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Les cordes sensibles de Cameron Crozman

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Albertain d’origine et Montréalais d’adoption, le violoncelliste Cameron Crozman, 31 ans, est l’un des artistes les plus charmants de notre paysage musical. On le retrouvera plusieurs fois dans les festivals cet été, à Classica mercredi dans les trios de Schubert, au Festival de musique de chambre samedi, au Festival Lachine le 18 juillet avec sa partenaire pianiste Meagan Milatz. Il présente un profil idéalement complémentaire aux chanteurs de la Bohème et à Élisabeth Pion pour poursuivre une série sur les jeunes artistes et leur gestion de carrière.

Cameron Crozman n’a pas réussi à résister à l’appel de la France. « J’avais 17 ans lorsque je suis parti pour Paris. Mes parents, bien sûr, étaient un peu nerveux. À l’époque, je voyais pas du tout ça ; j’avais juste envie d’y aller, parce que j’ai grandi dans des régions anglophones, mais dans des écoles francophones, et je m’intéressais à la littérature française. C’est d’abord ça qui m’a fait rêver de Paris », nous dit le violoncelliste, qui avait eu un coup de foudre pour Debussy à l’adolescence.

France

« On lit la littérature du XIXe siècle et c’est à Paris, vraiment, en français, que ça se passe. » Cameron ne tente qu’une école : le Conservatoire national supérieur de Paris. Et réussit. « Je savais que le niveau était très élevé. C’est ça que je recherchais. On veut s’entourer des meilleurs pour se motiver. » À Paris, Cameron Crozman côtoie « les violoncellistes qui sont maintenant les visages de l’école de violoncelle française de cette génération ».

Les six ans passés dans la capitale française n’ont pas toujours été faciles. « En France, on est vite confronté à l’administration française et à toutes les procédures. Pour quelqu’un de 17 ans, c’est choquant. Je pense que ça m’a poussé à grandir très rapidement. D’un autre côté, Paris, comme ville culturelle, c’est incroyable. Dans ma première année, tous les samedis et dimanches, j’allais dans des musées, parce que tout était gratuit pour moi. »

Même s’il regrette ses « meilleurs amis, qui sont en France », Cameron Crozman pense être revenu au bon moment au Canada. « En 2018, lorsque j’ai quitté la France, c’était le bon choix. Il y a beaucoup de très bons violoncellistes français, alors en France, ils n’en avaient pas vraiment besoin d’un autre. Ici, j’étais invité par des orchestres à jouer des concertos, à faire des récitals. En même temps, j’avais un visa pour travailler aux États-Unis. »

À son retour, il s’est posé à Montréal. « C’était toujours mon intention de venir à Montréal. Je sentais que c’était une ville où il y avait beaucoup de musiciens intéressants, et il y avait le français. Après avoir passé six ans à Paris, je voulais habiter dans une ville francophone, parce que le côté bilingue, ça fait partie de moi. Heureusement, j’ai pu m’installer juste avant la pandémie dans un appartement à Montréal. C’est une situation assez idéale, en fait, pour quelqu’un qui veut voyager et être musicien. »

Instruments

À partir de 2018, Cameron Crozman a aussi pu bénéficier des instruments de la Banque d’instruments du Canada. « J’en ai eu trois. C’est la limite : trois prêts de la Banque d’instruments. Ensuite, il faut trouver autre chose ailleurs. » La Banque effectue un classement. « Celui qui a le premier choix en violoncelle prend toujours le Stradivarius. J’ai eu la chance, ma première année, d’avoir le premier choix et c’était donc le Stradivarius que j’ai eu pendant trois ans. La fois suivante, c’est Bryan Cheng qui a eu le premier choix, et j’ai eu le deuxième. Après, la même chose. J’ai donc joué trois instruments différents. C’était chouette. »

Notre violoncelliste considère que Jean-Guihen Queyras a tout parfaitement exprimé, au Devoir, sur la relation entre le musicien et l’instrument. « J’ai peur de me prononcer là-dessus, parce que j’ai lu votre article avec lui ! » Mais il accepte tout de même. « Les violoncelles anciens sont des personnalités. Il faut donc apprendre à connaître ces personnalités. Ce que je trouve intéressant avec la Banque d’instruments, c’est qu’il faut faire avec. On sait qu’on a trois ans. Le Stradivarius était très difficile à apprivoiser. Après un an et demi, je commençais à me sentir bien. Après ça, j’ai eu un violoncelle espagnol moins complexe, mais qui avait une sonorité vraiment spéciale. J’ai donc conçu un projet de disque espagnol. Garder sa propre personnalité et s’adapter à celle de l’instrument nous amène à des réflexions différentes sur la musique. C’est la même chose dans les contextes collaboratifs. Jouer avec d’autres gens, ça change tout. »

Désormais, Cameron, qui a fini son périple avec un Gennaro Gagliano de 1750 de la Banque d’instruments du Canada, dispose d’un Montagnana de 1734, prêté par le mécène québécois Roger Dubois. « La rencontre avec le Montagnana a eu lieu l’an dernier en compagnie de mon ami Raphaël Jouan. Nous sommes copains depuis nos débuts au Conservatoire de Paris. Raphaël est venu essayer des violoncelles pour son projet de Concerto de Dvořák. Il m’a demandé de venir avec lui. J’étais là juste pour être “les oreilles”, mais lorsque j’ai joué ce Montagnana, je me suis dit : “Oh wow, il y a quelque chose dans ce son.” C’était drôle parce qu’on jouait Dvořák ensemble ! En fait, il y a quelques semaines, j’ai joué le Concerto de Dvořák sur le Montagnana à Halifax. Et je crois que c’est l’instrument pour ce type de musique. Il a une richesse sonore, et le son est malléable d’une façon très différente du Gagliano que j’avais avant. Le Gagliano était très clair, illuminé ; le Montagnana a comme de la chair dans le son. »

Autre voie

Comme Charles Richard-Hamelin, Cameron Crozman se distingue des autres musiciens professionnels, car on le croise souvent au concert, ce qui est très rare. « J’aime les concerts. Et j’ai eu la chance d’avoir des parents musiciens pour qui c’était très important que j’aille à des concerts. Ma mère, qui est professeure de flûte, disait toujours : “Mais les musiciens, ils ne vont jamais aux concerts, c’est quoi leur problème ?” J’ai grandi dans cette atmosphère-là. À Paris j’habitais à côté de la Philharmonie et j’ai pris un abonnement de 20 concerts ; j’y allais toutes les semaines, c’était génial. Maintenant, je voyage davantage, donc j’ai moins l’occasion d’y aller. Pour Meagan [Milatz] et moi, ça nous donne une activité à faire ensemble et comme la musique de chambre, c’est notre passion, nous regardons toujours ce qui se passe à la salle Bourgie. Je me souviens du concert de Christian Gerhaher l’an dernier. Richard Turp nous avait parlé de ça. Nous sommes sortis complètement bouleversés par ce concert. Ça nous inspire, finalement. Nous sommes gâtés à Montréal. Franchement, lorsque je vais à Toronto, je vois qu’ils n’ont pas du tout la série de musique de chambre que nous avons à Montréal. »

Même s’il a au programme cinq ou six concertos différents la saison prochaine et des récitals avec Meagan Milatz, pour le futur, Cameron Crozman va ajouter une corde à son arc. « Maintenant que j’ai 31 ans, il faut ajouter une autre perspective. Les États-Unis, c’est compliqué en ce moment. Meagan et moi avions un concert prévu en avril. On n’a pas eu notre visa, donc on a dû annuler. Je pense que pour le long terme, je n’ai pas de craintes pour les États-Unis ; ça reste des mondes rapprochés, le Canada et les États-Unis. Mais pour l’instant, c’est un défi. En Europe, on n’a pas besoin de violoncellistes canadiens, parce qu’il y a tellement de bons violoncellistes français. Et il en va de même dans beaucoup d’autres pays en Europe. Donc, je me plonge de plus en plus dans la direction artistique : j’ai beaucoup de plaisir à y trouver une autre voie de création. »

Cameron Crozman est devenu assistant à la direction artistique du Festival of the Sound de Toronto, où James Campbell, directeur artistique, programme 46 concerts pendant l’été. « Ça me rajoute du boulot, mais James est comme mon mentor en ce moment. Il a eu une carrière tellement intéressante. Il a été soliste, musicien de chambre, professeur en Indiana pendant comme 30 ans, et directeur artistique. Et je pense qu’il a trouvé un équilibre qui l’a vraiment nourri. »

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