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Les cabinets de conseil en pleine mutation face à la vague IA

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Des juniors qui restent sur le carreau ou des salaires gelés : l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) bouscule les cabinets de conseil, créant des opportunités mais aussi des risques pour ces entreprises qui monnaient cher leurs services.

Le secteur a été ébranlé au cœur de l’été lorsque le cabinet Deloitte a reconnu avoir utilisé de l’IA pour rédiger un rapport pour le gouvernement australien, avec à la clef des références fausses. Le cabinet, l’un des plus gros cabinets d’audit et de conseil au monde (avec McKinsey, EY, KPMG ou encore PwC), a dû rembourser une partie de ses émoluments, selon la presse australienne.

Quelques semaines plus tard, Deloitte était de nouveau mis en cause pour des hallucinations — ces erreurs factuelles ou inventions générées par les IA —, cette fois-ci dans un rapport pour une agence gouvernementale canadienne.

Ces exemples illustrent la question de l’utilisation croissante de l’IA générative par ces entreprises qui ont largement embrassé ces nouvelles technologies. Une part croissante de leur activité est même liée à l’arrivée des LLM, ces grands modèles de langage de type ChatGPT, avec selon eux des clients de plus en plus demandeurs, que ce soit pour intégrer des chatbots ou gagner en productivité.

« Tous nos clients ont intégré un futur dans lequel l’IA jouera un rôle important », explique à l’Agence France-Presse Xavier Boileau, associé de la société de conseil Oliver Wyman.

Face à la demande, les cabinets investissent pour s’adapter. L’entité technologique du Boston Consulting Group est ainsi passée d’une dizaine de salariés à 3000 en dix ans.

De là à transformer radicalement le travail demandé aux consultants ? Pour Jean-Baptiste Bouzige, le cofondateur d’Ekimetrics, une start-up qui fournit des solutions d’IA aux entreprises, les cabinets historiques doivent s’interroger sur leur valeur ajoutée.

« S’ils se disent que l’IA est là pour être plus productifs, ils vont perdre leur singularité et seront remplaçables par des outils […] ou par des gens qui auront compris que le diagnostic doit être beaucoup plus profond que ça », estime-t-il.

Les consultants juniors, qui réalisent les tâches potentiellement plus aisément remplaçables par IA — comme la recherche de références ou des synthèses de documents —, pourraient être les premiers concernés.

Outre-Atlantique, McKinsey aurait par exemple supprimé 5000 postes en cinq ans, selon des informations de presse. Interrogé par l’Agence France-Presse, ce cabinet a indiqué n’avoir pas de commentaire sur l’IA.

Le géant du conseil Accenture a, lui, expliqué dans la presse qu’il allait licencier ceux qui ne sauraient pas s’adapter rapidement, et les salaires d’embauche des consultants juniors sont au point mort, selon le Financial Times.

Hallucinations

« Comme tout le monde, on se demande un peu à quoi ressemblera le métier demain », concède Sylvain Duranton, de BCG.

« Le travail est facilité, on aura peut-être moins besoin de juniors en volume, mais on aura toujours besoin d’eux », estime François Grand, cofondateur du cabinet français Adone conseil.

Des évolutions dans les profils recrutés sont à attendre, avec moins de jeunes issus d’écoles de commerce et plus issus d’écoles d’ingénieurs. « Cela paraît inéluctable, les cabinets vont de plus en plus opérer de la technologie pour leurs clients », explique Julien Kopp, associé responsable IA chez Deloitte France.

Quant à la question cruciale des hallucinations, les cabinets affirment prendre ces risques au sérieux, d’autant plus que leurs tarifs élevés sont liés à leur réputation.

« Les IA génèrent beaucoup d’erreurs », admet Julie Caredda, associée de KPMG en France. Pour elle, la fiabilité passe dès lors « par des bonnes pratiques. Nous avons construit un environnement sécurisé dans lequel on a nos sources de données fiables, connues, validées, tamponnées, que nos équipes doivent utiliser », fait-elle valoir.

De son côté, Deloitte rappelle que seuls deux documents ont été incriminés sur « des centaines de milliers, voire des millions » de rapports publiés par le cabinet au niveau mondial chaque année.

« Par ailleurs pour ces deux cas, les passages incriminés ne changent pas les conclusions du rapport. Pour autant, cela nous incite tous, à redoubler encore de vigilance », reconnaît Julien Kopp.

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