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Europol a annoncé le démantèlement d’un chaînon essentiel du trafic de migrants entre la France et le Royaume-Uni. Le réseau approvisionnait les passeurs en matériel nautique.
Passer la publicité Passer la publicitéUn coup de filet qui pourrait enfin perturber durablement le trafic de migrants à travers la Manche. Europol a annoncé le démantèlement d’un réseau d’une quinzaine de personnes, qui fournissait en matériel nautique divers passeurs de migrants. «Cette opération est le fruit d’une coopération étroite entre les forces de l’ordre et les autorités judiciaires de Belgique, de France, d’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, avec le soutien d’Eurojust», précise un communiqué de l’agence de police criminelle européenne.
Dix-sept personnes associées au réseau criminel ont été arrêtées, dont quatre «organisateurs présumés», des ressortissants syriens. Le groupe est soupçonné d’organiser des livraisons fréquentes de matériel nautique, qu’il stockait dans au moins quatorze lieux distincts (deux en Belgique, douze en Allemagne). Les autorités ont saisi 11 bateaux, un moteur, des boîtes de chambres à air, des gilets de sauvetage, une trentaine d’appareils électroniques, des armes, 60.000 euros en liquide et même des lingots d’or.
Produits en Chine, importés en Turquie
L’enquête ayant permis l’interpellation de ces 17 personnes a débuté en 2025, et visait à l’origine un syndicat criminel composé de membres kurdes irakiens et syriens. «Ce syndicat fournissait des réseaux organisant des contrebandes maritimes dangereuses à l’aide de petits bateaux pneumatiques», précise Europol. L’équipement, produit en Asie, était ensuite importé en Turquie puis en Allemagne via la mer et les routes. Il était ensuite stocké dans de larges entrepôts contrôlés par le réseau, puis était assemblé à d’autres équipements de contrebande, gérés par un autre groupe.
«Chaque colis de contrebande, d’une valeur de plus de 10 000 EUR sur le marché noir, comprenait des articles tels qu’un bateau pneumatique, un moteur, des pompes, des bidons d’essence et des chambres à air pour pneu», souligne Europol. Ces chambres à air servaient de remplacements de pacotille en cas de gilets de sauvetage manquants. Ces divers objets, rassemblés en kit, étaient ensuite achetés par des «réseaux criminels opérant dans le nord de la France», qui les faisait parfois livrer sur les côtes françaises «moyennant un supplément». Ces réseaux les employaient ensuite pour faire passer clandestinement des migrants à travers la Manche.
Jusqu’à 100.000 euros de gains par bateaux
Le trafic, rappelle Europol, est particulièrement lucratif. Un seul migrant paie entre 1000 et 2000 euros pour traverser la Manche. «Comme les kits nautiques sont vendus entre 10.000 et 20.000 euros, cela suggère que les réseaux criminels pourraient rapporter jusqu’à 100.000 euros par bateau», précise l’agence de police. On estime à 41.000 le nombre de migrants et 670 le nombre de bateaux ayant atteint «avec le succès» le Royaume-Uni. «Plus de la moitié d’entre eux venaient d’Érythrée, d’Afghanistan, du Soudan, d’Iran et de Somalie», souligne aussi Europol.
Ce coup de filet intervient alors que l’agence a annoncé mardi le lancement d’un Centre européen de lutte contre le trafic de migrants (ECAMS), visant notamment la «dimension digitale» du trafic ainsi que son modèle économique. L’ECAMS compte viser les opérations en ligne, de plus en plus communes, à travers lesquelles des passeurs font la publicité de voyages illégaux sur les réseaux sociaux, ou coordonnent les déplacements de migrants à travers des plateformes encryptées. Il compte également s’attaquer au modèle économique derrière le trafic de migrants.


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