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Comment arriver à trancher le vrai du faux sur tout ce que l'on peut lire et entendre sur le climat ? Répondre à cette question essentielle était justement l'objet d'une table ronde, organisée par le Forum International de la Météo et du Climat, le 11 octobre dernier, à l'Académie du Climat, à Paris, à laquelle j'ai participé. Quatre intervenants aux regards complémentaires étaient présents pour en débattre, deux chercheuses spécialistes du traitement de l'information climatique, et deux journalistes présentateurs météo bien connus du grand public.
????️ Comment informer juste face au changement climatique ?
Débat « Météo et Climat : dire vrai, informer juste »
???? Karine Durand (journaliste)
???? Louis Bodin (TF1, RTL)
???? Myriam Seurat (FTV)
???? Cécile Maguin (LSCE-IPSL)
????Amandine Richaud-Crambes (ADEME)
L'importance des mots utilisés
En matière de fausses informations, deux thèmes se hissent en haut du podium, à la fois dans les médias, et sur les réseaux sociaux : le climat (et plus largement l'écologie) et la santé. Comme l'explique Amandine Richaud-Crambes, chercheuse spécialiste de l'écologie, du climat, de la politique et du féminisme intersectionnel à l'Ademe, il faut distinguer deux comportements différents en ce qui concerne les fake news : « la désinformation, lorsque c'est fait de manière volontaire ; et la mésinformation, lorsque c'est lié à des erreurs et des oublis involontaires ».
Malgré l'abondance de faits erronés qui circulent, impossible à quantifier sur les réseaux sociaux (contrairement aux médias traditionnels qui sont analysés), nous explique la chercheuse de l'Ademe, les Français ne remettent pas en cause, pour la majorité, la réalité du réchauffement climatique et son origine : « de manière surprenante, ce qui revient le plus, ce n'est pas tant de la désinformation sur le changement climatique et ses causes, c'est plutôt de la désinformation ou de la mésinformation sur les solutions pour lutter contre le changement climatique, notamment sur les énergies avec des chiffres faux, sur les énergies renouvelables, sur la mobilité qui représente une grande partie des cas de désinformation », précise Cécile Maguin, ingénieur recherche au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE - IPSL), mais aussi experte sur la désinformation climatique dans les médias français et sur les biais cognitifs associés pour l'ONG Science Feedback. Un constat confirmé par l'Ademe : « c'est vraiment la façon dont on met en œuvre la transition écologique qui fait l'objet de désinformation. Il y a beaucoup d'opinions dans les discours ».
Cependant, lorsque les choses sont bien expliquées, les Français ne sont pas dupes : « la dernière édition du baromètre de l’Ademe a révélé qu'une information a plus de valeur pour 78 % des Français lorsqu'elle est validée scientifiquement », annonce Amandine Richaud-Crambes. Encore faut-il trouver les mots justes pour parler de climat et de solutions au réchauffement.
C'est désormais l'un des nouveaux rôles des journalistes présentateurs météo, comme l'expliquent Myriam Seurat, journaliste météo-climat à France Télévisions, et Louis Bodin, ingénieur-météorologiste, prévisionniste et présentateur météo à TF1 et chef du service météo de RTL. Les bulletins météo comportent un vocabulaire très répétitif, mais qui « a évolué avec le changement climatique » indique Myriam Seurat. « Je préfère utiliser le terme "un temps sec et lumineux" plutôt que "beau temps". J'essaye d'être factuelle, tout en restant chaleureuse, je suis dans la même galère que le public face au changement climatique ».
De son côté, Louis Bodin l'admet, « mon vocabulaire a totalement changé », citant l'exemple de la canicule historique de 2003 pendant laquelle il avoue avoir utilisé des termes plutôt positifs pour décrire le temps chaud et ensoleillé, en « oubliant ceux qui en souffraient le plus ». De nos jours, il faut être « factuel et pédagogique », insiste-t-il.
La désinformation sur la science climatique n'est pas si répandue en France, mais celle sur la transition écologique est très présente. © denisismagilov, Adobe Stock
Les biais cognitifs nous jouent tous des tours
Pourquoi une information fausse ou trompeuse sur le climat peut-elle parfois être plus convaincante qu'une explication scientifiquement correcte ? Les différents biais cognitifs « nous jouent des tours », constate Cécile Maguin du LSCE. « Il y a tout d'abord un biais émotionnel, le fait de présenter une information de manière très émotionnelle. Puis il peut y avoir un biais de confirmation, lorsqu'on reçoit une information qui va dans le sens de la croyance qu'on a déjà, nous avons plus tendance à l'accepter. Et il y aussi le biais de l'exposition, l'effet martelage, lorsqu'on voit passer une information en boucle, on finit par l'intégrer ».
Alors que la France étouffe sous une nouvelle canicule historique, une partie des médias a trouvé son coupable idéal à 15 000 kilomètres de nous : El Niño. Faut-il vraiment craindre un été extrême en Europe à cause de ce qui se trame dans le Pacifique ? La réponse de la science est sans ambiguïté.... Lire la suite
Le problème des algorithmes a également été souligné : un algorithme qui nous montre toujours des contenus correspondant à nos convictions finit par modifier notre perception de ce qui est vrai. « Les algorithmes des réseaux sociaux sont faits pour nous garder le plus longtemps sur les réseaux, et ce qui marche pour garder l'attention des gens, ce sont des choses émotionnelles : du contenu qui va renforcer les chambres d'écho, des espèces de bulles sur les réseaux, de personnes qui propagent l'information ou la désinformation en répondant au contenu et en le partageant, explique Cécile Maguin. On ne se rend pas forcément compte qu'on se retrouve pris au piège dans une chambre d'écho et que l'on retrouve tout le temps les mêmes opinions, sans contradiction, sans nuance ».
Poser des questions à l'IA, oui, mais de la bonne manière
De plus en plus, un autre vecteur d'information s'impose, notamment pour les questions climatiques : l'Intelligence Artificielle, IA. Aucun des deux présentateurs météo n'utilise pas l’IA pour rédiger ses sujets météo et climat, mais le grand public, lui, interroge de plus en plus les chatbots : « attention aux hallucinations de l'IA, quand celle-ci donne des informations inventées et invente même des sources », rappelle Amandine Richaud-Crambes.
« Les études montrent que les gens font extrêmement confiance aux textes de l'IA. Je vais être un peu plus positive, utiliser des chatbots IA peut être efficace pour permettre aux gens de sortir de leurs chambres d'échos car l'information est transversale avec de multiples sources. Mais il faut bien savoir poser les questions, par exemple en lui demandant "donne-moi des sources fiables et nombreuses", en le mettant dans un personnage, "tu es un fact checker rigoureux, nuance-moi le propos et ne soit pas forcément d'accord avec moi", car l'IA a souvent tendance à être d'accord avec moi et ne pas hésiter à cliquer sur les sources pour plus de détails et de nuances », précise Cécile Maguin.
Des ressources comme Ademe décode, pour vérifier l'information, et AFP factuel, qui décrypte toutes les fake news quel que soit le sujet, sont aussi de bons supports selon la spécialiste de l'Ademe.
À l'heure où les algorithmes des réseaux sociaux et l'intelligence artificielle brouillent parfois les frontières entre le vrai et le faux, une certitude demeure : face à la désinformation climatique, l'esprit critique, y compris sur ses propres croyances, et la vérification des sources, restent nos meilleurs alliés.


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