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Le dollar n’est pas encore enterré, mais les BRICS ont commencé à mesurer la taille du cercueil.
Les BRICS veulent commercer sans passer systématiquement par le dollar
Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, rejoints par plusieurs autres économies émergentes, travaillent depuis plusieurs années à réduire leur dépendance aux infrastructures financières dominées par l’Occident.
Le nouveau rapport de BRICS+ Thinking, rédigé par Gregory T. Chin, Danny Quah et Jim O’Neill, recommande de développer un mécanisme commun permettant de régler les transactions commerciales entre pays membres.
Concrètement, une entreprise indienne pourrait plus facilement payer un fournisseur russe en roupies ou en roubles, sans devoir systématiquement utiliser le dollar comme monnaie intermédiaire.
L’objectif est économique, mais également géopolitique : réduire les coûts de transaction, faciliter les échanges et limiter la vulnérabilité aux sanctions financières américaines.
Cette orientation était déjà présente lors du sommet des BRICS organisé à New Delhi en septembre 2026, où les dirigeants avaient confirmé leur volonté de développer les règlements en monnaies nationales.
Un système de paiement plutôt qu’une monnaie unique
Les auteurs du rapport insistent sur une distinction essentielle. Les BRICS peuvent construire des outils financiers communs sans abandonner leurs monnaies nationales.
Plusieurs pistes existent : connecter les réseaux bancaires nationaux, faciliter les conversions entre devises et étudier l’interconnexion des monnaies numériques émises par les banques centrales.
Des projets comme BRICS Pay ou BRICS Bridge figurent parmi les mécanismes examinés. Leur généralisation nécessiterait cependant des accords techniques, une coopération bancaire étroite et des règles communes de sécurité.
La création d’une véritable monnaie unique poserait des difficultés autrement plus sérieuses.
Il faudrait notamment une autorité monétaire commune, une circulation plus libre des capitaux et une convertibilité suffisamment large des devises. Autant de réformes que les gouvernements concernés ne semblent pas prêts à accepter.
Les chercheurs reconnaissent d’ailleurs que les perspectives d’une monnaie commune restent peu encourageantes.
La Chine, l’Inde ou la Russie n’ont aucune envie de confier leurs décisions monétaires à une banque centrale supranationale. L’expérience européenne ne constitue manifestement pas un argument irrésistible.
Donald Trump menace les BRICS de droits de douane de 100 %
À Washington, cette volonté d’émancipation financière provoque depuis longtemps des réactions particulièrement nerveuses.
Donald Trump a régulièrement menacé d’imposer des droits de douane de 100 % aux pays des BRICS qui créeraient une monnaie commune ou soutiendraient une alternative destinée à remplacer le dollar.
Une conception assez particulière de la liberté du commerce : chacun choisit sa monnaie, tant qu’il choisit la bonne.
Ces menaces américaines contre les BRICS illustrent également l’importance stratégique du billet vert pour les États-Unis.
La domination internationale du dollar facilite le financement américain et procure à Washington un puissant levier de sanctions économiques. Depuis 2022, les restrictions financières imposées à la Russie ont renforcé l’intérêt de plusieurs États pour des circuits de paiement alternatifs.
La dédollarisation avance, mais le dollar conserve sa puissance
Le chantier financier des BRICS demeure inachevé. Les différences de réglementation, les déséquilibres commerciaux et les restrictions sur les mouvements de capitaux compliquent encore les règlements directs entre monnaies nationales.
Le dollar conserve également un avantage considérable grâce à la profondeur des marchés financiers américains et à son utilisation dans les échanges mondiaux.
Lors du sommet de septembre, les BRICS avaient donc choisi une approche progressive : améliorer les paiements internationaux avant d’envisager une éventuelle monnaie commune.
Le rapport du 30 octobre confirme cette priorité. Aucun système commun entièrement opérationnel n’a été annoncé. Mais les travaux se poursuivent pour permettre aux pays membres de commercer davantage sans utiliser systématiquement la devise américaine.


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