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Le Trident et la Marine française contre le Shtandart, barque pétrovienne

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Le 5 mars 2026, les trois préfets maritimes français ont signé un arrêté interdisant au Shtandart, réplique d’un navire historique russe, l’accès aux ports et le mouillage dans les eaux françaises. Cette décision intervient après plusieurs années de controverses et de mobilisations, alors que le navire avait continué ses activités malgré les sanctions européennes adoptées dans le contexte de la guerre en Ukraine.

L'article original a été publié sur le blog Medium de Bernard Grua

Русский военный корабль, иди на хуй !

Depuis 2022, la mobilisation de la société civile ukrainienne et de sa diaspora à travers l’Europe n’a cessé de dénoncer la présence du Shtandart, cheval de Troie de l’ingérence russe.

Elle s’insurgeait contre l’instrumentalisation de cette réplique de la première frégate de Pierre le Grand comme outil de soft power - voire de sharp power - et de guerre hybride. Mais personne, dans un État de droit, n’aurait pu envisager que la bataille allait durer si longtemps.

Enfin, le 5 mars 2026, la Marine nationale bouscule l’appareil d’État.
Le Shtandart n’a plus de port sûr.
Plus d'abris.
Plus de répit.

Les trois préfets maritimes français signent l’arrêté qui met un terme à près de quatre années d’errance administrative. Grâce à eux, la France s'aligne sur l’Europe.

Ils ferment la porte aux tergiversations et à la complaisance dédiées aux intérêts russes du navire.

Kaliningrad atlantique” — une tête de pont russe à la pointe de l’Europe

Maxime de tradition militaire impériale russe : “là où le drapeau russe a été hissé, il ne doit pas s’abaisser.”

Le mouvement contre les manœuvres du navire russe est parti de La Rochelle, dès juin 2022. Depuis lors, en France, la mobilisation n’a pas cessé. Pourtant, sauf exceptions, les résultats ne furent pas à la hauteur des efforts engagés.
Le Shtandart (MMSI 518999255) continuait à accoster, à embarquer des clients et à se faire rémunérer pour servir de toile de fond baroque à des événements maritimes.

Ce faisant, il promouvait la culture impériale russe. L’affaire du Shtandart démontre que la guerre russe ne se joue pas seulement sur le front ukrainien, mais aussi dans les ports européens [1].

Vladimir Martus et le Shtandart
Manifestations à Camaret, 15 août 2022 — Photo Jean-Claude Orgeval

Cette pratique était en contradiction avec les dispositions légales et judiciaires telles que :

Pendant près de quatre ans, malgré les décisions européennes et judiciaires, le Shtandart a continué à opérer depuis des ports français.
Les documents internes de l’administration, rendus publics, montrent que cette situation n’était ni accidentelle ni isolée.
Ces éléments ne laissent aucune ambiguïté.
Certains acteurs placés au cœur de l’appareil d’État ont activement facilité le maintien en activité du Shtandart, en contradiction avec les sanctions européennes.

Courriels confidentiels à l’appui — imprudemment publiés par le Shtandart et son avocat — il est possible de mentionner, entre autres :

Le Shtandart a contourné les sanctions. 
Avec l’appui de relais au sein même de l’appareil d’État.

Vladimir Martus sur le Shtandart, d

Vladimir Martus se prend, entre autres, pour Pierre le Grand à bord de sa frégate, symbole d’un projet impérial russe. Les mobilisations ukrainiennes et européennes contrecarrent ses ambitions.

Les activistes de France se sont rapidement coordonnés avec leurs correspondants des autres pays vers lesquels se dirigeait le Shtandart. Le premier cas concret fut l’Espagne.

Front ibérique — l’ouverture des hostilités contre les pirates de Piter

Shtandart, prends garde à toi, un œil noir te regarde...

Dès juillet 2022, l’Asociación de Ucranianos en Galicia Girasol de Vigo lançait la première volée de boulets contre le navire arborant la flamme de guerre russe.
Elle a obtenu l’application des sanctions contre la participation du Shtandart à la Ruta Iacobus Maris 2022 de cette même ville ainsi que l’annulation de son escale à La Corogne.

Manifestations contre le Shtandart
Manifestation à Vigo, Espagne, 22 juillet 2022 — Photo AUG Girasol

Le Shtandart est revenu louvoyer dans les eaux de la péninsule ibérique au printemps 2024.
Il fut exclu d’Escala a Castellón, où il était pourtant dûment inscrit.
L’Asociación de los ucranianos de Castellón « Kalyna » était montée aux créneaux.

Tentant de se rabattre sur Denia, le paria échoue.
Le phare. La digue. Rien n’a cédé.
L’Asociación Ayuda Ucrania Denia lui avait fait fermer le port.

En juillet 2024, c'était au tour de l’Asociación Galega de Axuda a Ucraína (AGA Ucraina) de passer à l’offensive. Le navire russe s’est vu notifier :

Écoeuré, le proscrit a alors repris la route d’une France parfois naïve face aux manœuvres russes.
Il n’en est ressorti qu’en juillet 2025. Mais ce n’était que pour mieux naviguer de Charybde en Scylla.
Cette nouvelle excursion lui a valu une série de défaites épiques en raison du feu roulant des Ukrainiens et des amis de l’Ukraine.

Poursuite Irlande, Norvège, Gibraltar — la traque d’une expédition maritime fantôme

Разом до перемоги !

À la fin du printemps 2025, le collectif No Shtandart in Europe lançait une large communication internationale. Il informait les autorités maritimes, les services gouvernementaux en charge des sanctions, la presse, les ambassades d’Ukraine et les associations ukrainiennes des pays ciblés par le Shtandart.

Ce qui devait être une tournée triomphale s’est transformé en une chasse à courre navale à l’échelle européenne.

En l’espace de trois mois à peine, la frégate de Pierre le Grand s’est vu notifier une interdiction portuaire dans les sept États — autres que la France — qu’elle avait prévu de visiter :

  • Irlande,
  • Royaume-Uni,
  • Norvège,
  • Danemark,
  • Belgique,
  • Espagne
  • et Portugal.

La mer européenne s’est refermée sur le Shtandart.
Il a dû renoncer aux quatorze escales qu’il y avait planifiées et déjà commercialisées au cours des mois précédents.
Il fut également interdit de participation aux Tall ShipsRaces.

Dans chacun de ces pays, il a fallu moins de quinze jours entre l’alerte adressée aux autorités et la décision d’application des sanctions, qu’elles soient européennes (UE) ou nationales (Royaume-Uni, Norvège).

Le Shtandart sous la surveillance des garde-c
Le Shtandart sous surveillance des gardes-côtes et des activistes d’Ukrainian Action in Ireland dans la baie de Killiney près de Dublin, 8 juillet 2025 — Photo Fletcher Thompson

Début août 2025, le Shtandart fait un retour précipité dans la « Kaliningrad atlantique », sa base rochelaise [2]. Il divise ainsi par deux la durée de sa tournée.

Par la suite, en septembre 2025, au Portugal, cinq de ses équipiers (ou passagers) ont été interpellés par les forces de l’ordre en conséquence d'une tentative d’embarquement clandestin.

Le Shtandart sous la surveillance de la Marine portugaise pr
Le Shtandart sous la surveillance de la marine portugaise, au large de Sagres, 24 septembre 2025 — Photo Shtandart

Ces résultats n’ont été rendus possibles que par une mobilisation ainsi que par une vigilance européenne des communautés ukrainiennes locales et de leurs alliés.
Ceux-ci ont fonctionné en étroite symbiose avec les autorités maritimes nationales et le collectif No Shtandart in Europe.

Il faut aussi citer l’appui déterminé de l’ambassade d’Ukraine en Irlande et au Royaume-Uni.
Ceci n'a pas été possible en France, malgré plusieurs tentatives de coordination, comme le documente une note détaillée publiée par le collectif.
Il faut, bien sûr, mentionner le soutien de la presse ukrainienne, au premier rang de laquelle figure l’agence d’information Ukrinform.

Cette mobilisation transnationale ukrainienne est aujourd’hui largement documentée [3].

L'échec de la tournée estivale européenne 2025 du Shtandart montre avec force l’isolement et la position intenable de la France.
Mais Vladimir Martus, capitaine et propriétaire occulte du Shtandart, tout aussi marginalisé, ne voit pas venir la tempête qui va le démâter.
Il finira drossé à la côte.

Mieux encore !
Le flibustier moskal va lui-même fournir la corde pour se pendre au gibet des Ukrops.
Vae victis !

Kombat-Tour — la canonnière de la Neva en dérive

Tout à son entreprise visant à tester la résilience des sanctions européennes, Vladimir Martus continue à croire à son impunité et à la solidité de sa krysha française — sa protection politique et administrative. Le pirate russe, enfermé dans sa réalité parallèle, lance la provocation de trop.

À force de tester la ligne, le Shtandart a fini par la franchir.

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Le boucanier russe tente une nouvelle provocation, ignorant les arrêtés préfectoraux et les sanctions européennes.

Martus annonce une croisière pour les clients fortunés de l'agence Kombat-Tour basée à Smolensk, Russie [4]. Du 21 au 30 juin 2026, elle doit partir de La Rochelle (Charente-Maritime) pour se rendre à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).
Des escales sont prévues :

  • à Belle Île (Morbihan),
  • Camaret (Finistère)
  • et les Sept-Îles (Côtes-d'Armor).

Ce programme est sidérant. Irréel.
Il existe en effet des arrêtés pris par les préfets de département, appliquant l’interdiction européenne, pour :

  • le Finistère,
  • les Côtes-d’Armor,
  • l’Ille-et-Vilaine
  • et la Manche voisine.

Ceci est d’autant plus invraisemblable que le Shtandart avait déjà été bloqué devant Camaret le 11 juillet 2024, par un patrouilleur de la Marine nationale, alors qu’il tentait de forcer l’entrée de la rade de Brest.

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Le Shtandart stoppé à l’entrée du Goulet de Brest par un patrouilleur de la Marine nationale, le 11 juillet 2024 — Photo Frédéric Chauveau de Villoutrey

Feu - jusqu’à la dernière bordée de boulets ramés

Camaret se situe sur la presqu'île de Crozon.
Celle-ci, avec l’île longue (force océanique stratégique), la base des nageurs de combat de la DGSE et la base aéronavale de Lanvéoc, appartient à la zone militaire P112.
Cet espace inclut aussi la base navale de Brest. Il s’agit probablement du secteur le plus surveillé de France.

Le collectif No Shtandart in Europe alerte, à plusieurs reprises, la société Kombat-Tour sur les risques commerciaux et juridiques auxquels son aventure l’expose. Il en informe également le Préfet maritime de Brest, qui est aussi le commandant en chef des forces navales françaises dans l’Atlantique.

Trois lettres. Trois avertissements. Trois occasions de se raviser. Et en vain.

Le collectif expose également le projet Kombat-Tour à Laëtitia Jacq-Galdéano et Paul Bohec, les deux journalistes français spécialistes de l’affaire du Shtandart. Le Parisien et la Matinale de TF1 se penchent sur le dossier à la suite des révélations de Paul dans Le Télégramme. Celui-ci avait questionné la préfecture maritime de Brest.

Le Télégramme, Paul Bohec, 25 novembre 2025 : Le Shtandart « fait l’objet d’une interdiction d’accoster dans les ports européens », comme le confirment les autorités françaises, contactées sur le sujet…
La préfecture maritime explique qu’elle n’a été informée « ni par l’agence de voyages ni par le capitaine du Shtandart de leur intention d’organiser la croisière ».
« Les autorités étudient actuellement la situation afin de décider des mesures à mettre en œuvre si cette croisière se confirme », conclut-elle.

Le 18 décembre 2025, le collectif No Shtandart in Europe se met, à nouveau, en contact avec la DG FISMA (sanctions unit) de la Commission européenne.
Il lui adresse une : Pre-notification under Article 258 TFEU Failure by France to ensure the effective implementation of EU restrictive measures (port access and services) concerning the Russian vessel Shtandart.

Mais quel est ce sourd grondement ?

Les boulets sont chauffés au rouge.
Les batteries côtières tonnent sans relâche.
Elles ne s’arrêteront plus.
Jusqu'à l’ultime bordée.
Jusqu'à la totale déréliction russe.

Le navire russe Shtandart sous un canon rochelais

Shtandart La Rochelle, photo Jacques Appercé

Brûlot des amiraux - la Marine nationale et l’honneur de la France

Il fallait une décision de commandement.
Elle est venue.

On peut légitimement se demander si la croisière Kombat-Tour est la véritable cause de la réaction du préfet maritime de l’Atlantique ou si elle en est seulement le prétexte.
Toujours est-il que celui-ci décide de mettre un point définitif aux turpitudes de Martus chez les Gaulois.
Il ne s’appuie pas sur les organismes de l’État chargés de l’application des sanctions.
Ces derniers sont trop compromis par leur bienveillance.

Ne pouvant les affronter seuls, il décide de s’adjoindre l’appui de ses deux alter ego. Leur arrêté s’applique à :

  • l’ensemble du littoral,
  • les eaux intérieures (dont les ports)
  • et les eaux territoriales métropolitaines.

Le texte est signé conjointement par ces trois officiers généraux représentant le plus haut commandement opérationnel de la Marine nationale :

  • Vice-amiral d’escadre Benoît de Guibert, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord,
  • Vice-amiral d’escadre Jean-François Quérat, préfet maritime de l’Atlantique et commandant en chef des forces maritimes sur la façade atlantique,
  • Vice-amiral d’escadre Christophe Lucas, préfet maritime de la Méditerranée et commandant en chef des forces maritimes sur la façade Méditerranée.
Amiral Jean-Fran
Vice-amiral d’escadre Jean-François Quérat, préfet maritime de l’Atlantique et commandant en chef des forces maritimes sur la façade atlantique - Photo Marine nationale

Cet arrêté exceptionnel va plus loin que le règlement européen.Tout est anticipé. Tout est verrouillé. Seul le transit inoffensif dans les eaux territoriales, selon la route la plus directe et sans arrêt, est autorisé. Les escales et les mouillages sont interdits. Ces restrictions s’appliquent aussi aux annexes du Shtandart. En clair, la canonnière de la Neva ne peut plus embarquer, voire débarquer, de passagers ou d'équipiers sur le territoire français.

Des mesures strictes sont prises contre les éventuels chantages humanitaires, dont Vladimir Martus est coutumier, afin de forcer les accès portuaires. Des poursuites sont prévues pour tout manquement au présent arrêté.
Après plus de trois ans et demi de bataille, les amiraux français donnent la victoire aux Ukrainiens et au droit européen.

Le 10 mars 2026, l’Union des Ukrainiens de France, l’association Iroise-Ukraine et le collectif No Shtandart in Europe, au nom des Ukrainiens et des amis français de l’Ukraine, remercient chaleureusement le Vice Amiral d’escadre Jean-François Quérat.

Le Shtandart est rasé comme un ponton.
Désemparé.
En dérive.
La voix de l’Ukraine résonne.
Plus fort que jamais.

Et cette fois, ce n’est plus un cri de résistance.
C’est un constat.

Русский военный корабль, иди на хуй !

Navire russe Shtandart va te faire foutre

Lectures complémentaires :

Notes :

  1. Diploweb, 25 novembre 2025 - Russie. Du soft power à la guerre hybride. Étude de cas d’une influence russe en Europe : le Shtandart.
  2. Desk-Russie, 28 septembre 2025 - Quand le navire russe Shtandart et La Rochelle défient les sanctions européennes, 28 septembre 2025
  3. No Shtandart in Europe, 6 janvier 2026 - Mémorandum sur la participation des acteurs ukrainiens et de la diaspora ukrainienne dans l’affaire du navire russe « Shtandart » (2022–2025)
  4. KombatTour - 21–30 juin 2026, à bord de la frégate “Shtandart”, croisière familiale le long des côtes françaises
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