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Une opération militaire américaine à Caracas a évincé le président socialiste autoritaire, Nicolás Maduro, plongeant le Venezuela dans une période d’incertitude. Le président américain entend « diriger » la transition au pays, mais celle-ci risque de s’avérer complexe, selon les experts rencontrés par Le Devoir.
« C’est un peu risquer de penser que le régime va se transformer et va pouvoir mener le pays vers des élections inclusives, transparentes et libres », a affirmé d’emblée Jorge Lazo Cividanes, professeur en études politiques à l’Université d’Ottawa, en entrevue avec Le Devoir. Il fait valoir que le régime de Maduro n’est pas suffisamment fragilisé de l’intérieur pour laisser place à un autre mouvement. « Je suis sceptique », a-t-il répété plusieurs fois.
« Le Venezuela doit retrouver sa propre gouvernance », a quant à lui insisté Vladyslav Lanovoy, professeur de droit international à l’Université Laval. Selon lui, une occupation militaire par les États-Unis, « serait tragique » pour le pays d’Amérique latine. « Une présence militaire externe n’a jamais débouché sur une amélioration des conditions de vie », a-t-il dit en évoquant l’Irak et l’Afghanistan.
Le président vénézuélien, qui était au pouvoir depuis 2013, et son épouse Cilia Flores ont été capturés dans la nuit de vendredi à samedi par les forces américaines après des frappes sur Caracas et ses environs, et des mois de pression militaire des États-Unis en mer des Caraïbes. Ils sont maintenant détenus dans une prison de New York et devront comparaître lundi midi, pour répondre à des accusations de « narcoterrorisme » et d’importation de cocaïne aux États-Unis.
Transition
« Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse », a déclaré Donald Trump lors d’une conférence de presse en Floride samedi, sans préciser comment les États-Unis allaient procéder, ajoutant qu’il serait prêt à y dépêcher des troupes au sol et y lancer une « seconde vague » d’attaques.
« Il est difficile d’envisager une transition conforme à ce que Trump a proposé, qui revient essentiellement à brader les ressources naturelles du Venezuela », a souligné Donald Kingsbury, professeur adjoint en sciences politiques à l’Université de Toronto qui étudie les dynamiques politiques en Amérique latine.
La Cour suprême du Venezuela a confié samedi l’intérim du pouvoir à Delcy Rodriguez, la vice-présidente, mais n’a pas déclaré que M. Maduro avait quitté définitivement, ce qui aurait déclenché une élection présidentielle anticipée sous 30 jours.
M. Kingsbury formule deux hypothèses pour la suite des événements : soit Mme Rodriguez et les États-Unis font en sorte d’organiser une réelle transition vers un gouvernement non-chaviste, ou alors l’opposition tente de s’emparer du pouvoir, mais cette deuxième option lui paraît être la moins probable.
Selon lui, l’opposition n’est pas « un groupe de personnes unies par une idéologie commune », mais plutôt « un ensemble de personnalités qui souhaitent devenir président », dont une majorité a fui le pays. Il ajoute également que le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, l’une des personnes les plus puissantes au pays, n’abandonnerait jamais le pouvoir à l’opposition sans se battre.
Dans tous les cas, « le danger pour le Venezuela réside dans le fait que les deux options risquent d’entraîner une vente massive des ressources vénézuéliennes », a-t-il avancé.
Les prochains jours risquent d’être déterminants pour le pays, alors que la transition s’annonce déjà difficile. Dimanche, Trump a menacé, Mme Rodriguez, désormais dirigeante par intérim du Venezuela, d’un sort pire que celui réservé à Nicolás Maduro.
D’autres pays dans le viseur de Trump
Selon M. Lanovoy, rien n’empêcherait les États-Unis de s’attaquer ensuite à d’autres pays d’Amérique latine. « Rien n’est à exclure aujourd’hui », a insisté M. Lanovoy.
Samedi, Donald Trump a conseillé à son homologue colombien, Gustavo Petro, de « faire gaffe à ses fesses », après avoir affirmé que tout pays produisant de la cocaïne vendue aux États-Unis était « susceptible d’être attaqué ».
Cuba est également dans la ligne de mire du gouvernement américain. « Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais au moins un peu inquiet », a déclaré samedi Marco Rubio, le secrétaire d’État, lors de la même conférence de presse.
À l’instar de nombreux experts, M. Lanovoy considère que cette « attaque » constitue une violation grave du droit international. Il souligne également que les agissements des grandes puissances militaires sont observés « avec attention » par leurs pairs. Dans cette perspective, il avance que l’intervention des États-Unis, tout comme l’offensive russe en Ukraine, pourrait par exemple inspirer la Chine à concrétiser ses menaces à l’égard de Taïwan.
Pour M. Lazo Cividanes, cette intervention montre « clairement l’ambition des États-Unis de regagner son influence en Amérique latine ». Il ne partage pas forcément l’avis de son confrère concernant de futures attaques sur d’autres pays du continent, « mais les Américains ont des ambitions géopolitiques et [veulent] certainement devenir un acteur influent du continent, comme ils l’ont toujours été ».
Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se rassembler lundi matin, à la demande du Venezuela.
Avec l’Agence France-Presse


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