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Avec ses bâtiments ancestraux en briques et son vieux chemin de fer, la petite ville de Richmond, en Estrie, évoque davantage le patrimoine que la technologie. Pourtant, c’est là, sur les rives verdoyantes de la rivière Saint-François, que Sarah Doyon et Gabriel Rolland ont choisi de s’établir et de fonder leur propre studio de jeux vidéo, Misstic Studio.
Le petit studio indépendant, établi à même le domicile du couple, fait partie de la dizaine d’entreprises de jeux vidéo installées dans la grande région de Sherbrooke.
Après avoir lancé en 2024 Sunrise’s Order, un jeu de simulation de ferme, le duo travaille présentement sur Craftiny, qui, dans un style évoquant les animés japonais, permet de gérer virtuellement une entreprise de créations artisanales.
« Un peu comme sur la plateforme Etsy, explique Sarah Doyon, qui assume la direction artistique de Misstic. Notre public cible, ce sont les femmes qui aiment faire des choses de leurs mains, du crochet, de la poterie, etc. C’est quelque chose qu’on ne trouvait pas comme thématique dans l’univers du jeu vidéo. »
La jeune femme formée en graphisme est bien placée pour témoigner du développement d’une industrie du jeu vidéo en Estrie.
Depuis 2024, elle est vice-présidente de La Confrindie (contraction entre confrérie et « indie »), organisme qui a pour but d’animer et de représenter la scène locale vidéoludique.
« Les événements ont toujours lieu à Montréal et à Québec. On trouvait qu’il y avait beaucoup de monde à Sherbrooke qui s’intéressait aux jeux vidéo, mais qu’il n’y avait rien pour eux », soutient Sarah Doyon.
L’OBNL organise des événements de réseautage et de développement qui peuvent attirer jusqu’à 100 personnes : professionnels, étudiants et amateurs de jeux vidéo.
Lentement mais sûrement, un écosystème est en train de naître autour de l’industrie.
« Le but, c’est de se réunir, d’échanger sur notre réalité, de partager nos expériences et nos astuces, d’aider les étudiants à trouver une porte d’entrée dans le domaine. Bref, on veut animer la communauté. »
Gamer des villes et gamer des champs
Selon les chiffres de la Guilde du jeu vidéo du Québec, 35 % des nouvelles entreprises apparues dans le domaine depuis 2018 sont installées à l’extérieur de l’île de Montréal.
« La régionalisation a été d’abord lancée lors de l’installation de grandes entreprises dans différentes régions. Les indépendants ont émergé par la suite », explique Émilien Roscanu, directeur des communications de la Guilde.
Ubisoft a donné le ton en s’installant à Saguenay, en 2018, puis à Sherbrooke, en 2022.
Pour qu’un écosystème régional naisse, il faut de gros studios, mais aussi de la « formation locale et de la formation continue » adaptées aux besoins de l’industrie, ajoute Émilien Roscanu.
En Estrie, le géant français a attiré dans son sillon l’école de création 3D NAD, affiliée à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), installée au centre-ville. L’Université de Sherbrooke est également devenue un pôle important de développement.
« Ubisoft emploie beaucoup de gens, mais ne peut pas employer tout le monde. Tous les autres studios, on est indépendants », précise Sarah Doyon, en parlant d’autres studios estriens, comme Lucid Dreams ou Erupting Avocado.
À des années-lumière des moyens des studios dits AAA, les indépendants peuvent trouver en région un terreau fertile pour s’épanouir, croit Émilien Roscanu.
« Ça peut être un avantage de s’installer à l’extérieur des centres pour lancer une entreprise indépendante. Souvent, il y a du soutien régional à l’entrepreneuriat qui peut être avantageux, des endroits mis à la disposition des entrepreneurs, des hubs d’incubation, etc. Le coût de la vie est aussi un peu moins élevé qu’à Montréal ou à Québec. »
À l’inverse, il est plus difficile d’y recruter une main-d’œuvre qualifiée et, surtout, expérimentée.
« En jeu vidéo, tout le monde s’arrache les employés seniors. Donc c’est sûr qu’ils vont là où il y a plus d’emplois pour eux. C’est difficile de les attirer en région », estime Émilien Roscanu.
Rêves de grandeur
Même s’ils ne sont pas encore capables de vivre de leur passion du jeu vidéo, les artisans de Misstic Studio ont choisi de s’investir pleinement dans leur projet Craftiny, dont une première démo devrait voir le jour en 2027.
« On aimerait vivre de nos jeux, mais on ne veut pas être naïfs non plus. C’est très compliqué d’y arriver pour des indépendants. Mais c’est notre objectif à long terme », souligne Sarah Doyon.
En attendant de produire le prochain titre à succès, l’entrepreneuse rêve aussi de voir la scène grandir et prospérer.
« L’un de nos buts, c’est de pouvoir développer Sherbrooke comme un pôle important du jeu vidéo au Québec, explique-t-elle. On aimerait que, dans les prochaines années, les gens qui obtiennent leur diplôme à Sherbrooke et qui veulent rester dans la région soient en mesure de se trouver un emploi à Sherbrooke, qu’ils n’aient pas à aller à Montréal ou à Québec. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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