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Les beaux malaises de «Violon 2026»

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La décision du Concours musical international de Montréal (CMIM) de consacrer le violoniste japonais Koshiro Takeuchi, élève à la Manhattan School of Music de Lucie Robert, présidente du jury, soulève un profond malaise dans les milieux classiques.

La diffusion du palmarès du CMIM 2026, consacré au violon, a immédiatement engendré une succession de réactions en ligne. Sur le blogue de musique classique le plus lu dans le monde, Slipped Disc, animé par Norman Lebrecht, les liens établis entre la présidente du jury et le lauréat, Koshiro Takeuchi, ont suscité de nombreux commentaires dès vendredi, avant que Lebrecht lui-même revienne, ce lundi, en prenant nommément en exemple les concours de Montréal et de Singapour pour pointer les risques, selon lui, de résurgence de la mainmise des vedettes de l’enseignement supérieur dans le domaine des compétitions de violon.

Mesures

Ce problème est vu comme un chiffon rouge depuis des décennies par ceux qui contestent la légitimité et validité des concours. La biographie de Takeuchi dans le programme du CMIM ne cache certes rien du lien.

Jointe vendredi après-midi, Chantal Poulin, directrice du CMIM, affronte la question avec sérénité : « Dès le départ, on savait que plusieurs élèves de Lucie Robert s’étaient inscrits. Ce n’est pas inusité que des élèves de membres du jury concourent. C’est quand même inusité que ce soit l’élève d’un président. Shira Gilbert [directrice artistique], Lucie et moi, on s’est dit que ce serait dommage de priver un jeune de sa participation parce que la présidente était son professeur. Alors, on a révisé la façon de procéder. Au concours, le président du jury ne vote jamais. On appelle ça délibération, mais on devrait plutôt appeler ça compilation, puisque tous les membres du jury votent chacun individuellement. Après ça, les votes sont compilés et la présidente du jury s’assure que tout se déroule en conformité avec le règlement. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, pas de pression et que tout se déroule bien, cette année — c’est la première fois que ça se fait —, tous les votes étaient confidentiels, afin que Lucie ne soit pas informée de qui avait voté ou non pour son élève. »

Pour s’assurer de la solidité de ces balises, Chantal Poulin et la responsable des services financiers supervisaient le processus dans la salle de vote. L’assurance d’une probité sans faille était d’autant plus importante que l’édition 2026 avait un attrait très particulier : l’ajout, parmi les prix, du prêt de trois ans par la Fondation Canimex d’un violon Giuseppe Guarneri del Gesù, un instrument exceptionnel.

Direction

Dans les faits, le succès est encore plus flamboyant pour la Manhattan School of Music, où travaille la professeure Lucie Robert, puisque Koichiro Harada, fondateur et premier violon du célèbre Quatuor de Tokyo (Tokyo String Quartet) de 1969 à 1981, y est impliqué et collabore avec elle de longue date. Harada, qui partageait les bancs du jury de l’édition montréalaise « Violon 2023 » avec Lucie Robert, est, au Japon, le professeur du lauréat Koshiro Takeuchi et de sa dauphine Sara Watanabe.

Dans le cadre de notre entretien avant la tenue du concours, la directrice artistique, Shira Gilbert, tenait à souligner le « rôle consultatif important » de Lucie Robert en appui de la direction. « C’était essentiel d’avoir Lucie avec moi pour toute la planification de l’édition, d’avoir ses conseils concernant le répertoire, le choix du jury. On fait les choix ici, avec Chantal, mais c’était comme la conseillère, souffle inspirant », nous avait dit Shira Gilbert le 21 mai dernier.

Les professeurs de violon membres du jury étaient-ils donc redevables de leur présence à Montréal à la présidente/conseillère ? Chantal Poulin relativisait ce point, vendredi : « La décision d’inviter ou non tel membre du jury, c’est Shira Gilbert qui fait ça. Ce n’est pas Lucie Robert qui a composé le jury, c’est bien Shira, sur des listes établies à partir de demandes. Je continue à croire que ce jury a été bien formé, de façon adéquate. Je les ai vus travailler avec beaucoup d’attention, de façon très consciencieuse. Je ne remets pas du tout en question l’équité de fonctionnement. »

La présidence du jury a été assumée historiquement par le cofondateur André Bourbeau, puis, après sa disparition, par l’administrateur d’orchestres Zarin Mehta. Le président était alors une autorité morale. Chantal Poulin voit un avantage à avoir à cette place un professionnel. « Quand arrivait un moment de bris d’égalité [il n’y en a pas eu cette année], ça posait problème que la personne ne soit pas issue de la discipline et n’aie pas de notion adéquate pour pouvoir juger. » Le Devoir s’est renseigné sur le modus operandi d’antan. En cas d’égalité, André Bourbeau faisait simplement revoter le jury pour départager spécifiquement les deux candidats concernés.

Ancien directeur général et artistique du CMIM à ses débuts, Jacques Marquis se souvient que dans l’identité du concours, chère aux pères fondateurs André Bourbeau et Joseph Rouleau, il y avait « la volonté d’éviter d’avoir trop de professeurs dans les jurys, notamment les professeurs qui faisaient la “tournée des concours” », venant avec des idées préconçues sur les candidats. « Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que dans un jury de sept membres [comme à Montréal], il suffit de deux personnes pour faire virer un vote. C’est une source de conflits potentiels. Quand on en a 9 ou 11, cela fait une grosse différence », analyse l’actuel président et directeur général de la Fondation Cliburn et du concours Van-Cliburn, au Texas.

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