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Un avis public du ministère de la Culture et des Communications paru mercredi confirme le déclassement du violon Stradivarius « Des Rosiers » et de l’archet dit « François-Tourte » appartenant à Angèle Dubeau. Ce déclassement permettra à la propriétaire de vendre ces joyaux sur le marché international.
La décision a été signée par le ministre Mathieu Lacombe le 17 avril 2026, deux jours après l’assermentation de Christine Fréchette comme première ministre du Québec. Le déclassement a pris effet à cette date. Un avis d’intention avait déjà été signé par M. Lacombe le 12 septembre 2025, au motif que « ces objets ne présentent plus un intérêt public justifiant le maintien de leur statut juridique ».
Le stradivarius de 1733 avait été acquis en 1947 dans le cadre d’une souscription nationale pour doter le violoniste Arthur LeBlanc d’un instrument à la hauteur de son talent à la suite du bris de son violon. L’idée à l’origine de la souscription était d’en faire « un véritable trophée national qui se transmettra de virtuose en virtuose ».
Le violon était finalement entré en possession d’Angèle Dubeau en 1977, quand le père de celle-ci avait loué puis acheté l’instrument à Arthur LeBlanc. Cette transaction avait ensuite fait l’objet de longues contestations judiciaires de la part de la famille de Ludger Simard, riche industriel et principal mécène de l’acquisition de 1947. Elles avaient été tranchées en faveur de Mme Dubeau.
Retraite et opportunité
En raison de son histoire en lien avec le Québec, le stradivarius « Des Rosiers » et l’archet dit « François-Tourte » avaient été classés objets patrimoniaux en 1978. Le ministère de la Culture et des Communications avait confirmé au Devoir en octobre 2025 que c’était bien à la demande de la femme d’Arthur LeBlanc que ce classement avait été effectué. « Il s’agissait d’un geste du ministre de l’époque pour protéger ce bien […] pour éviter que l’instrument soit vendu à rabais », nous avait écrit Catherine Boucher, attachée de presse du cabinet du ministre.
Le Devoir avait aussi obtenu des réponses sur les motivations à l’origine de l’intention de déclassement. « Mme Dubeau nous a fait la demande formelle en janvier dernier, alors qu’elle annonçait sa retraite en octobre 2024. Le contexte et le moment étaient donc propices pour y accéder. » Le ministère se disait alors conscient que le « déclassement ouvre des possibilités pour une vente à l’extérieur du Québec », mais estimait que « Mme Dubeau ne souhaite pas, pour le moment, se départir de son violon ».
L’intention de déclassement avait été contestée par plusieurs groupes, qui avaient 60 jours après l’avis pour formuler une objection auprès du Conseil du patrimoine culturel du Québec.
Le Devoir s’était enquis en février 2026 des résultats de ces contestations. À l’époque, le ministère nous avait informé que l’avis d’intention était en vigueur « depuis le 16 octobre, date de sa réception par la propriétaire des biens visés », et « qu’après avoir pris l’avis du Conseil, et à l’expiration d’un délai de 90 jours à compter de la date de la transmission de l’avis d’intention, le ministre peut rendre une décision ».
De manière très notable, le mot « peut » était écrit en caractères gras dans la réponse et il était précisé que le ministre avait jusqu’à l’échéance de l’avis d’intention de déclassement pour rendre une décision — dans ce cas-ci, jusqu’au 16 octobre 2026. « À noter qu’au besoin, l’avis de déclassement peut être renouvelé pour une année supplémentaire », pouvait-on aussi y lire.
On pouvait donc en déduire qu’il n’y avait pas urgence. Or, les instruments sont désormais libres, et ce, sans requête en contrepartie de la part du ministère.
Interrogé en octobre 2025 pour savoir s’il avait songé, pour préserver l’esprit de la souscription nationale de 1947, à négocier un engagement envers un projet musical pérenne pour le Québec, le ministère avait fourni cette réponse : « Ce n’était pas le sens des discussions que nous avons eues avec Mme Dubeau. Comme elle l’a acquis et donc qu’il ne lui a pas été légué, il y a eu une rupture. » Cette rupture, semble-t-il, est désormais définitive.


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