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Les constructeurs chinois ciblent le Québec : des voitures moins chères, mais à quel prix?

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Les constructeurs automobiles chinois accélèrent leur offensive au Canada, et c’est le Québec qui se retrouve en première ligne. Selon Patricia Kozicka, de CBC News, le constructeur chinois Dongfeng a présenté cette semaine à Montréal deux nouveaux véhicules électriques destinés au marché canadien : la compacte BOX 01 et le VUS Vigo, tous deux annoncés à moins de 35 000 $.

Les deux modèles sont actuellement en cours d’homologation afin de satisfaire aux exigences canadiennes en matière de sécurité automobile. Leur distributeur canadien, North World Industry, espère pouvoir les commercialiser dès l’an prochain.

Cette arrivée s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste. Après Lotus, propriété du groupe chinois Geely, qui a récemment lancé ses premiers véhicules au Canada, c’est désormais BYD, devenu le plus important fabricant mondial de véhicules électriques, qui prépare également son entrée sur le marché canadien.

Le Québec, porte d’entrée privilégiée

Selon Benoit Charette, rédacteur en chef de L’Annuel de l’Automobile, interrogé par Radio-Canada, le choix du Québec n’a rien d’un hasard.

La province possède déjà le plus fort taux d’adoption de véhicules électriques au pays, bénéficie d’une électricité parmi les moins coûteuses en Amérique du Nord et dispose d’une population largement favorable à cette technologie.

Dans cette logique, le Québec constitue un laboratoire idéal avant une éventuelle expansion vers la Colombie-Britannique puis l’Ontario.

Le revirement de Carney

Cette offensive est directement liée à la nouvelle entente commerciale conclue plus tôt cette année entre le gouvernement de Mark Carney et la Chine.

Alors que le gouvernement Trudeau avait imposé une surtaxe de 100 % sur les véhicules électriques chinois en 2024, Ottawa a accepté de ramener ce tarif à 6,1 % sur un contingent annuel de 49 000 véhicules, contingent qui devrait atteindre 70 000 unités d’ici cinq ans.

L’accord prévoit également qu’une part croissante de ces importations devra concerner des véhicules de moins de 35 000 $, afin de favoriser leur accessibilité auprès des consommateurs canadiens.

Selon les données citées par CBC, plus de 3 500 véhicules électriques chinois sont déjà entrés au Canada au mois de mai, principalement des Tesla fabriquées dans l’usine de Shanghai.

Une stratégie industrielle à long terme

Selon Dominic Chiu, analyste principal chez Eurasia Group, interrogé par BNN Bloomberg, il serait erroné de croire que les constructeurs chinois souhaitent simplement exporter quelques voitures supplémentaires.

La stratégie viserait plutôt à établir progressivement une véritable présence industrielle en Amérique du Nord.

« Nous observons une feuille de route sur plusieurs années », explique-t-il. Après les importations viendraient les investissements manufacturiers, puis éventuellement des installations de production directement au Canada.

Selon lui, le Canada est devenu un véritable « hotspot » pour cette stratégie.

L’analyste souligne toutefois que les constructeurs chinois pourraient exiger un contrôle beaucoup plus important que ce que souhaiterait Ottawa.

Il cite notamment BYD, dont certains dirigeants auraient déjà indiqué privilégier des usines entièrement contrôlées par l’entreprise ou des acquisitions plutôt que des coentreprises avec des partenaires canadiens.

Autrement dit, les futures négociations risquent d’être particulièrement difficiles pour les fabricants canadiens.

Une pression accrue sur l’industrie nord-américaine

L’arrivée de véhicules beaucoup moins coûteux pourrait évidemment profiter aux consommateurs.

Le président de Mobilité électrique Canada, Daniel Breton, estime que cette nouvelle concurrence exercera une pression à la baisse sur les prix des véhicules électriques vendus au Canada.

Mais cette concurrence pourrait également fragiliser davantage une industrie automobile nord-américaine déjà confrontée aux coûts élevés de la transition énergétique.

Les trois grands constructeurs présents au Canada — Ford, General Motors et Stellantis — ont d’ailleurs récemment affirmé que cette ouverture du marché risquait de nuire à la production nationale.

Le président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, Brian Kingston, soutient que la Chine ne respecte pas les mêmes règles commerciales et industrielles qui ont longtemps encadré l’industrie automobile canadienne.

Des inquiétudes qui dépassent l’économie

Au-delà des emplois et de la concurrence commerciale, l’arrivée massive de véhicules chinois soulève également des préoccupations grandissantes en matière de sécurité nationale.

Les véhicules modernes sont désormais de véritables ordinateurs roulants. Ils recueillent continuellement des données sur leurs occupants : localisation GPS, habitudes de déplacement, informations provenant des téléphones cellulaires connectés, caméras, microphones, capteurs et nombreuses données télémétriques.

Ces informations peuvent théoriquement être transmises aux serveurs des fabricants.

Washington considère d’ailleurs ce risque suffisamment sérieux pour avoir adopté en 2025 une réglementation restreignant fortement l’importation de véhicules connectés liés à la Chine ou à la Russie. Les autorités américaines invoquent explicitement la possibilité de collecte de données sensibles ainsi que la capacité potentielle de certains véhicules d’être contrôlés ou désactivés à distance au moyen de mises à jour logicielles.

Ces préoccupations ne signifient pas que de tels scénarios se produiraient nécessairement au Canada, mais elles expliquent pourquoi les États-Unis abordent désormais les véhicules connectés comme un enjeu de sécurité nationale autant qu’un enjeu commercial.

Une nouvelle source de tensions avec Washington

Cette ouverture canadienne intervient également à un moment délicat dans les relations commerciales avec les États-Unis.

Plusieurs responsables de l’administration Trump ont déjà averti que le Canada pourrait « regretter » son entente avec Pékin, rappelant que les véhicules chinois ne seront pas autorisés à entrer sur le marché américain.

Or, alors que les négociations sur le renouvellement de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM/CUSMA) approchent, plusieurs observateurs craignent que la présence grandissante de constructeurs chinois au Canada ne devienne un nouveau point de friction avec Washington.

À plus long terme, certains analystes estiment même que le véritable objectif de Pékin consiste moins à conquérir immédiatement le marché canadien qu’à établir progressivement une tête de pont industrielle en Amérique du Nord, en normalisant d’abord la présence des marques chinoises auprès des consommateurs canadiens avant d’envisager d’autres étapes de développement.

Pour le Québec, qui apparaît aujourd’hui comme le marché le plus accueillant pour cette nouvelle offensive commerciale, le débat dépasse désormais largement le simple prix des véhicules électriques. Il touche également aux questions de souveraineté industrielle, de dépendance économique, de cybersécurité et aux équilibres stratégiques entre Ottawa, Washington et Pékin.

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