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Le streamer Hasan Piker, star de la gauche américaine, est aussi et surtout le symbole d’une Amérique divisée

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Une partie de l’opposition à Trump voit le trentenaire comme un moyen de conquérir des électeurs, tandis que ses propos choquent les démocrates modérés et les trumpistes.

Star de la gauche, le streamer Hasan Piker est surtout le symbole d’une Amérique divisée. (photo d’illustration prise lors d’une conférence au Qatar en février 2026)

NOUSHAD THEKKAYIL / NurPhoto via AFP

Star de la gauche, le streamer Hasan Piker est surtout le symbole d’une Amérique divisée. (photo d’illustration prise lors d’une conférence au Qatar en février 2026)

EN BREF • Hasan Piker, streamer influent, polarise l’Amérique avec ses positions politiques très à gauche.
• Ses propos controversés, notamment sur Israël, créent des tensions au sein du Parti démocrate.
• Son influence politique reste limitée, les électeurs étant préoccupés par d’autres enjeux.

Les « marxistes » autoproclamés sont rares au pays de Musk et Rockefeller. Hasan Piker est l’un d’eux, et sans doute l’un des plus célèbres. Le streamer américain de 35 ans cumule plus de 3,1 millions d’abonnés sur la plateforme Twitch, où ses directs quotidiens de six à huit heures réunissent des milliers d’auditeurs. S’il parle jeux vidéo, muscu ou mode, « HasanAbi » est surtout connu pour ses prises de position politiques très à gauche.

Ces idées l’ont fait gagner en notoriété dans le camp progressiste aux États-Unis et ailleurs (il a streamé aux côtés de Jean-Luc Mélenchon en 2025), mais elles l’ont aussi placé au cœur de l’arène politique trumpisée, dont il exacerbe la polarisation. Né dans le New Jersey et élevé en Turquie par un père professeur d’économie et une mère historienne, Hasan Piker revient aux États-Unis pour ses études et se fait connaître avec sa chaîne Twitch, lancée en 2019.

Taxation des milliardaires, reconnaissance de l’État palestinien, encadrement des loyers, droits LGBTQ+... Par sa défense d’une politique « anti-impérialiste » et « socialiste », il est devenu une icône pour certains à gauche du Parti démocrate, dont le flanc centriste grince des dents tandis que le camp républicain et conservateur pousse des cris d’orfraie.

Un collectionneur de polémiques (mais pas d’excuses publiques)

Il faut dire qu’Hasan Piker est aussi un habitué des « controverses sans fin », pointe le magazine Rolling Stone qui l’a placé 3e de son classement des « créateurs de contenus les plus influents » et note que ces polémiques sont reprises « avec autant d’empressement » par la chaîne conservatrice Fox News que par sa concurrente plus à gauche MS NOW.

Outre ses petites phrases sur sa « détestation » de l’Amérique, ou sur le fait qu’elle aurait « mérité » le 11-Septembre (un propos qu’il a depuis corrigé), plusieurs déclarations de Hasan Piker lui ont valu des accusations d’antisémitisme. Le 20 août dernier, il a notamment expliqué sur Twitch que les juifs américains revendiquant leur soutien à Israël – « un pays qui sera inévitablement vu comme “l’État islamique juif” » – s’exposent à des actes de violence antisémite.

Une « diatribe » qui « redonne vie au cliché séculaire selon lequel les Juifs seraient eux-mêmes responsables de leur propre oppression », analyse le magazine de gauche The Nation. En face, Hasan Piker maintient que les actions d’Israël mettent en péril les juifs, assure avoir lutté « toute sa vie » contre l’antisémitisme et se dit victime d’une « campagne de dénigrement organisée ». Une stratégie de défense classique pour cet homme peu coutumier des excuses publiques.

L’espoir de la gauche démocrate, le cauchemar des centristes

Ce cocktail de viralité et de polémiques est dur à avaler dans le camp démocrate, dont le cas Piker souligne les divisions importantes. Dans le Michigan, le candidat progressiste Abdul El-Sayed a dû prendre ses distances avec le streamer en vue d’une sénatoriale très serrée, après avoir bénéficié de son soutien sur le terrain lors de la primaire.

« La sécurité des juifs m’est aussi chère que la sécurité de mes propres filles », a assuré l’aspirant sénateur, soulignant qu’Hasan Piker ne représentait pas sa campagne. La situation reste délicate pour la gauche du parti, qui voit aussi le streamer comme l’occasion de ramener aux urnes des populations désabusées, notamment les jeunes. Un argument mis en avant début août par l’élue new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez dans un échange sur ABC, que vous pouvez visionner ci-dessous.

« AOC » s’y garde d’enfoncer Hasan Piker et souligne l’importance de « construire une coalition gagnante ». Une rhétorique qui ne convainc pas les démocrates modérés, refroidis par les polémiques et trop contents de refouler ce streamer qui pourrait faire pencher le parti plus à gauche.

Dans les États ou les districts indécis, certains candidats n’hésitent pas à verser dans le « Hasan bashing » pour se distancier, à l’image du Floridien Jared Moskowitz qui a présenté ses « condoléances » au streamer après avoir battu un candidat progressiste lors de sa primaire. « C’est un pari », a réagi Hasan Piker dans une interview mi-août au HuffPost américain où il souhaite quand même « bonne chance à Jared ».

Le « punching-ball » du camp Trump

Dans cette même interview, le streamer se montre moins tendre avec les Républicains et les conservateurs qui ont fait de lui leur « punching-ball », selon les termes du média américain. « Ils sont manifestement à court d’idées pour défendre la folie de l’administration Trump », a-t-il fustigé, estimant que les attaques le visant sont le « dernier recours » d’un camp présidentiel aux abois.

Ces offensives ont atteint le paroxysme du ridicule lors de la convention républicaine au Texas mi-septembre, où une photo en caleçon d’Hasan Piker a été projetée sur un écran géant, dans un clip soulignant les dangers de la gauche américaine. Une tentative d’humiliation qui a surtout amusé le streamer, comme vous pouvez le voir ci-dessous, et qui a piqué la curiosité du public puisqu’elle ne l’a effrayé, pointe El País. Le média espagnol souligne qu’après l’épisode, les recherches Google « Hasan Piker torse nu » ont bondi de 5 000 %.

Le « Hasan bashing » permettra-t-il vraiment aux républicains de sauver des midterms très mal parties ? « Au bout du compte, je ne suis qu’un streamer » sans « fonction » ni « pouvoir politique réel », a estimé le principal intéressé au micro de la radio publique américaine, soulignant que « le pays traverse de véritables crises ». De son côté, le Guardian rappelait fin septembre que « la plupart des Américains » ne « savent pas » qui il est.

Aux yeux du média britannique, le streamer préoccupe moins les électeurs que les prix à la pompe, la guerre en Iran, l’IA ou la corruption. Rien ne dit que les attaques conservatrices contre Hasan Piker et son emprise supposée sur les démocrates suffiront à compenser le bilan de Donald Trump, à la peine dans les sondages.

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