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Leahain Malcolm est bien criminellement responsable du meurtre de son mari

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La juge au procès de Leahain Malcolm a statué, jeudi, qu'il est criminellement responsable du meurtre de son mari en 2021 à Toronto, contrairement à ce qu'avançait la défense. L'individu a donc été reconnu coupable du meurtre non prémédité de Rupert Brown. Il avait plaidé non coupable à l'ouverture de son procès sans jury l'an dernier.

La Couronne et la défense s'entendaient pour dire que Leahain Malcolm est bien celui qui a tué son mari, mais la défense soutenait que son client ne pouvait être tenu criminellement responsable du meurtre à cause de son état de santé mentale à l'époque.

Photo de Leahain Malcolm devant les chutes du Niagara.

L'acusé, Leahain Malcolm, avait visité les chutes du Niagara à une date indéterminée peu après son arrivée au Canada.

Photo : Facebook

L'individu avait poignardé Rupert Brown dans la nuit du 27 février 2021 dans leur logement. Les deux hommes d'origine jamaïcaine avaient demandé le statut de réfugié au Canada en 2020.

La victime de 38 ans était médecin et l'accusé de 33 ans est avocat de formation, mais ils ne travaillaient pas dans leur domaine dans la métropole, où ils vivaient ensemble depuis 5 ans.

Le procès avait montré que Leahain Malcolm avait appelé le 911 pour expliquer à la répartitrice qu'il entendait des voix qui lui disaient que son époux était le démon et qu'il devait le tuer s'il ne voulait pas être tué avant.

Verdict succinct de la juge

Dans son jugement, la juge Heather McArthur, de la Cour supérieure de l'Ontario, parle d'une cause judiciaire complexe.

Elle affirme qu'elle ne peut se fier que sur les preuves qui ont été jugées admissibles durant le procès (NDLR: l'appel au 911 et le rapport médical de CAMH notamment).

La juge rappelle que les déclarations de l'accusé au poste de police ne sont pas valables, ainsi que certains propos des psychiatres, qui reposent sur des preuves par ouï-dire.

Elle concède que Leahain Malcolm souffrait bien d'une maladie mentale lorsqu'il a composé le 911, parce qu'il entendait des voix qui lui ordonnaient de tuer son conjoint.

Le fardeau de la preuve incombait à la défense de montrer que son client n'était pas criminellement responsable.

Je partage l'avis de la défense selon lequel Leahain Malcolm a fait preuve d'un calme étrange et qu'il était en crise lors de l'appel téléphonique, déclare la magistrate qui qualifie d'injustes et arbitraires les propos de la psychiatre de la Couronne à ce sujet.

La défense a réussi à démontrer que M. Malcolm délirait et qu'il était victime d'hallucinations, poursuit-elle.

Elle soutient néanmoins que la défense n'a pu prouver, par la prépondérance des probabilités, que l'accusé ne comprenait pas en revanche que ce qu'il faisait était moralement répréhensible.

Lehain Malcolm était également en mesure de comprendre la nature de son geste et les conséquences de ses actions, dit-elle.

La juge rappelle que l'accusé n'a pas voulu témoigner lors du procès, ce qui ne lui permet pas de comprendre le mobile du meurtre et l'état dans lequel il se trouvait cette nuit-là.

Après avoir rejeté la thèse sur la non-responsabilité criminelle, elle a enfin donné raison à la Couronne qui a réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable l'intention criminelle de l'accusé.

M. Malcolm savait qu'il était en train de poignarder son conjoint, il savait qu'il était en train de le blesser et il comprenait que ces blessures pouvaient causer sa mort, mais il a continué à le poignarder à maintes reprises avec insouciance, conclut-elle en rejetant la possibilité d'un verdict de culpabilité pour une accusation réduite d'homicide involontaire.

Plaidoyer de la défense

L'avocat Craig Bottomley disait que son client devait être reconnu non criminellement responsable, parce qu'il ne savait pas que son geste était moralement répréhensible à cause de l'état mental dans lequel il se trouvait avant, durant et juste après le meurtre.

Me Bottomley avait convoqué deux psychiatres qui avaient mentionné que son client était atteint d'une forme de psychose et que la schizophrénie ne pouvait être écartée à l'époque des faits reprochés.

La Dre Lisa Ramshaw avait précisé que Leahain Malcolm était probablement atteint d'une psychose sous-jacente lorsqu'il a assassiné son mari.

Le Dr Derek Pallandi avait déclaré que l'accusé traversait un épisode psychotique au moment du meurtre et que ses troubles mentaux l'ont probablement empêché de comprendre que ce qu'il faisait était moralement mal.

Leahain Malcolm mis en joue par la police.

L'agent Moore met en joue Leahain Malcolm vers 3h30 du matin le 27 février 2021 juste à l'extérieur de l'appartement de l'accusé et de la victime.

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Me Bottomley avait rappelé que la victime avait été assassinée de façon horrible, qu'elle avait été poignardée à 35 reprises et que l'attaque n'avait pas été provoquée.

L'avocat avait ainsi suggéré qu'il fallait être malade mentalement pour avoir commis un crime aussi violent.

Il avait souligné que son client avait affiché un calme inhabituel à son arrestation, parce qu'il ne percevait pas la réalité qui l'entourait.

Me Bottomley avait relevé que son client avait confessé en détention aux psychiatres qu'il était dépendant au cannabis et aux méthamphétamines.

Un policier illumine avec une lampe de poche la chambre du couple.

Les policiers découvre le corps de Rupert Brown sur le plancher de la chambre du couple.

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Le Dr Pallandi avait confirmé durant le procès que l'accusé était toxicomane et que ses épisodes psychotiques auraient pu être déclenchés par la consommation de méthamphétamine en cristaux ou de crack ou encore par une situation de stress épuisant.

Leahain Malcolm avait des problèmes maritaux, il avait failli aboutir dans la rue, il faisait face à l'expulsion du pays et il était confiné durant la pandémie.

Il était en plus au chômage, puisque le Barreau ontarien n'a jamais reconnu son permis de pratique jamaïcain.

La Dre Ramshaw avait aussi conclu qu'un état de psychose jumelé à un usage de drogues et au stress aurait pu expliquer le geste de l'accusé.

Réquisitoire de la Couronne

La procureure Brady Donohue croyait au contraire que Leahain Malcolm est bien criminellement responsable du crime, bien qu'il soit atteint d'un trouble mental dû à la consommation de drogues.

Ça ne l'a toutefois pas empêché, selon selon elle, de comprendre que son geste était moralement répréhensible.

La psychiatre de la Couronne, Dre Alina Iosif, avait soutenu au procès que l'accusé savait très bien ce qu’il faisait lorsqu'il s'est attaqué à son mari.

Elle avait affirmé que l'individu n'était pas schizophrène, ni atteint d'un grave trouble de dépression, ni de troubles psychiatriques épisodiques, mais plutôt d'un trouble psychotique induit par l'accoutumance aux drogues.

Leahain Malcolm devant une auto-patrouille de police.

L'accusé, Leahain Malcolm, est emmené au poste de police dans une auto-patrouille quelques minutes après son arrestation le 27 février 2021.

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Me Donohue avait néanmoins demandé à la juge de ne pas admettre en preuve l'interrogatoire de police, parce que les informations qui en étaient ressorties n'étaient pas fiables au sens de la loi.

Lehain Malcolm avait expliqué aux policiers qu'il entendait des voix, dont celle du premier ministre de l'époque, Justin Trudeau.

Des propos que la Couronne avait rejetés, puisque l'accusé avait lui-même décrit ses symptômes aux détectives.

Me Donohue avait mentionné que les deux psychiatres de la défense s'étaient fiés aux déclarations du prévenu au poste et qu'ils n'ont donc pas pu s'appuyer sur des faits pour appuyer les prétentions de l'accusé.

Vue extérieure d'un immeuble à logements.

L'appartement de la victime était situé au troisième étage de cet immeuble à logements dans l'ouest de Toronto.

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Elle affirmait par ailleurs que l'accusé avait fait semblant de ne pas se souvenir de ce qui s'était passé la nuit du meurtre et qu'il avait exagéré ses symptômes dans ses entrevues avec les psychiatres.

La Dre Iosif avait d'ailleurs suggéré à ce sujet que l'accusé aurait pu faire semblant d'être malade la nuit de son arrestation, parce qu'il avait déjà traversé des psychoses dans le passé et qu'il en connaissait tous les attributs pour en parler aux policiers ou aux psychiatres en détention.

La procureure avait enfin rappelé que le passé d'avocat de l'accusé lui permettait de comprendre la loi sur la non responsabilité criminelle et qu'il a utilisé son expérience pour échapper à la justice.

Les parties devront se retrouver en cour le 20 mars pour fixer une date pour l'audience sur la détermination de la peine du meurtrier.

La Couronne a déjà fait savoir qu'elle compterait lire des déclarations de la famille de Rupert Brown en Jamaïque.

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