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En cette année 2025, les fragilités de l’industrie française sont perceptibles dans les fermetures de sites dans la Région Grand Est Vencorex, Novasco, ArcelorMittal, industries lourdes, certes, les plans de restructuration se multiplient dévitalisant ce bassin d'emploi territorial. Moins de production, c'est aussi moins d'innovations, de laboratoires, d'emplois qualifiés. Il apparait urgent que l'industrie redevienne le socle de notre prospérité, le moteur de notre souveraineté et le lien entre nos territoires. Les pouvoirs publics doivent en faire un objectif politique prioritaire. Ce projet ambitieux ne verra le jour qu' au moment où l'action simultanée des entreprises qui produisent, de l'Etat et des collectivités territoriales seront capables de mettre en place une stratégie industrielle cohérente et pérenne.
Peut-on évoquer un décrochage ?
A l'issue du premier choc pétrolier en 1978, cinquante années de mutations ont conduit l'industrie qui n'emploie plus que 2, 8 millions de salariés en 2024, soit 9,2 % de l'effectif total en France, à diminuer considérablement, passant entre 1981 et aujourd'hui de 27% du produit intérieur brut ( PIB) à environ 10%.
D'où viennent ces baisses tendancielles d'emplois ? C'est essentiellement celle des gains de productivité démontre Pierre Veltz (1) dans un essai qui propose une réflexion éclairante et stimulante sur l'évolution de notre société à l'âge des limites des ressources naturelles « grâce à la mécanisation et à l'automatisation, une heure de travail produit aujourd'hui quatre fois plus qu'il y a trente ans. » A l'avenir « les usines et les entrepôts seront de plus en plus automatisées, avec peu de personnel et des exigences de formation croissantes. ». Pour cet auteur la perte de compétitivité nationale actuelle est liée aux importations massives que nous subissons, et au fait que nos politiques sont trop focalisées sur les usines qui à l'avenir ne créeront que peu d'emplois. Quelle est la situation aujourd'hui ?
Malgré le plan France 2030, d'après la Banque des Territoires, l’hexagone a fermé presque deux fois plus d'usines qu'elle n'en a ouvert au premier semestre 2025, selon le baromètre industriel de l'État publié le 30 octobre. Même si les projets d'agrandissements de sites permettent à Bercy de relativiser la situation, l'industrie verte et la défense sont plutôt dans un bonne dynamique, à l'inverse de l'agroalimentaire, de la chimie et de l'automobile où les fermetures affectent particulièrement les régions Pays de la Loire, Hauts-de-France et Grand Est.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, indique ce 5 décembre que son syndicat recense 483 plans sociaux depuis le mois de septembre 2023 dont 363 sur des sites à caractère industriel, menaçant environ 46000 emplois.
Cependant, l'un des domaines dans lequel la France excelle technologiquement est l'industrie de l'armement. Elle y occupe le deuxième rang mondial, dans un contexte de grande concurrence de par la qualité et la compétitivité de son appareil productif. Elle regroupe 9 entreprises multinationales dont Airbus, Thalès, Dassault Aviation, Safran et environ 4000 PME et ETI dans leur sillage.
Forces ou faiblesses des Multinationales en France ?
Des travaux effectués par l'économiste Vincent Vicard montrent que ces sociétés cotées très performantes génèrent des revenus massifs pour notre économie équivalent à 2,4 % du PIB en 2021 mais sont à l'origine du creusement du déficit commercial de la France de par leurs activités délocalisées à l'étranger. Ces firmes ont aussi profité de la période de forte inflation pour augmenter leurs prix et leurs marges en recourant au « pricing power » ( pouvoir de négociation sur le marché des biens) malgré un ralentissement de la croissance de leur activité. On peut observer 6 millions d'emplois délocalisés à l'étranger en 2020, représentant plus du tiers de l'emploi national, contre 10% aux Etats -Unis, une des sources de la désindustrialisation de notre tissu économique. On y retrouve des groupes du luxe de l’aéronautique, de la défense, de l’agroalimentaire, des télécoms, de la pharmacie ( LVMH, Kering, Carrefour Danone, Orange, EDF, Airbus, Sanofi ).Ces firmes transnationales, de par leurs méthodes peu orthodoxes contribuent à la paupérisation de notre nation.
C'est ainsi que notre croissance est freinée par les sous investissement et les délocalisations des firmes et non l'inverse. Or c'est le secteur de l'innovation qui concentre l'essentiel des investissements en recherche et développement ( R&D ). Dans nos économies ouvertes la recherche est un poste clé dans les dépenses de l'Etat, permettant à un pays une autonomie technologique. Mais en France l'effort en R&D reste trop faible avec une spécialisation centrée sur des technologies matures ( énergie nucléaire, renouvelables, défense, télécoms.. ) et non pas dans le numérique et les innovations de rupture ( batteries, semi-conducteurs, robotique Intelligence artificielle, biotechnologies, quantique, cybersécurité ). Ces efforts ne concernent que 25000 entreprises sur un total d'environ quatre millions. C'est ainsi que la France n'occupe que le 13eme rang pour la part allouée en R & D représentant 2, 2 % du PIB. Elle est devancée par les Etats-Unis ( 3,4 % ) l’Allemagne ( 3,1 % ) le Japon ( 3 ,3% ), La Corée du Sud ( 4 ,8%).
Dans une note publiée par l'observatoire français des conjonctures économiques ( OFCE )(2) en Avril 2025 les auteurs B. Coquet et E H eyer soulignent que, au delà de la désindustrialisation, le décrochage est dû au ralentissement de la productivité. « Ce retard tient tant à un déficit d'investissement matériel et immatériel qu'à une progression plus faible de la productivité globale des facteurs. » Et si la productivité du capital a tendance à baisser, c'est que les entreprises investissent peu, altérant la croissance du PIB, alors que ce sont elles qui créent des richesses.
Concurrence internationale,
Elle est exacerbée par les politiques de conquête industrielle des Etats-Unis et de la Chine.
Les Etats-Unis ont abondé 370 milliards de subventions et de crédits d’impôts sur 10 ans au travers de l'Inflation Reduction Act ( IRA) pour favoriser la relocalisation sur leur territoire d'industries stratégiques. L'OFCE, dans une notre publiée en Septembre 2025 que l'on assiste à un décrochage de l'Union Européenne par rapport aux Etats-Unis depuis l'année 2010, le recul étant le plus marqué en France 77,6 % en Italie 73,6 %, et en Espagne 63,6 % Nous en avons décrit les les raisons principales plus haut.
Il est devenu impossible de concurrencer l’hyper compétitivité chinoise dont les couts de production sont inférieurs de 40%, les salaires manufacturiers sont 70% inférieurs à ceux du niveau européen. Celia Colin économiste à l'Institut Rexecode rapporte clairement ( 3 ) tableaux à l'appui les faits suivants « Notre analyse du commerce par produit montre que la Chine détient 59% des parts de marché à l’export pour les jouets et articles de sport mais aussi 41% des semi-conducteurs, 41% de l’habillement, 38% des drones et 22% des robots industriels... Entre 2024 et 2025, l’investissement en équipements, machines et instruments a atteint des sommets avec une croissance moyenne de l’ordre de 16,2% l’an. Alors que la mondialisation a surtout bénéficié aux deux grandes puissances mondiales , quand allons nous favoriser le « made in France, in Europa. »
Des raisons d'espérer ?
Les pouvoirs publics ont mis en place récemment des outils comme le crédit d’impôt recherche (CIR) dès l'année 1983 et le crédit d'impôt innovation (CII) en 2013 visant à soutenir les starts-up, les moyennes et les grandes entreprises dans leurs efforts en matière de R&D et les conduisant à créer de nouveaux produits.
Nous l'avons vu, la France excelle technologiquement dans l'industrie de la Défense et de l'Armement, reflet de sa stratégie de souveraineté technologique.
Malgré l'instabilité politique et le ralentissement économique, sur une période allant de 2018 à 2024, l'industrie a crée de l'emploi en France nous dit Diana Karachansky dans une note de la Fabrique de l'Industrie publiée en Aout 2025.
Elle démontre que l'emploi manufacturier a progressé de 6,8% entre 2018 ( 2,6 millions ) et 2024 ( 2,8 millions ) en raison d'une diminution des suppressions de postes. Les gains de productivité attachés à l'industrie sont créateurs d'emplois indirects dans les secteurs abrités de la concurrence internationale, en particulier le tertiaire. « Entre 2007 et 2023, la création de 100 emplois exposés a entrainé la création de 134 emplois abrités ... Ce multiplicateur est variable selon les secteurs d'activité. Les secteurs intensifs en technologie et en travail qualifié tendent à créer indirectement davantage d'emplois dans les secteurs non manufacturiers. »
Notons qu'en 2025, la conjoncture défavorable et la poursuite du ralentissement de la productivité, le cabinet Trendeo, société privée (Observatoire français de l'emploi et de l'investissement ) rapporte que 165 sites sont menacés essentiellement dans les PME-ETI au cours du deuxième semestre, représentant environ 10000 emplois.
L'effort de réindustrialisation en vaut-il la peine ? Va-t-on enfin assister au retour de l'Etat stratège pour engager les réformes nécessaires ? C'est ainsi que les pouvoirs publics, gardiens du long terme devraient se doter d'un Ministère de l'Industrie, de la Recherche et des Energies renouvelables rattaché au Premier Ministre pour piloter le grand projet de réindustrialisation de la France, comme le préconise Louis Gallois depuis l'année 2012.
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P .Veltz Bifurcations , Réinventer la société industrielle par l'écologie , Editions de l 'Aube , 2022
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OFCE, B. Coquet et E. Heyer ,la productivité retrouve des couleurs , Avril 2025
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C. Colin , Institut Rexecode , Octobre 2025
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D. Karachansky , Notes de la Fabrique , Presse des Mines , Aout 2025
Eliane Jacquot


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