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Le troisième lien, une «patate chaude» pour la suite de la CAQ

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Le troisième lien survivra-t-il au départ annoncé du premier ministre François Legault ? Maintenant qu’une course à la chefferie se profile à l’horizon de la CAQ, cette promesse maintes fois répétée, mais jamais encore livrée, pourrait constituer une pomme de discorde au sein du parti.

La personne qui prendra les commandes de la CAQ devra inévitablement prendre position sur le troisième lien et répondre à la célèbre question posée par Plastic Bertrand : stop ou encore ?

« Ça va être un peu la patate chaude de cette course au leadership », croit Thierry Giasson, professeur au Département de science politique de l’Université Laval. « J’ai l’impression que ça va être la grande casserole que personne ne pourra éviter. »

Il y a, parmi les prétendants évoqués à la succession de François Legault, des prophètes de la première heure du troisième lien. Le nom des ministres Bernard Drainville, Geneviève Guilbault et Jean-François Simard circule abondamment et aucun, jusqu’à maintenant, n’a fermé la porte à succéder au premier ministre.

Ce camp risque de maintenir la posture que la CAQ a toujours défendue au gré des moutures et des volte-face qui ont émaillé la saga du troisième lien.

« Moi, je vais continuer à me battre pour ce projet-là, comme je me suis toujours battu », a d’ailleurs confirmé jeudi Bernard Drainville, ministre de l’Environnement et député de Lévis. « Je vais faire tout mon possible pour que le candidat que j’appuierai se prononce en faveur d’un troisième lien », a renchéri Jean-François Simard, son collègue aux Ressources naturelles. « On continue ; on est trop avancé pour reculer. »

Geneviève Guilbault, de son côté, a porté le dossier lors de son passage au ministère des Transports. « Je pense que ç’a énormément miné son image et sa marque », tranche M. Giasson. « Elle pourrait tenter de s’en distancier, mais ça révélerait les contradictions profondes de ce parti-là. Encore récemment, elle promettait de rendre le troisième lien irréversible avant les prochaines élections. Je ne la vois donc pas proposer une nouvelle volte-face quand elle a déjà payé le prix fort pour ces allers-retours. »

D’autres candidats pressentis à la succession de François Legault pourraient toutefois décider de tirer un trait sur le troisième lien et arracher une fois pour toutes cette épine du pied du parti. Christine Fréchette, l’actuelle ministre de l’Économie et de l’Énergie ; Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice ; et Sonia LeBel, ministre de l’Éducation et ancienne présidente du Conseil du trésor, n’ont jamais monté aux barricades pour appuyer le troisième lien.

« Je ne serais pas surpris s’il y a des gens qui disent qu’il y a d’autres missions plus importantes et qui ne veulent pas engager des milliards de dollars dans un projet qu’aucune étude, faut-il le rappeler, ne vient appuyer. »

« Les travaux avancent »

Pour le moment, le ministre des Transports entend respecter l’échéancier et dévoiler avant la fin de l’hiver le tracé définitif et la fourchette budgétaire accolée au projet. « Les travaux avancent », a assuré Jonatan Julien dans une déclaration.

Au sein même du caucus, toutefois, la défense tous azimuts du troisième lien ne fait pas l’unanimité. Certains députés le voient comme un boulet ; d’autres, surtout élus dans des circonscriptions où une majorité de la population le réclame, estiment que leur survie politique en dépend.

« Il y a un calcul à faire : est-ce que ça vaut la peine de ménager une partie des militants et des électeurs de la région de Québec ou est-ce que la CAQ a déjà perdu ces militants et ces électeurs ? Je pense que si on arrive à la réflexion qu’on les a peut-être déjà perdus parce qu’ils vont voter pour les conservateurs ou pour le Parti québécois, on a peut-être un peu plus les coudées franches pour faire un vrai exercice de repositionnement du parti à l’occasion de la course au leadership. »

La personne qui prendra le gouvernail du parti — et, par le fait même, du Québec — n’aura d’autre choix que de marquer une certaine rupture par rapport aux sept dernières années, croit Thierry Giasson. L’abandon du troisième lien pourrait donc envoyer un « signal » positif.

« La marque Coalition avenir Québec sous François Legault, c’est une marque qui est brûlée », estime le professeur de l’Université Laval. « Si le parti veut repartir sa machine et reconnecter avec l’électorat, il doit redéfinir sa marque — il ne peut donc pas présenter la même mouture ou un succédané de la Coalition avenir Québec que nous connaissons depuis sept ans. L’abandon du troisième lien, dans ce contexte, ça pourrait être un pas dans la bonne direction. »

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