le long de la côte méditerranéenne syrienne. La chaîne de commandement remontait jusqu'aux plus hautes sphères du nouveau régime à Damas. Des rapports de l'ONU ont documenté des enlèvements, des viols, des détentions arbitraires et des injures sectaires proférées contre des femmes et des filles alaouites par des militaires, dont des combattants étrangers intégrés aux forces de l'État.

En juillet 2025, les forces d'Al-Charaa ont mené une campagne brutale contre les Druzes dans le sud de la Syrie, faisant plus de 1 000 victimes dans la province de Soueïda. Les violences sectaires se sont poursuivies en 2026, les communautés druzes étant victimes d'intimidations et de déplacements forcés. Soueïda reste néanmoins hors du contrôle total de Damas et est devenue un instrument clé de l'intervention israélienne en Syrie.

La restructuration de l'économie syrienne d'après-guerre

La Banque mondiale estime le coût de la reconstruction des infrastructures, des bâtiments résidentiels et non résidentiels de la Syrie à environ 216 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB syrien d'avant-guerre et près de dix fois la taille de son économie en 2024. Se pose alors la question de savoir comment la Syrie sera reconstruite et, surtout, qui bénéficiera des importants flux de capitaux que cela générera.

Le nouveau régime profite de l'opportunité offerte par la levée des sanctions pour restructurer l'économie par le biais d'investissements étrangers, de privatisations et de libéralisation des échanges – le tout fondé sur le népotisme et le clientélisme – tout en consolidant son contrôle sur les institutions qui distribueront la richesse qui en résultera.

Une partie de Raqqa (Syrie) détruite lors de l'offensive militaire de 2017 lancée contre l'État islamique [Photo: Mahmoud Bali (VOA) - US-backed Forces Press Deeper Into Southern Raqqa City]

Les contrats publics sont généralement attribués à des entreprises dirigées par des membres de la famille et des fidèles du HTS, tandis que les postes clés au sein du nouveau gouvernement et des institutions économiques et sécuritaires sont confiés à des membres de la famille et à des proches d'al-Charaa et du HTS. Si certains hommes d'affaires de l'ère Assad ont pu conclure des accords opaques avec le nouveau régime, d'autres ont vu leurs avoirs saisis.

Al-Charaa a annoncé des investissements de 28 milliards de dollars en provenance du Golfe et de l'extérieur dans des secteurs clés tels que l'aviation, les télécommunications et les infrastructures hydrauliques – un élément essentiel de l'accord américano-saoudien visant à stabiliser le Levant.

Le gouvernement a mis en œuvre la politique de libéralisation des échanges préconisée par la Banque mondiale et le FMI dans les secteurs manufacturier et agricole. Ces mesures ont eu pour effet d'aggraver le déficit commercial avec les voisins de la Syrie, Turquie et Jordanie.

Le gouvernement a instauré un nouveau système fiscal fixant le taux maximal d'imposition des sociétés à 15 pour cent, indépendamment de la taille de l'entreprise, et prévoyant d'importantes baisses d'impôts et de droits de douane pour les investisseurs. Il a également annoncé son intention de réduire d'un tiers les effectifs du secteur public et de privatiser les entreprises publiques, ainsi que des services publics comme la santé et l'éducation.

Les coûts sociaux pèsent sur les travailleurs, les agriculteurs et leurs familles.

Autrefois pays à revenu intermédiaire, le PIB par habitant a déjà chuté de 1 550 $ en 2011 à 670 $ en 2022, soit une baisse de plus de 50 pour cent. Le chômage atteint le niveau alarmant de 60 pour cent, selon les estimations du ministre de l’Économie.

Le nouveau régime a mis en œuvre une politique qui a encore appauvri le peuple syrien. Il a réduit les subventions sur le pain, suspendu celles sur les carburants et le pétrole, et augmenté le prix de l'électricité. Le prix du carburant étant désormais libellé en dollars américains – le dollar vaut actuellement 122 livres syriennes – les agriculteurs et les petites entreprises sont confrontés à une flambée des prix qui pourrait forcer beaucoup d'entre elles à fermer leurs portes. Si l'approvisionnement en électricité a été partiellement rétabli, les zones périphériques et rurales n'en ont pas bénéficié.

La Syrie est confrontée à une grave crise alimentaire, alors que l'ONU alerte sur l'effondrement du secteur agricole ravagé par 14 années de conflit, des sécheresses récurrentes et une économie en ruine. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) indique que 14,5 millions de Syriens souffrent d'insécurité alimentaire aiguë.

La Syrie est confrontée à une grave pénurie d'eau en raison des destructions causées par la guerre, qui a endommagé plus de 60 pour cent des infrastructures hydrauliques, et des faibles précipitations hivernales, inférieures de 60 pour cent à la moyenne annuelle.

Plus de 90 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté. Beaucoup dépendent des transferts d'argent de proches vivant à l'étranger, estimés à 4 milliards de dollars en 2025, soit 15 à 20 pour cent du PIB. Mais cela aussi est menacé, car les pays d'accueil contraignent les réfugiés à rentrer chez eux. Le retour d'un million de réfugiés et de 2,5 millions de déplacés a mis à rude épreuve les services de logement, d'eau, d'électricité et les services municipaux, et a engendré de nouveaux conflits de propriété dû à la confiscation par des tiers de leurs maisons et terres abandonnées.

La résistance sociale s’accroît

Cette année a connu une vague croissante de manifestations et de grèves menées par des travailleurs, des professionnels, des étudiants, des commerçants, des agriculteurs et des habitants des zones dévastées. Il y eut 41 manifestations rien que dans la première quinzaine de juin. On y réclama des mesures pour remédier à la détérioration la situation économique, le respect des droits des travailleurs et des professions libérales, ainsi que la libération des détenus et des disparus. Des manifestations ont eu lieu à Homs et Damas sur les droits fonciers et les déplacements d’habitants dû aux investissements pour des projets immobiliers de luxe, et sur les questions de propriété.

En mai, des manifestations ont éclaté dans les régions céréalières de l'est du pays avant de s'étendre à toute la Syrie, suite à la fixation par le gouvernement d'un prix d'achat du blé bien inférieur au coût de production. Une situation aggravée par le blocus du détroit d'Ormuz qui a entraîné une flambée des prix du pétrole et des engrais. Bien qu'al-Charaa ait publié un décret augmentant le prix, celui-ci restait inférieur aux revendications des agriculteurs.

Des manifestants scandant des slogans font face à la police anti-émeute syrienne lors d'une manifestation réclamant de meilleures conditions de vie et des services publics sur la place Yusuf al-Azma à Damas, en Syrie, le 17 avril 2026 [AP Photo/Omar Sanadiki]

Ces manifestations et grèves démontrent que les masses syriennes n'ont pas été «libérées» en décembre 2024 mais transférées d'un régime répressif à un autre. La catastrophe sociale engendrée par quatorze années de guerre par procuration impérialiste est à présent ressentie par la population sous le joug de ses nouveaux bénéficiaires.

Les événements de Syrie confirment la théorie de la révolution permanente de Trotsky: dans les régions à développement capitaliste tardif comme le Moyen-Orient, la bourgeoisie nationale ne peut instaurer ne serait-ce que des droits démocratiques théoriques pour les minorités, ni mener une politique anti-impérialiste, en raison de ses liens avec l’impérialisme et de sa crainte de la classe ouvrière. Ces tâches incombent à la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme.

Les travailleurs doivent développer des sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Syrie, en Turquie et dans toute la région, capables d'unir les travailleurs de toutes nationalités et religions – arabes, kurdes, turcs, persans, sunnites, chiites, alaouites, chrétiens et juifs – autour d'un programme socialiste de réorganisation de la société fondé sur les besoins de la société et non sur le profit privé. Ce programme doit être défendu contre toutes les puissances impérialistes et leurs alliés et repose sur l'instauration d'États socialistes unis du Moyen-Orient.

(Article paru en anglais le 9 septembre 2026)

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