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Les conservateurs condamnés à l’opposition?

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Si on doit retenir un élément marquant en politique fédérale en 2026, c’est bien la majorité obtenue par le premier ministre Mark Carney. Une majorité obtenue non pas par les urnes, qui lui ont donné un gouvernement minoritaire, mais par des transfuges. Résultat : à moins de départs dans le caucus libéral et de défaites lors d’élections partielles subséquentes, il n’y aura pas de match revanche entre Pierre Poilievre et Mark Carney avant octobre 2029. À moins que le premier ministre Carney ne déclenche une élection anticipée.

Est-ce que Pierre Poilievre sera sur la ligne de départ en 2029 ? La question reste entière. Il a gagné son vote de confiance des délégués en janvier. Cependant, il ne faut pas oublier que les députés conservateurs se sont donné le pouvoir de le soumettre à un autre vote de confiance, en vertu de la loi Michael Chong, qui a été utilisée pour faire tomber l’ancien chef conservateur Erin O’Toole. Pour un parti qui se veut proche de sa base militante (grassroots), il est problématique que le caucus la contredise.

Certains affirment qu’un changement de chef réglerait la situation. La personnalité et le style de Pierre Poilievre ne sont guère populaires si on se fie au dernier baromètre de la firme Léger, qui lui donne un négatif de -38. Pourtant, plusieurs des propositions des conservateurs plaisent à l’électorat, que ce soit en matière de justice, sur le front des ressources naturelles ou contre la fameuse taxe sur le carbone.

À preuve, le premier ministre Carney dirige comme un conservateur et abroge, une à une, les politiques libérales de Justin Trudeau à la vitesse grand V. On attend le 1er juillet la proposition de pipeline du gouvernement albertain. Viendront ensuite les actions du gouvernement Carney pour accélérer le projet, non sans risque politique pour lui.

On se désole que, de l’autre côté de la frontière, la démocratie s’érode et le respect des institutions recule. Mais, au Canada, doter le cabinet, et, dans les faits, le premier ministre, du pouvoir d’approuver des projets ou d’ignorer des lois ou la science sans avoir à retourner devant le Parlement, comme on vient de le voir pour les pesticides, ne correspond pas à la définition du parlementarisme.

On ne s’offusque même pas des absences de M. Carney au parlement. On le défend et on l’excuse en disant qu’il a mieux à faire. Absent lors d’un débat d’urgence sur le Moyen-Orient ? Pas grave. Absent à la période des questions, même quand il est dans les murs du parlement et ne daigne pas descendre d’un étage ? La période des questions ne sert à rien, font valoir certains. Mais on ne dirait pas la même chose si un premier ministre conservateur faisait de même.

Au-delà de la forme, toutefois, les conservateurs ont un problème. Et il est mathématique, car ils ont un plafond. Il faut certes un chef qui plaît, mais il faut aussi que la division du vote entre les libéraux et le NPD se fasse sentir. Or, changer de chef conservateur (ou non) ne fera pas monter le NPD dans les sondages, apportant ainsi de l’eau au moulin de la fameuse théorie du gouvernement naturel libéral.

Je commence à me demander si un gouvernement conservateur, que ce soit celui de Brian Mulroney ou de Stephen Harper, n’aura été que le produit de circonstances exceptionnelles. Qu’il n’y a pas d’alternance naturelle au Canada, car l’usure du pouvoir n’affecte pas les libéraux autant que les autres.

Dans les cercles conservateurs, il y a plusieurs préoccupations. Croire qu’un chef ou une cheffe plus centriste gagnerait une course à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC) est un vœu pieux. On ne gagne pas une telle course en étant un libéral light ou un red tory.

Il y a aussi un risque réel de fracture à l’intérieur du PCC. Une course à la chefferie divise. Les conservateurs sont issus d’une coalition forgée pour aspirer au pouvoir lors de la fusion de 2003. S’ils font face à une autre défaite, après celles de 2019, 2021, 2025 et 2029, à quoi bon continuer ? Il n’est pas facile de se renouveler et d’attirer du sang neuf sans perspective de victoire, y compris à sa tête.

Le débat sur la clarté référendaire montre que, même sur des questions fondamentales touchant à l’unité du pays, les conservateurs ne parlent pas d’une seule voix. D’anciens conservateurs fédéraux sont passés dans le camp séparatiste en Alberta. Le chef conservateur évite lui-même de se prononcer sur le fameux 50 % + 1. Pourquoi ? Parce qu’à l’intérieur même du parti, il n’y a pas de consensus. On peut présumer qu’un conservateur du Québec pourrait dire qu’il est contre la loi sur la clarté de Jean Chrétien. De l’autre côté, Stephen Harper, alors député, a déjà proposé un projet de loi similaire. Cette position ne faisait pas consensus à l’intérieur de ce qu’était le Reform Party, car Preston Manning avait reconnu le 50 % + 1 comme étant la norme. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu’un ? Lucien Bouchard et la création du Bloc québécois, qui, à la base, était composé de progressistes-conservateurs.

Peut-être que la vraie question n’est pas de savoir si Pierre Poilievre est le bon chef pour les conservateurs. Peut-être que la question est plus fondamentale : le PCC peut-il encore espérer former le gouvernement dans un Canada où les libéraux semblent toujours trouver une façon de garder le pouvoir, même après une décennie d’usure ?

Je n’ai pas la réponse. Peut-être que les conservateurs rebondiront d’ici 2029. Peut-être que l’usure du pouvoir finira par rattraper Mark Carney. Peut-être aussi qu’une fois que Trump ne sera plus dans le paysage, le contexte changera.

Depuis la fusion de 2003, les conservateurs acceptent leurs différences parce qu’ils partagent un objectif commun : former le gouvernement. Mais combien de temps une coalition peut-elle demeurer unie lorsque la victoire semble toujours vouloir lui échapper ? Et lorsqu’un parti commence à douter de sa capacité à gagner, ce n’est plus seulement son chef qui est en danger, c’est la coalition elle-même.

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