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Le Taklamakan était l'un des endroits les plus hostiles de la planète : la Chine vient de changer ça

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Lancé en 1978, le programme chinois de reboisement massif s'étend sur environ 4 millions de kilomètres carrés dans le nord du pays, avec pour but de freiner l'avancée des déserts jusqu'en 2050. En 2024, les autorités chinoises ont annoncé l'achèvement d'une ceinture verte autour du désert du Taklamakan, dans la région du Xinjiang, sur près de 3 000 kilomètres.

Une étude publiée en janvier 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) confirme des effets mesurables sur le climat local mais soulève aussi des questions sérieuses sur l'avenir des ressources hydriques.

Des résultats concrets dans l'une des zones les plus hostiles du monde

Le désert du Taklamakan, encerclé par des chaînes de montagnes qui bloquent les masses d'air humide, figure parmi les environnements les plus inhospitaliers de la Planète. Pourtant, les données satellitaires compilées par Yang Jiani, chercheuse au laboratoire de propulsion à réaction de la Nasa (JPL), révèlent trois tendances nettes sur les vingt dernières années :

  • La couverture végétale a augmenté de façon significative.
  • L'intensité de la photosynthèse progresse de manière continue.
  • La capacité de l'écosystème à absorber le CO2 s'améliore.

Reboisant devient une nécessité pour l'écosystème des forêts. © Smileus, Adobe Stock
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Durant la saison humide, de juillet à septembre, les précipitations ont augmenté jusqu'à 16,3 millimètres par mois. Modeste ailleurs, ce chiffre représente un bond notable dans un désert. Chaque hectare reboisé absorbe environ 1,7 tonne de CO2 par an, ce qui représenterait 58 millions de tonnes annuelles à l'échelle du désert entier. La couverture forestière chinoise globale est passée de 10 à 25 % du territoire national en quelques décennies, une progression rarement observée à cette échelle dans l'histoire environnementale moderne.

Le désert du Taklamakan, en Chine, est des plus vastes et plus arides de la Planète. Des travaux de reboisement colossaux sur près de 3 000 km l'ont transformé en puits de séquestration du carbone. © ithinksky, iStock

La Grande Muraille verte face au défi de l'eau : une équation loin d'être résolue

Derrière ces chiffres encourageants se cache une préoccupation majeure. Planter des arbres en masse dans une région ultra-aride consomme des volumes d'eau considérables. Jiang Gaoming, de l'Académie des sciences de Chine, défend depuis plusieurs années l'idée que des graminées, moins gourmandes en eau, serviraient mieux la lutte contre la désertification que les arbres.

Des chercheurs ont analysé la capacité de la forêt à éliminer du dioxyde de carbone (CO2) de notre atmosphère. Malgré des menaces régionales, les forêts du monde continuent d’être une arme puissante dans la lutte contre le changement climatique. © malp, Adobe Stock
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La chercheuse française en hydrologie Emma Haziza va plus loin dans son analyse. Elle explique à RFI qu'une végétalisation à grande échelle dans un environnement extrêmement sec transfère une partie de l'eau du sol vers l'atmosphère. Cette vapeur retombe parfois sous forme de pluie mais ailleurs, quelquefois, très loin. La zone reboisée, elle, peut paradoxalement perdre de l'eau.

Une étude publiée en octobre dans la revue Earth's Future, cosignée par des chercheurs chinois et européens, indique que les changements d'occupation des sols entre 2001 et 2020 ont déplacé les précipitations vers le plateau tibétain, au détriment de l'est de la Chine et surtout du nord-ouest.

La stabilité à long terme de ce puits de carbone dépend directement de l'humidité des sols : Li Zhaoxin, chercheur au CNRS, rappelle que les effets sur la circulation atmosphérique restent encore largement imprévisibles.

Le Sahel désigne la bande longeant l'Afrique d'ouest en est, qui délimite la partie désertique au nord et les savanes au sud. © homocosmicos, Adobe Stock
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L'expérience chinoise captive, au point d'inspirer la Large Muraille verte africaine, portée par l'Union africaine depuis 2005, qui vise à relier Dakar à Djibouti sur 7 800 kilomètres. Mais ce modèle n'est pas directement transposable : il repose sur des décennies d'investissement continu, des espèces localement adaptées et un suivi scientifique rigoureux que peu de pays peuvent garantir.

La vraie leçon du Taklamakan, c'est qu'on peut verdir un désert -- mais qu'on ne peut pas se permettre d'ignorer ce qu'il advient de l'eau souterraine pour les générations qui suivront.

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